Satoshi Nakagawa a mis au point une technologie capable de produire de l’électricité à partir de la terre et du compost. Cet ingénieur japonais de 72 ans dirige un laboratoire d’essai installé à Hitachi-ota, dans le département d’Ibaraki, à un peu plus de 100 km au nord-est de Tokyo.
Nakagawa, également directeur général de l’agence de design Tripod Design, appelle sa méthode « collecte de micro-énergie », ou MPC. Le procédé permet de récupérer de minuscules courants électriques dans des substances aussi diverses que le vin, le pain ou, bien sûr, la terre. Il en revendique la paternité.
Une serre allumée par 1 500 caisses de terre
Le laboratoire, baptisé Ku-An, ressemble à une serre installée à mi-pente d’une colline. La nuit, il s’illumine grâce à 1 500 caisses en bois remplies de terre et de compost, qui alimentent 800 LED. Un second site, Lu-An, a ouvert en 2025 à portée de vue de là : plus de 2 000 cylindres en plastique y produisent une puissance de 100 watts, de quoi faire tourner un cuiseur à riz.
Le principe n’a rien de nouveau : il reprend celui de la pile voltaïque, la première batterie électrique au monde à fournir un courant continu, inventée en 1800 par Alessandro Volta. Des électrodes en zinc et en cuivre sont plongées dans une matière chargée d’humidité ou d’ions, ce qui permet de capter des courants faibles mais constants.
Nakagawa imagine des usages concrets, notamment dans des zones privées d’électricité après une catastrophe naturelle. Sa technologie pourrait alimenter des capteurs peu gourmands : détection des dégâts causés par des animaux dans les champs, surveillance des débordements de rivières ou des glissements de terrain, systèmes d’alarme anti-intrusion.
Un prototype de nœud autonome, une borne alimentée par le sol, permet de transmettre des données à un satellite. Il l’a aussi utilisée pour des installations artistiques : des tiges souples plantées dans le sol s’illuminent dans l’obscurité, évoquant des lucioles au-dessus des hautes herbes.
L’ingénieur met en avant deux atouts par rapport aux énergies renouvelables classiques. Une fois installée, la technologie n’émet pas de dioxyde de carbone, et contrairement au solaire ou à l’éolien, elle ne dépend pas des conditions météorologiques. Il justifie ses recherches par la perspective d’une population mondiale se rapprochant des 10 milliards d’habitants, qui rendra les questions énergétiques aussi cruciales, dit-il, que les questions alimentaires.
« Même si ce n’est qu’une petite contribution, je veux que les gens puissent produire leur propre électricité à partir de la terre qui les entoure », a-t-il confié dans un entretien à l’AFP.
Une puissance jugée trop faible par ses pairs
Tous ne partagent pas cet enthousiasme. Masayuki Nakao, professeur émérite d’ingénierie à l’université de Tokyo, suit les travaux de Nakagawa depuis des années. Il reconnaît volontiers l’aspect esthétique de ses créations, mais doute de leur utilité réelle : « Sa puissance de sortie est nettement inférieure à celle des batteries classiques ou des batteries automobiles. »
D’autres ingénieurs, non identifiés, jugent ses installations séduisantes et stimulantes sur le plan intellectuel, sans pour autant les trouver pratiques.
Nakao tempère toutefois son jugement en soulignant l’effet produit par les lumières de Nakagawa sur ceux qui les découvrent : « Ce qui est remarquable dans les œuvres de M. Nakagawa, c’est que la lumière qu’il crée a le pouvoir de nous toucher. Les gens sont émus lorsqu’ils voient ces lumières. Elles sont magnifiques. »
Face au scepticisme, Nakagawa reste sur sa position. Il estime que les ingénieurs doivent concevoir de nouveaux produits capables d’exploiter la micro-énergie, et plaide pour combiner plusieurs technologies de récupération d’énergie dans une stratégie globale. « Les possibilités sont infinies », affirme-t-il.






