Démantèlement nucléaire : Quelles sont les différentes stratégies ?

Démantèlement nucléaire : Quelles sont les différentes stratégies ?

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Selon une étude de l’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA), 164 réacteurs nucléaires ont déjà cessé leur activité à travers le monde (34 aux Etats-Unis, 30 au Royaume-Uni, 28 en Allemagne, 17 au Japon et 12 en France), et devront être démantelés dans les années à venir. Qu’elles soient fermées pour des raisons techniques, économiques ou politiques, ces installations sont soumises à la réglementation nationale et le processus de déconstruction appliqué variera donc selon les pays. On dénombre actuellement trois stratégies distinctes caractérisées principalement par le moment du démantèlement final. Explications.

Le démantèlement immédiat

Le démantèlement immédiat tout d’abord commence généralement quelques années seulement après l’arrêt de l’installation, ces années transitoires étant mises à profit pour évacuer le combustible usé et tous les déchets radioactifs provenant de la phase d’exploitation. Appliquée en France, en Belgique ou en Espagne, cette stratégie est recommandée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) puisqu’elle permet de ne pas faire supporter les coûts aux générations futures, mais n’est pas pour autant systématique et peut subir parfois des aménagements en fonction des capacités techniques de chaque pays. En Espagne par exemple, le réacteur graphite-gaz de Vandellós 1 est en démantèlement différé pour cause d’absence de filière de gestion des déchets graphites, tandis que le gouvernement belge a fait le choix de repousser l’arrêt et donc le démantèlement des réacteurs de Doel 1 et 2 et de Tihange après une extension de leur durée de vie de dix ans.

Le démantèlement différé

La Grande-Bretagne et la Russie ont opté de leur côté pour une stratégie de démantèlement différé qui consiste à attendre que la radioactivité baisse d’elle-même avec le temps avant de commencer la déconstruction. Après l’enlèvement du combustible usé et de quelques équipements annexes, l’installation est maintenue dans un état de confinement sûr pendant une période de 30 à 100 ans avant d’être démantelée. Cette stratégie impose une surveillance permanente pendant toute la période de confinement afin de préserver le niveau indispensable de sûreté, et peut concerner soit la totalité de la zone « contrôlée » du site, soit se limiter à la cuve du réacteur et au circuit primaire.

Cette approche est généralement adoptée dans des pays qui ont misé sur la filière graphite et qui se trouvent donc confrontés à des quantités de déchets radioactifs à vie longue plus importantes. Le réacteur Magnox de la centrale de Bradwell par exemple, dans le Sud-Est de l’Angleterre, ne devrait être démantelé qu’à partir de 2092. Principal inconvénient toutefois, le maintien dans un état de sûreté satisfaisant des installations à l’arrêt dans l’attente d’un démantèlement différé conduit à des dépenses importantes de surveillance, ainsi qu’à des difficultés de motivation des effectifs présents et de perte de mémoire de l’historique de l’exploitation.

Le démantèlement “in situ”

Les Etats-Unis enfin, autre grand pays du nucléaire qui compte 104 réacteurs en exploitation dont 34 à l’arrêt, appliquent une stratégie triple, mêlant démantèlement immédiat, différé et “in situ”. Cette dernière stratégie appelée aussi « entombment » ou « scellement » consiste à couler du béton sur l’ensemble du bâtiment, afin de faire barrage à la radioactivité. L’installation est placée sous une structure de confinement renforcée sur le site même et conservée isolée  jusqu’à ce que les radionucléides aient suffisamment décru pour libérer le site. Utilisée le plus souvent dans le cas d’installations souterraines, cette solution est certes rapide et peu coûteuse mais pose tout de même de nombreuses questions en termes de sûreté et de respect des générations futures.

Quelles que soient les raisons ou les stratégies adoptées pour le démantèlement, les installations à déconstruire seront nécessairement de plus en plus nombreuses, et les volumes de déchets à trier et à orienter vers les bonnes filières, de plus en plus importants. Ces chantiers de grande ampleur (au regard du retour d’expérience international, environ 15 ans sont nécessaires pour déconstruire un réacteur à eau pressurisée) imposent une planification et une préparation minutieuses compte tenu de leur coût bien sûr mais également du rôle joué par chaque réacteur dans le mix énergétique des pays concernés.

Crédits photo : EDF

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Appliqué en France, le démantèlement immédiat ?! « Ne pas faire supporter les coûts aux générations futures » ?! (une génération est estimée à 25 ans) Ce sont de beaux principes théoriques bien loin d’être appliqués chez nous !
    Brennilis (Finistère, réacteur de petite puissance de 70 MW) : une 50aine d’années de démantèlement et les coûts en conséquence (notamment 7 ans pour évacuer les combustibles usés, travail effectué par 120 salariés) – démantèlement évalué à près de 500 millions d’euros, soit vingt fois plus que l’estimation initiale.
    Chooz (Ardennes, REP de 300 MW) : 30 ans de démantèlement.
    Superphénix (Isère, surgénérateur de 1200 MW) : il n’a réellement fonctionné que 30 mois – une 30aine d’années de démantèlement, coût de l’ordre de 2 milliards d’euros.
    Le démantèlement des six réacteurs UNGG (uranium naturel graphite gaz) est reporté… au XXIIème siècle, à 2100, à cause des problèmes techniques qu’il pose.

    Aux Etats-Unis, ce n’est pas le démantèlement « in situ », c’est-à-dire la mise en sarcophage de l’installation qui prime, elle n’a été appliquée à aucun réacteur de production électrique. C’est le démantèlement différé qui est choisi. Une fois le combustible extrait, on laisse la radioactivité décroître pour faciliter les opérations, le démantèlement devant être achevé au plus tard 60 ans après l’arrêt du réacteur.

    Le choix du nucléaire pour produire de l’électricité est de facto le mépris des générations futures.

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    • Oui, tandis qu’un mix électrique basé sur les énergies fossiles, à l’allemande, est tellement plus respectueux…

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