COP23 de Bonn : après l’engagement, l’heure du passage à l’acte

COP23 de Bonn : après l’engagement, l’heure du passage à l’acte

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Malgré le coup porté à l’Accord de Paris par le retrait des Etats-Unis, le combat contre le réchauffement climatique se poursuit et réunira une fois de plus la communauté internationale pour son rendez-vous climatique annuel. Organisée du 6 au 17 novembre 2017 à Bonn en Allemagne, la COP23 sera l’occasion d’un premier bilan sur l’avancement des objectifs et des ambitions de l’Accord de Paris, et permettra de convertir une fois pour toutes, les paroles en actes. Explications.

Pour une application concrète de l’Accord de Paris

Fin 2015 à Paris, 195 pays (auxquels s’est ajoutée la Palestine) et l’Union européenne sont parvenus à sceller un accord pour lutter contre le changement climatique, dans le but de limiter la hausse de la température moyenne « bien en deçà de +2°C », et « si possible à +1,5°C » par rapport à l’ère industrielle. Ce combat contre le réchauffement progressif des températures implique notamment une transition énergétique radicale aux dépens des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), principaux émetteurs de gaz à effet de serre.

Pour s’assurer de l’application concrète des engagements pris par chaque pays, les délégations des 197 Parties à la Convention Climat de l’ONU se retrouveront une fois encore à l’occasion de la COP23 organisée cette année en Allemagne sous la présidence de Frank Bainimarama, Premier ministre des îles Fidji. Ce nouveau rendez-vous a pour objectif d’évoquer et de poser les bases de la mise en œuvre concrète et rapide de l’Accord de Paris par les pays signataires, dans un climat bercé d’incertitudes depuis le retrait des Etats-Unis. Si de nombreux chefs d’Etat seront absents, donnant à cet événement une portée politique moindre que celle de la COP21 de Paris par exemple, les sessions formelles de négociations prévues doivent permettre d’avancer rapidement en vue d’une application concrète des engagements, et cela dès l’année prochaine.

« La COP23 a pour but d’établir des ponts entre les avancées réalisées à Marrakech [lors de la COP22, NDLR] et la prochaine étape d’implémentation de l’Accord de Paris lors de la COP24 en 2018 en Pologne », explique sur France 24 le Premier ministre fidjien. C’est en effet en 2018 que doivent être validées les mesures d’application de l’Accord de Paris et que seront évaluées les actions de chaque pays ainsi que ce qu’il leur reste à faire.

Les îles du Pacifique sur le devant de la scène

Au-delà de l’agenda des négociations, la COP23 sera également l’occasion pour les petits états insulaires de faire entendre leur voix avec plus d’aplomb. Tout premier État insulaire à occuper les fonctions de présidence de la COP, les îles Fidji profiteront en effet du vide politique laissé par les nombreux absents, pour orienter les débats et l’attention internationale sur la vulnérabilité des îles du Pacifique face à la montée des eaux et la nécessité d’accentuer les efforts entrepris jusqu’à présent. « Les enjeux pour nous sont extrêmement importants, spécialement pour nos amis des îles Marshall, Tuvalu et Karibati, dont l’existence même est menacée. Mettre en œuvre l’accord de Paris est crucial, mais pas suffisant pour nous sauver. Nous devons aussi convaincre le reste du monde d’aller encore plus loin », a déclaré Frank Bainimarama lors du discours d’ouverture d’un rassemblement préparatoire à la COP le 16 octobre 2017. Experts et ONG s’accordent tous sur le fait que le réchauffement climatique devra être limité à 1,5°C pour éviter aux îles et littoraux les plus menacés d’être rayés de la carte, alors que l’Accord de Paris se limite toujours pour le moment à un seuil de 2°C.

Des actes concrets et des avancées techniques sont donc attendus pour faire en sorte que l’Accord de Paris ne soit pas juste une coquille vide, et pour encourager une nouvelle fois les participants comme l’ensemble des acteurs non-étatiques à s’engager davantage pour le climat et la planète. « Cette COP doit servir à passer à la vitesse supérieure », plaide de son côté Lucile Dufour, responsable des négociations internationales et du développement pour le Réseau Action Climat (RAC). « L’Accord de Paris nous a fourni de grandes lignes, mais il n’est ni concret, ni transparent. Les COP 23 et 24 vont déterminer comment les pays sont redevables et doivent aussi faire en sorte que les citoyens aient leur mot à dire. Et sur ce point, les habitants des îles pacifiques sont en première ligne pour témoigner des conséquences du changement climatique », ajoute-t-elle.

Rôle croissant des acteurs non-étatiques lors de la COP23

En effet, alors que les Etats sont loin de s’exprimer d’une même voix sur le sujet (le retrait des Etats-Unis encourage en ce sens les autres États à user des flexibilités de l’Accord afin d’échapper à leurs responsabilités de réduire leurs émissions), la COP23 de Bonn accordera une attention toute particulière aux acteurs non étatiques (américains notamment) qui se sont engagés à redoubler d’efforts pour respecter les engagements de l’Accord de Paris. On pense ici aux autorités locales (villes, régions, départements) ou aux grandes compagnies internationales qui ont ouvertement critiqué la politique de Donald Trump sur ce sujet.

La mobilisation des grandes agglomérations comme Paris, Londres, Karachi, Montréal, Rio de Janeiro, Melbourne, Chicago, Varsovie, Tokyo, Buenos Aires, San Francisco, Le Cap, Vancouver, Séoul, Sydney, Washington, Madrid, Paris ou Los Angeles (toutes réunies au sein du réseau de villes C40 et qui représentent à elles seules plusieurs centaines de millions d’habitants) ne doit pas être sous-estimée. Créé il y a dix ans par Ken Livingstone, alors maire de Londres, pour fédérer les initiatives des grandes métropoles et lutter contre le réchauffement climatique, ce réseau a pour but d’accélérer la mutation écologique à l’échelle des villes et vise donc à développer et mettre en place des mesures politiques et des programmes afin d’aboutir à des réductions notables du gaz à effet de serre et des risques climatiques.

Crédits photo : ONU (Twitter)

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Il faut aller plus vite car on tend vers les 4°C de réchauffement et les 2 m de montée (voire plus) des eaux des océans d’ici 2100 (et la plupart des prévisions scientifiques se sont avérées justes).

    Une des solutions ayant un des plus importants impacts favorables et qui ne coûte pas cher :

    « Evaluation la plus complète à ce jour de la manière dont les émissions de gaz à effet de serre peuvent être réduites et stockées dans les forêts, les terres agricoles,
    les prairies et les zones humides grâce à des solutions climatiques naturelles. »

    Aujourd’hui nos impacts sur la terre provoquent un quart des émissions de gaz à effet de serre. La façon dont nous gérerons les terres à l’avenir pourrait fournir 37 % de la solution au changement climatique, permettant de réduire les émissions de 11,3 milliards de tonnes par an d’ici 2030, ce qui équivaut à stopper la combustion du pétrole et tenter de maintenir le réchauffement de la planète à moins de 2°C d’ici 2030 (alors que la tendance actuelle s’oriente vers + 4°C avec une hausse de 2 m des océans, voire plus, d’ici 2100). Sans contraintes financières, les solutions climatiques naturelles pourraient permettre de réduire les émissions de 23,8 milliards de tonnes d’équivalent dioxyde de carbone par an.

    https://global.nature.org/initiatives/natural-climate-solutions/natures-make-or-break-potential-for-climate-change

    .

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  • Cette nouvelle étude montre comment nous pouvons intensifier massivement l’action sur l’utilisation des sols, parallèlement à une action renforcée dans les domaines de l’énergie, des transports, de la finance, de l’industrie et des infrastructures, afin de mettre les émissions sur la trajectoire descendante d’ici 2020. Les solutions climatiques naturelles sont vitales pour atteindre notre objectif ultime de décarbonisation totale et peuvent à la fois stimuler l’emploi et protéger les communautés des pays développés et en développement.

    La plus grande solution climatique naturelle: plus d’arbres

    Selon la FAO, 3,9 milliards d’hectares, soit 30,6 % de la superficie totale des terres, sont des forêts. Les chercheurs ont découvert que les arbres ont le plus grand potentiel pour réduire les émissions de carbone de façon rentable. C’est parce qu’ils absorbent le dioxyde de carbone au fur et à mesure qu’ils croissent, l’éliminant de l’atmosphère.

    Les résultats de l’étude indiquent que les trois options les plus importantes pour augmenter le nombre et la taille des arbres (reboisement, prévention des pertes forestières et amélioration des pratiques forestières) pourraient éliminer 7 milliards de tonnes de dioxyde de carbone par an d’ici 2030, ce qui équivaut à retirer de la route 1,5 milliard de véhicules thermiques.

    La restauration des forêts sur les terres autrefois boisées et la prévention de nouvelles pertes de forêts mondiales sont les deux plus grandes opportunités. Le succès dépend en grande partie de l’amélioration des pratiques forestières et agricoles, en particulier celles qui réduisent la superficie des terres utilisées par le bétail. La réduction de l’empreinte du bétail libèrerait de vastes superficies d’arbres dans le monde entier et peut être réalisée tout en préservant la sécurité alimentaire. Pendant ce temps, l’amélioration des pratiques forestières dans les forêts en exploitation et dans les forêts exploitées peut produire plus de fibres de bois tout en stockant plus de carbone, maintenir la biodiversité et aider à assainir l’air et l’eau.

    Les chercheurs ont analysé que les cinq pays où les forêts pourraient réduire le plus les émissions sont le Brésil, l’Indonésie, la Chine, la Russie et l’Inde.

    Le rôle vital de l’agriculture

    Selon la FAO, les terres agricoles couvrent 11% de la surface du globe, et changer la façon dont nous les cultivons pourrait permettre de réduire les émissions de 22%, ce qui équivaut à retirer 522 millions de véhicules thermiques de la route. Une application plus judicieuse d’engrais chimiques (gestion des éléments nutritifs des terres cultivées) peut améliorer le rendement des cultures tout en réduisant les émissions d’oxyde nitreux, un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le dioxyde de carbone. Parmi les autres interventions efficaces figurent la plantation d’arbres parmi les terres cultivées et l’amélioration de la gestion du bétail.

    La promotion du piégeage du carbone dans les sols, avec des pratiques agricoles et forestières adaptées, pourrait déboucher sur des solutions gagnantes pour tous en matière d’atténuation, d’adaptation et de renforcement de la sécurité alimentaire. Tels sont les trois objectifs de l’Initiative « 4 pour 1000 » déjà soutenue par 250 pays, organisations et institutions.

    (Les chercheurs de l’Inra ont fait le constat qu’en augmentant la matière organique des sols agricoles, chaque année, de 4 grammes pour 1000 grammes, on serait capable de limiter la croissance actuelle des émissions de CO2 dans l’atmosphère)

    Les terres humides sont moins étendues que les terres agricoles ou forestières, couvrant de 0,7 à 0,9 milliard d’hectares, soit 4 à 6 % de la surface terrestre, mais elles sont celles qui contiennent le plus de carbone par acre et offrent 14 % des solutions climatiques naturelles rentables potentielles. Éviter le drainage et la conversion des tourbières est la plus importante de ces possibilités. On estime que les tourbières détiennent le quart du carbone stocké par les sols de la planète, mais environ 780 000 hectares (1,9 million d’acres) sont perdus chaque année dans le monde, en particulier pour la culture de l’huile de palme. Leur protection permettrait le stockage de 678 millions de tonnes d’émissions de carbone par an d’ici 2030, ce qui équivaut à retirer 145 millions de véhicules thermiques.

    William H. Schlesinger, professeur de biogéochimie et ancien président du Cary Institute of Ecosystem Studies, souligne : « Cette étude est la première tentative d’estimer systématiquement la quantité de carbone qui pourrait être piégée dans l’atmosphère par diverses actions en foresterie et en agriculture, et par la préservation des terres naturelles qui stockent le carbone très efficacement. Les résultats sont très positifs: premièrement, en raison de l’ampleur du piégeage potentiel du carbone par la nature, et deuxièmement, parce que nous avons besoin de solutions climatiques naturelles en tandem avec des réductions rapides des émissions de combustibles fossiles pour lutter contre le changement climatique. »

    Élargir l’action des secteurs public et privé sur le climat à terre

    Alors que l’étude souligne le potentiel des solutions climatiques naturelles en tant que solution majeure au changement climatique, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et les transports propres reçoivent ensemble environ 30 fois plus d’investissements.

    Seulement 38 pays sur 160 ont fixé des objectifs spécifiques pour les solutions climatiques naturelles lors des négociations climatiques de Paris, soit 2 gigatonnes de réduction d’émissions « , a déclaré Justin Adams, directeur général de The Nature Conservancy. Pour mettre cela en contexte, il nous faut 11 gigatonnes de réductions si nous voulons maîtriser le réchauffement climatique. Une meilleure gestion de nos terres est absolument essentielle pour lutter contre les changements climatiques.

    L’étude du PNAS nous montre que les responsables des terres – gouvernements, entreprises forestières et agricoles, pêcheurs et promoteurs immobiliers – sont tout aussi importants pour y parvenir que les entreprises d’énergie solaire, éolienne et électrique.

    https://www.nature.org/newsfeatures/pressreleases/new-study-finds-nature-is-vital-to-beating-climate-change.xml

    .

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  • L’objectif de réduction des émissions de 40 % est nettement inférieur à ce que l’UE peut atteindre et ce qui est nécessaire.

    Entre 1990 et 2015, les émissions de l’UE ont diminué de 24 %, soit d’environ 1,1 % par an. Par conséquent, d’ici à 2030, les émissions ne devraient diminuer que d’environ 1,2 % par année pour atteindre l’objectif de réduction des émissions fixé pour 2030. Une poursuite de cette tendance conduirait à une réduction des émissions d’environ 64 % par rapport aux niveaux de 1990. Une accélération significative de l’action climatique est donc essentielle pour atteindre l’objectif à long terme de réduction des émissions de l’UE de 80 à 95 % par rapport à 1990 d’ici 2050.

    http://www.climateactiontracker.org/countries/EU

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