Belgique : une sortie « irréaliste » du nucléaire en 2025

Belgique : une sortie “irréaliste” du nucléaire en 2025

La Belgique s’est engagée dans un processus de sortie du nucléaire depuis 2003. Quinze années plus tard et malgré le renouvellement de cet objectif, le pays ne semble pas prêt pour une sortie rapide malgré l’approche de l’échéance de 2025. Cet avis a été partagé ce dimanche 10 février 2019 par le ministre de l’Intérieur belge. Il juge une sortie d’ici à six ans « irréaliste » au regard des données actuelles. Une position qui ne semble pas incohérente dans un pays où l’atome fournit encore environ 60 % de l’électricité consommée.

Une énergie nucléaire encore dominante 

Les pouvoirs publics belges auraient-ils raté le tournant de la fin du nucléaire ? Prise bien avant l’accident de Fukushima qui a mené l’Allemagne à mettre un terme rapide à son programme nucléaire, la décision belge n’a été suivie que peu d’effets. Le mix électrique est encore largement dominé par le nucléaire. 59 % en faveur de l’atome, 31 % d’énergies fossiles et seulement 10 % d’énergies renouvelables. Le compte n’y est pas et rend presque impossible l’équation d’une sortie du nucléaire en 2025 comme affirmé à plusieurs reprises. En mars 2018, la ministre de l’Energie, Marie-Christine Marghem, présentait le pacte énergétique interfédéral, l’équivalent d’une feuille de route à suivre pour que l’ambition devienne réalité. « Afin de réaliser ces objectifs, nous devons définir ces prochaines années une politique qui vise à une utilisation plus efficace de l’énergie et au développement de la production d’énergie renouvelable ». Une feuille de route qui semble avoir été dessinée un peu trop tard.

C’est en tout cas l’avis du ministre de l’Intérieur, Pieter De Crem, interrogé à ce sujet ce dimanche. Il juge une sortie complète en 2025 « irréaliste » en raison de plusieurs facteurs. Le ministre déclare : « Tous les indicateurs me disent que la consommation augmentera à un point tel que nous aurons de toute façon besoin d’une période d’exception ou d’une prolongation. Si ces centrales nucléaires peuvent fermer, je dirai ’c’est bien’. Mais tout le débat sur l’énergie nucléaire, sur la nouvelle génération de centrales nucléaires, il semble qu’on ne puisse pas le tenir parce que ça n’arrange pas ceux qui manifestent dans la rue. Pour moi, tout doit pouvoir être ouvert à discussion ».

« Écoréalisme » ou sortie mal préparée du nucléaire ?

Cette déclaration ne va pas manquer de susciter des réactions en chaine, mais Pieter De Crem ne peut pas être suspecté d’être un opposant au nucléaire puisqu’il appartient au parti CD&V qui milite pour une sortie en 2025. Le ministre est donc en porte-à-faux vis-à-vis de son parti dont le président Wouter Beke avait réitéré la position officielle la semaine dernière. De Crem se considère comme « écoréaliste » et redoute qu’une sortie précipitée ne pèse sur les ménages les moins aisés.

La Belgique peut toujours forcer la main, mais cela passera sans aucun doute par un recours massif aux importations d’électricité. Une solution qui peut s’avérer coûteuse à terme et qui est actuellement expérimentée en raison de problèmes récurrents sur certains réacteurs. Une solution qui ferait de la Belgique un pays particulièrement dépendant en matière énergétique. La situation est délicate pour le gouvernement et illustre la nécessité de suivre des stratégies énergétiques sur le moyen et long terme.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Toute sortie du nucléaire est du plus haut réalisme ! Même si, même si il y a risque de blackout. Car l’important c’est d’arrêter cet extraction d’uranium très sale pour les autochtones, et énergivore. C’est aussi d’arrêter de stoker des tonnes de matériaux radioactifs résidus de la fission nucléaire dont plus de 80 tonnes de plutonium.
    Arrêter cette industrie électro nucléaire c’est vital pour l’humanité, pour l’avenir de nos enfants !
    C’est peut être aussi limiter et même arrêter la fabrication de bombes nucléaires !

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  • @ Rozé
    D’après l’Académie de Médecine, il faut faire exactement l’inverse de ce que vous dites :

    “Veiller prioritairement à éviter les ruptures d’approvisionnement en énergie . En effet, le plus grave risque pour la santé est de manquer d’énergie comme le montrent à des degrés divers le lien entre état sanitaire et dépense énergétique dans les pays en voie de développement, l’importance à la fois de la chaîne du froid et de la lutte contre les températures extrêmes, ainsi que les conséquences sanitaires des ruptures d’approvisionnement comme en ont connu encore récemment certains pays.”

    “Maintenir la filière nucléaire dans la mesure où elle s’avère avoir le plus faible impact sur la santé par kWh produit par rapport aux filières utilisant des combustibles fossiles, les biomasses ou l’incinération des déchets (en raison de la pollution atmosphérique qu’elles entraînent) ou même, comme le montre notamment le rapport Externe de la Commission Européenne, quand on la compare aux énergies éolienne et photovoltaïque (principalement en raison des polluants libérés pendant le cycle de vie des dispositifs).”

    http://www.academie-medecine.fr/choix-energetiques-et-sante-recommandations/

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  • «…une solution qui rendrait la Belgique dépendante au niveau énergétique…» La Belgique l est de toutes façons avec le nucléaire. On n a heureusement pas de mine d uranium et engie fait les prix…

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  • @ Sarlet
    Effectivement. Mais la Belgique va quand même connaitre une multiplication par 10 ou 20 du coût des importations énergétiques associées en passant du nucléaire au gaz.

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  • Pour aller plus vite :

    L’autonomie énergétique à 100% au moindre coût avec un système de stockage dématérialisé qui permet de consommer toute la production solaire de jour comme de nuit.

    Produisez votre électricité solaire :

    – choisissez des panneaux hybrides (Dualsun) ou ardoises/tuiles hybrides (Nelskamp), vous aurez le thermique en plus !

    – autoconsommez en priorité et stockez l’excédent dans la batterie à distance la moins chère du marché (seulement à charge les taxes et frais de réseau donc prix de l’électricité à moitié prix du marché)

    – MySmartBattery est un système de stockage dématérialisé qui permet de consommer toute la production solaire de jour comme de nuit

    https://www.mylight-systems.com/mysmartbattery/

    .

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  • “Il est urgent de promouvoir le concept de bâtiments et de quartiers urbains autonomes en énergie”

    Le professeur Marc Frère de l’Institut de recherche sur l’énergie de la Faculté Polytechnique de l’Université de Mons examine les arguments en faveur de la création de bâtiments à faible demande énergétique.

    En Europe le secteur du bâtiment contribue largement à la consommation d’énergie et est responsable de 36 % des émissions de gaz à effet de serre du continent. Dans un pays comme la Belgique les besoins en chauffage sont principalement couverts par les combustibles fossiles (90 TWh/an : 21,7 % de la consommation totale de combustibles fossiles).

    Les techniques de construction et les technologies de conversion énergétique actuellement disponibles peuvent réduire considérablement l’impact environnemental du bâti. Le concept de bâtiment à très faible consommation d’énergie ou passif permet de réduire la demande annuelle de chaleur (de 130 kWh/an/m2 = demande moyenne de chauffage pour les bâtiments existants en Belgique) à 15 kWh/an/m2.

    En outre, une faible puissance de chauffage/refroidissement peut être fournie à des températures relativement basses/élevées, ce qui augmente l’efficacité de la conversion énergétique et/ou la contribution renouvelable des technologies de chauffage et de refroidissement.

    Il y a donc une réaction en chaîne positive lorsqu’il s’agit de promouvoir le développement de bâtiments à faible demande énergétique. A titre d’exemple, en transformant virtuellement tout le parc immobilier belge en bâtiments passifs chauffés par des pompes à chaleur air/eau à haute performance (facteur de performance saisonnier=3,1), la consommation de combustibles fossiles pour le chauffage des locaux pourrait être réduite à 7,8 TWh/an (en considérant un rendement de distribution thermique égal à 0,97 et un rendement de conversion énergie primaire en électricité non renouvelable égal à 0,4) plutôt que 90 TWh/an.

    Le gain énorme entre les deux situations est une combinaison de réduction de la demande de chaleur et d’augmentation de l’efficacité globale de conversion de l’énergie primaire non renouvelable en chaleur.

    L’Union européenne encourage la transition vers des bâtiments à faible consommation d’énergie permettant l’utilisation de technologies à contribution renouvelable (directive sur la performance énergétique des bâtiments – DPEB).

    L’idée derrière les bâtiments à consommation énergétique nette zéro (NZEB) est que le besoin énergétique annuel total du bâtiment doit être compensé par une production renouvelable (production locale).

    Les besoins en électricité pour la ventilation, l’éclairage et les appareils ménagers peuvent être couverts par des panneaux PV. En cas d’utilisation d’une pompe à chaleur pour le chauffage des locaux et la production d’eau chaude sanitaire, la consommation d’électricité supplémentaire peut être couverte par une surface PV supplémentaire, ce qui est possible pour de très faibles besoins en chaleur (par exemple, maisons passives). La généralisation d’un tel concept pourrait réduire considérablement la consommation de combustibles fossiles.

    Ce concept est poussé vers le haut par les réglementations européennes.

    Pour traiter correctement ce sujet et son impact sur la production d’électricité, il est urgent de promouvoir le concept de bâtiments ou de quartiers urbains autonomes ou quasi autonomes en énergie.

    Cela signifie que, dans le cas d’une faible production d’énergie verte, les besoins peuvent être couverts principalement par l’énergie stockée pendant des périodes où la production verte dépasse les besoins. Une partie des besoins énergétiques (chauffage et climatisation) est saisonnière. Les besoins en énergie couvrent les besoins en électricité, en chauffage et en climatisation.

    Le concept d’un bâtiment autonome ou presque autonome donne la responsabilité au secteur du bâtiment et aux utilisateurs du bâtiment en termes de contribution à la transition énergétique.

    Elle permet une approche intégrée des systèmes de production/stockage/distribution d’énergie et des bâtiments en tenant compte des spécificités locales en termes de conditions climatiques et de ressources renouvelables locales.

    Considéré au niveau du district, ce concept permet des investissements à grande échelle (chauffage urbain, puits géothermiques).

    La promotion de l’utilisation locale de l’énergie verte produite localement peut contribuer à créer des liens sociaux et à recentrer les politiques énergétiques au niveau local.

    Il existe une grande variété de solutions techniques pour combiner les technologies afin d’atteindre des niveaux élevés de consommation sur site d’énergie produite localement.

    Les programmes d’éducation qui éliminent les barrières entre les disciplines liées à l’énergie devraient être encouragés (tant au niveau scientifique que technique).

    Ce document a été rédigé dans le cadre du projet RESIZED (projet ERA CHAIR financé par l’UE) consacré à l’utilisation efficace de l’énergie dans les quartiers urbains.

    Marc Frère est ingénieur civil chimiste et docteur en Sciences appliquées de la Faculté Polytechnique de l’Université de Mons. Il y commence sa carrière dans le Service de Thermodynamique et Physique mathématique qu’il dirige actuellement.

    Il développe des activités de recherche d’abord dans le domaine de la caractérisation des solides poreux pour ensuite s’orienter vers les applications énergétiques de la Thermodynamique (pompes à chaleur, machines frigorifiques, stockage d’énergie thermique), activités sur lesquelles sont basées ses enseignements.

    Il participe à la création du Pôle de Recherche en Energie de la Faculté polytechnique de l’UMONS qui deviendra l’Institut de Recherche en Energie de l’UMONS.

    https://www.openaccessgovernment.org/zero-energy-buildings/52841/

    .

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  • A propos du gaz en Allemagne comme en Belgique il y a des réalités technologiques et économiques qui viennent contredire le lobbying anti-renouvelables habituel :

    Si l’Allemagne avait fait le choix du nucléaire, elle aurait un prix de l’électricité plus cher par exemple que le nôtre et elle n’aurait pas exporté dans le monde entier un ensemble important de technologies renouvelables, avec entre autres Siemens n° 1 mondial de l’éolien, et ne représenterait pas 15,4% du marché mondial de l’environnement, tout en ayant largement contribué avec entre autres la Chine à faire baisser les prix des ces technologies qui sont universelles puisqu’elle profitent à 197 pays alors que le nucléaire est beaucoup plus restreint, tout comme ses perspectives au plan électrique mondial comparé aux renouvelables et encore plus en énergies primaires (autour de 5% au mieux dans les décennies à venir).

    Le nucléaire est en outre devenu indéfendable face aux missiles hypersoniques actuels (moins de 60 secondes pour réagir) donc source de problèmes majeurs dont il faut désormais tenir compte.

    “Les dernières enchères de solaire et d’éolien en Allemagne ont atteint des fourchettes de prix de 45 à 60 euros par MWh, ce qui signifie que le coût de l’énergie renouvelable est désormais similaire, voire même inférieur, aux prix de gros de l’électricité dans de nombreux pays” comme le rappelle Matthias Buck, responsable de la politique énergétique européenne à Agora Energiewende.

    À l’inverse, les prix du charbon ont augmenté de 15% et les prix du gaz de 30% tout au long de l’année dernière.

    “Les pays connaissant le plus grand essor de renouvelables sont aussi ceux qui observent les plus grandes chutes d’utilisation de charbon”, affirme le rapport, “ce qui remet en cause le concept selon lequel les pays se tourneront d’abord vers le gaz comme alternative au charbon”.

    https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/les-energies-renouvelables-font-de-l-ombre-au-charbon-806012.html

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