La faisabilité du démantèlement des installations nucléaires passée à la loupe La faisabilité du démantèlement des installations nucléaires passée à la loupe

Démantèlement des installations nucléaires : la faisabilité passée à la loupe

Le 1er février, la Députée Barbara Romagnan présentait son rapport sur la faisabilité technique et financière du démantèlement des installations nucléaires. Quelques jours plus tard, le 22 février, la commission du développement durable de l’Assemblée Nationale auditionnait cette fois le président de l’ASN, Pierre Franck Chevet, et le directeur du parc nucléaire d’EDF, Dominique Minière. Une occasion d’apporter des précisions manifestement nécessaires. A en croire le président de l’autorité de sûreté, contrairement à la problématique des déchets nucléaires, la question du démantèlement a longtemps été laisée de côté par la représentation nationale…

L’Assemblée Nationale se divise sur le démantèlement des installations nucléaires

Pendant 6 mois, la Députée du Doubs, Barbara Romagnan, et le Député du Vaucluse, Julien Aubert, se sont penchés sur la question du démantèlement des centrales nucléaires. En présentant les conclusions de son travail à l’Assemblée Nationale, l’élue de Bourgogne Franche Comté était toutefois plus alarmiste que son collègue.

En effet, la rapporteuse de la mission d’information affirme par exemple que « la faisabilité technique que beaucoup d’exploitants considèrent comme maîtrisée n’est pas entièrement assurée ». Une première conclusion qui fait peur à la Députée socialiste des Deux-Sèvres, Geneviève Gaillard – même si elle ne concerne que le premier parc d’EDF, composé de 9 réacteurs tous à l’arrêt, et bien que le représentant du groupe radical Jacques Krabal estime que pour aborder cette problématique « notre unique boussole doit être scientifique » afin d’éviter « les emportements irrationnels ».

Lors de sa prise de parole, Julien Aubert a d’ailleurs confirmé qu’il existait « une vraie divergence », entre son appréciation du sujet et celle de sa partenaire. Aussi, tandis que le représentant du groupe socialiste, Christophe Bouillon se félicitait de la collaboration transpartisane sur ce sujet, le représentant du groupe UDI, Stéphane Demilly, indiquait néanmoins qu’aucun consensus ne s’était dégagé.

Quelques « chiffres clés » pour le démantèlement des installations nucléaires

Sur Twitter, le compte Contexte Energie publiait le jour même de la réunion, les « chiffres clés » et les « points saillants » du rapport. De ces éléments, on peut retenir que le coût global du démantèlement est aujourd’hui estimé à 75,5 milliards d’euros par EDF. D’ores et déjà, 36,1 milliards d’euros ont été provisionnés – ce qui devrait permettre avec un taux d’actualisation à 4,4% d’atteindre 75,5 milliards d’ici 2100.

Par ailleurs, il faut également retenir que 23,5 milliards d’euros sont aujourd’hui considérés comme des actifs dédiés. Dans le détail, cela comprend un portefeuille d’actifs de 3,8 milliards d’euros, une créance sur l’Etat de 5,9 milliards d’euros et 14,3 milliards d’euros issus directement de la trésorerie d’EDF. Enfin, outre l’évaluation des provisions, la méthode Dampierre ainsi que la quantification des effets de série, pour un parc de 58 réacteurs, divisent les experts. Cette dernière pouvant effectivement varier en fonction de très nombreux paramètres, oscillant entre 10 et 40% du coût total.

Toutefois, c’est justement sur la faisabilité financière du démantèlement que les divergences entre Barbara Romagnan et Julien Aubert se sont cristallisées. Et pour cause, le magistrat des comptes refuse notamment d’évoquer des « provisions sous-évaluées », considérant qu’il n’y a pas lieu de remettre en cause la sincérité des comptes de l’énergéticien.

Lire aussi : Démanteler une centrale nucléaire, comment ça marche ?

L’optimisation du démantèlement passe par des « effets de mutualisation et de série »

Lorsque Pierre Franck Chevet et Dominique Minière se sont rendus au Parlement le 22 février dernier, ils ont apporté différents éléments de réponses. D’abord, pour le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, il convient de rappeler que le démantèlement relève « d’un choix politique ».  Autrement dit, si le gouvernement refuse d’envisager un prolongement de la durée de vie des réacteurs de façon à étaler dans le temps la constitution de provisions qui serviront au démantèlement, il lui  faudra « injecter un peu plus d’argent pour pouvoir mener plus rapidement à terme ces démantèlements ».

A propos des « effets de mutualisation et de série », Pierre Franck Chevet comme Dominique Minière sont totalement persuadés que d’importantes économies sont possibles. Ainsi, pour le directeur d’EDF « le vrai enjeu n’est plus la faisabilité mais l’optimisation », tandis que le président de l’ASN explique : « je crois qu’il y aura un gain d’échelle réel entre les premières opérations de démantèlement de REP et les opérations qui suivront, j’en suis totalement convaincu ».

Pourtant, la Députée Barbara Romagnan continue de qualifier cette affirmation d’optimiste et affirme : « Dans le cas de deux réacteurs situés côte à côte, si l’on en démantèle un pendant que l’autre reste en fonctionnement, un certain nombre de dépenses – gardiennage, utilisation des machines, etc. – peuvent servir pour les deux. En revanche, pour que cette mutualisation fonctionne pour le deuxième réacteur, cela suppose qu’un nouveau réacteur soit en construction ».

Finalement, pour dissiper ses doutes, le directeur du parc nucléaire et thermique d’EDF, Dominique Minière précise : « les effets de mutualisation et de série que nous allons considérer sont des effets très mécaniques, ils n’ont rien à voir avec une hypothèse sur l’évolution de la productivité de nos ingénieurs ou de nos sous-traitants, qui sera quand même réelle mais qu’on n’a pas pris en compte. Par exemple, sur un site quand vous avez deux réacteurs et non pas un réacteur isolé, ces deux réacteurs partagent des bâtiments et des équipements qu’il n’y a donc pas à démanteler deux fois. Ce sont des équipements communs à deux réacteurs. C’est pour cela que structurellement, le démantèlement d’une paire de réacteurs sur un même site coûte moins cher que le démantèlement d’une paire de réacteurs isolés sur deux sites différents. Or en France, à la différence de quasiment tous les autres pays, nous n’avons pas de réacteurs isolés mais des sites avec 4 ou même 6 réacteurs à Gravelines ».

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Il me semble pertinent de penser que des économies mutualisation et de série existent du fait d’une standardisation des réacteurs nucléaires en France. Par ailleurs après les preliers démantèlement des réacteur PWR des gains de productivité grâce à l’expérimentation et le retour de connaissance doivent diminuer les couts.

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  • Petite correction : « ce qui devrait permettre, avec un taux d’actualisation à 4,4 %, d’atteindre 75,5 milliards d’ici 2100 » au lieu de 2010.
    Il faut souligner les normes d’expositions excessivement sévères ( parmi les plus élevées au monde) qui font monter de manière importante les couts de démantèlement.

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  • Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que les centrales REP sont « faciles » à démolir . Lors des visites décennales, les travaux de décontamination vont assez loin. La démolition consistera « juste » à aller plus loin.
    Contrairement à ce qui se raconte, des centrales REP ont déjà été démantelées. Notamment celle de Maine Yankee d’une puissance comparable aux nôtres. L’opération complète a coûte environ 600 millions de $ pour une tranche complète.

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