Taishan, le premier EPR au monde entre en action

Taishan, le premier EPR au monde entre en action

CGN-taishan

L’EPR de Taishan, en Chine, est officiellement le premier réacteur de cette technologie à entrer en service. Porté en France par EDF, l’EPR a entamé sa phase d’exploitation commerciale au terme d’un processus de construction qui a débuté en 2009. Ce chantier hors-norme illustre une coopération sino-française très forte et durable dans le domaine de l’énergie.

Ce vendredi 14 décembre 2018 restera une date à part pour plusieurs acteurs du monde de l’énergie. L’industriel CGN (China General Nuclear Power Corporation) et l’entreprise publique française EDF sont parvenues sans encombre jusqu’à l’exploitation commerciale du réacteur EPR de Taishan. C’est le tout premier réacteur EPR à entrer au service au niveau mondial. Plus sûr et plus efficace, cette technologie s’est imposée en Chine et a bénéficié d’un important retour d’expérience de Flamanville. Ce succès d’EDF en appelle certainement d’autres – en Chine, mais aussi en Europe.

La Chine transforme son visage énergétique

La construction de l’EPR de Taishan est un chantier hors-norme. Rien que les chiffres parlent d’eux-mêmes. La construction du premier EPR de Taishan, débutée en 2009, a nécessité un terrain grand de 400 hectares et 15 000 personnes ont travaillé au plus fort des travaux. Un projet colossal pour un réacteur d’une capacité de 1 750 MW, soit le réacteur le plus puissant au monde (en sortie d’alternateur). Situé dans la province du Guandong (sud-est), le réacteur va permettre de fournir en électricité 5 millions de personnes. Un chiffre impressionnant qui sera doublé dès l’entrée en fonction du second réacteur. Il s’agit d’un pas de géant pour la Chine qui va ainsi pouvoir se passer de plus de 8 millions de tonnes de charbon et éviter 22,7 millions de tonnes d’émissions de CO2 chaque année.

La Chine montre la voie alors que la difficile COP24 à Katowice (Pologne) s’est achevée samedi 15 décembre. Grand consommateur de charbon, Pékin se tourne vers les énergies bas carbone et a engagé un vaste plan de développement en la matière. Le pays reste toutefois dépendant des énergies fossiles à hauteur de 70 % de son mix électrique (2017). Le nucléaire ne représente qu’à peine 4 % de ce mix, mais cette part tend à progresser grâce à 18 réacteurs en construction et à la mise en exploitation commerciale de Taishan 1. A terme, le parc nucléaire chinois devrait compter 57 réacteurs contre 58 pour la France actuellement. L’indépendance énergétique et la politique de réduction des émissions de CO2 sont les deux moteurs d’une politique chinoise ouverte aux collaborations avec des entreprises étrangères.

C’est ainsi que le projet de Taishan a vu le jour sous la conduite de trois partenaires. Les Chinois CGN et Guandong Yudean détiennent respectivement 51 % et 19 % des parts tandis que le Français EDF est monté à hauteur de 31 %. Le rôle d’EDF est essentiel puisqu’en plus du milliard d’euros investi dans le projet, c’est bien l’entreprise française qui a apporté sa maîtrise technique de l’EPR. 

EDF rayonne mondialement grâce à Taishan

« Sûre, robuste et compétitive » la technologie de l’EPR constitue l’avenir du nucléaire. Le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, assure que l’EPR « réconcilie la demande croissante en électricité et le besoin de réduire les émissions de dioxyde de carbone ». Une vision partagée par la Chine qui a trouvé un accord avec EDF et l’Etat français en 2007 avant de lancer les travaux de Taishan 1 en 2009. EDF et sa filiale Framatome ont envoyé près de 200 experts pour en assurer la construction. La pose du dôme en 2011, et les premiers tests à froid en 2015 comptent parmi les grandes étapes d’une construction qui a pu bénéficier d’un retour d’expérience de Flamanville 3 fort utile.

Ainsi, l’EPR de Flamanville a servi de modèle général pour la centrale de Taishan. La technologie utilisée est la même malgré des modifications rendues possibles par l’adaptabilité de cette technologie. A titre d’exemple, les échangeurs utilisés à Taishan ont été conçus pour transporter une eau de la source froide de 32°C alors que ceux de Flamanville fonctionnent avec une eau entre 15°C et 17°C. Ce premier succès à Taishan en appelle d’autres avec déjà la prochaine mise en service d’un second réacteur dont la construction a commencé en 2010. Il est par ailleurs possible que la centrale de Taishan s’agrandisse encore au cours des années à venir.

Si Taishan a bénéficié du retour d’expérience de Flamanville, l’EPR français va également bénéficier du projet Taishan 1. L’entreprise publique et sa filiale Framatome ont fait travailler plus d’une quarantaine d’entreprises hexagonales à Taishan. Ces dernières pourront s’appuyer sur leur expérience en Chine pour mener à bien les derniers essais à Flamanville. La centrale britannique d’Hinkley Point devrait aussi en profiter – une centrale dont la construction est assurée par EDF et la CGN. Les deux entreprises se connaissent donc bien et rappellent les forts liens entre la France et la Chine dans le domaine de l’atome. En effet, la toute première centrale nucléaire chinoise est sortie de terre en 1983 sous l’impulsion d’EDF.

Lors de l’ouverture de la Chine au début des années 1980, seule la France n’a pas refusé de montrer l’ensemble de ses installations aux scientifiques chinois. La collaboration entre les deux pays est longue de plus de trente ans et le nucléaire est devenu l’un des chantiers chinois de réformes et d’ouverture les plus réussis depuis quarante ans. En effet, l’atome est l’un des piliers de la relation bilatérale entre Paris et Pékin et une déclaration conjointe des deux Etats datée de juin 2015 trace les perspectives de nouveaux développements à mener. Ainsi, la coopération regroupe des domaines aussi variés et complémentaires que la formation, la sûreté, et les réacteurs. De l’amont à l’aval, tous les secteurs font l’objet d’une coopération plus intense. La bonne relation entre les deux pays se vérifie aussi dans d’autres secteurs comme TGV et les télécommunications. En octobre dernier, un satellite sino-français océanographique (CFOSAT) a été mis en orbite à la plus grande joie des équipes techniques et des présidents Xi Jinping et Emmanuel Macron. Les deux chefs d’Etat ont, à plusieurs reprises, assuré leur volonté de collaborer dans des domaines de pointe. Enfin, ces derniers se retrouvent également dans leur combat contre la politique de guerre commerciale menée par le président américain. Les deux pays savent qu’une collaboration étroite portera ses fruits sur le plan économique, mais aussi environnemental. Il y a urgence pour la Chine, la France et l’ensemble de la planète.

Copyright photo : CGN

Rédigé par : La Rédaction

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COMMENTAIRES

  • A quelque chose près : mêmes dangers, mêmes déchets, même dépendance aux pays exportateurs d’uranium… Tout ça pour ça !?

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  • Le risque est grosso modo divisé par dix, et les volumes de déchets sont réduits.

    Et la dépendance est vis-à-vis du Kazakhstan (1er producteur mondial), du Canada (2ième), et de l’Australie (3ième).

    C’est toujours mieux que la dépendance à la Russie que beaucoup de gens sur internet semblent vouloir favoriser…

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  • Joli communiqué de presse d’EDF.
    Pour le reste, la compétitivité de l’EPR reste à démontrer, et tout d’abord aux chinois qui ne semblent pas très enclins à signer d’autres commandes malgré ce magnifique succès (pas plus d’ailleurs que pour l’AP1000, qui a emporté avec lui les entreprises portant ce projet)…
    Ici, les anciens de la maison continuent à penser que dénigrer les nouvelles énergies renouvelables est le meilleur moyen d’offrir au monde les bienfaits du nucléaire (en soutenant que celles ci nous maintiendraient dans une dépendance à la Russie et à son gaz), oubliant que le nucléaire est un nain énergétique à l’échelle mondiale et qu’il ne sera pas en mesure de fournir à temps une part sensible du mix électrique (sans même parler du mix énergétique au sens large) à même d’infléchir le réchauffement climatique qui nous attend…
    Bonne année les amis, et pourvu que ça dure !

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