Nucléaire : quelles perspectives pour la 3ème filière industrielle française ? - L'EnerGeek

Nucléaire : quelles perspectives pour la 3ème filière industrielle française ?

Jeudi 9 février, la SFEN a publié son livre blanc à l’intention des candidats à l’élection présidentielle. Maintenant que tous les candidats ont annoncé leur candidature, la direction générale de la Société Française de l’Energie Nucléaire leur adresse 6 axes de réflexion, avec de multiples préconisations, pour développer « une politique énergétique d’avenir ».

« Oui l’industrie nucléaire a toute sa place dans le mix énergétique du XXIème siècle : c’est une énergie décarbonée, compétitive et complémentaire des énergies renouvelables. (…) Pour s’ancrer dans le XXIème siècle, l’industrie nucléaire à des défis à relever comme toutes les filières industrielles: accroître sans relâche la sûreté, abaisser les coûts de construction d’un réacteur nucléaire, maintenir les compétences à travers la formation continue et l’attractivité de la filière auprès des jeunes« . (Extrait de l’interview du Secrétaire d’Etat chargé de l’industrie, Christophe Sirugue – Revue Générale Nucléaire, nov/dec 2016) 

1- La France doit capitaliser sur son savoir-faire nucléaire 

La France dispose de tous les atouts pour partir à la conquête du marché nucléaire. Aux Etats-Unis, en Russie et en Chine, l’atome apporte une réponse à l’équation énergétique de l’après COP21. Avec le talent de ses ingénieurs et le gigantesque parc nucléaire du pays, la France peut prétendre au leadership technologique. Pour s’en assurer, la SFEN suggère de lancer une mission French Tech Nucléaire, d’investir dans le développement des briques technologiques et de soutenir la recherche publique.

Sur le modèle de l’initiative French Tech initiée par le ministère de l’Industrie, La French Tech Nucléaire viserait d’abord à renforcer la lisibilité des compétences françaises, à accélérer les innovations sur le nucléaire du futur et à stimuler l’attractivité de la filière pour les jeunes talents et les nouveaux capitaux du monde entier. Avec l’apparition de la 4ème génération de réacteur, les acteurs de la filière tricolore peuvent capitaliser et doivent investir sur des briques technologiques stratégiques : nouveaux combustibles et nouveau matériaux notamment.

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2 – Faire rimer sûreté et efficacité opérationnelle :

Citant le Président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), la SFEN part du constat que « la chaîne de contrôle renvoie à une procédure complexe qui mérite d’être améliorée ». Dans cette optique,  un groupe de travail placé sous l’autorité de l’Etat serait capable d’identifier des simplifications dans l’ensemble de la chaine de contrôle, avec la participation de l’ensemble des parties prenantes (Ministères, ASN, IRSN, exploitants et le réseau de TPE/PME). Autrement, le document souhaite réaffirmer le pouvoir d’interprétation juridique de l’ASN, tout en adaptant le processus d’information du public aux enjeux de la sûreté nucléaire. Enfin, en s’appuyant sur les travaux de l’Institut Montaigne, le livre blanc aimerait favoriser un cadre juridique stable et accessible, notamment afin de « diminuer le temps de déclinaison de la réglementation en exigences opérationnelles ».

3 – Transition énergétique : les transferts d’usage pour une économie bas carbone

Face à l’urgence du réchauffement climatique et au besoin de rééquilibrer sa balance commerciale, la France doit plus que jamais compter sur son électricité, largement décarbonée depuis les années 1970. Avec les nouvelles technologies, il serait effectivement possible de lancer « une nouvelle vague de substitution des énergies fossiles par de l’électricité bas carbone », en réalisant des transferts d’usage, particulièrement dans le secteur des transports et du logement.

Avec l’électromobilité, il existe désormais des solutions pour réduire les émissions du premier secteur producteur de gaz à effet de serre (GES). Pour cela, il faut désormais fixer un objectif, par exemple porter à 45% la part des véhicules électriques et hybrides du parc automobile en 2050, alors que le gouvernement s’est déjà engagé à mettre à disposition 7 millions de bornes de recharges d’ici 2030. Selon le Bureau Européen des Unions de Consommateurs (BEUC), le coût de l’achat et de l’usage de ces véhicules deviendra inférieur à celui des voitures thermiques en 2020. En attendant, les rédacteurs estiment donc nécessaire de maintenir les aides publiques à destination des automobilistes, cela afin d’accroître les capacités de stockage. A en croire l’Agence Nationale de Coordination de la Recherche pour l’Energie (ANCRE), ces nouveaux moyens de transport pourraient représenter 35% des capacités de stockage du pays, à l’horizon 2050.

En 2050 aussi, la France devra réduire ses émissions de GES dans le secteur du bâtiment, conformément entre autres à la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). Un objectif ambitieux au moment où la Réglementation Thermique 2012, continuerait de favoriser le développement des énergies fossiles dans le logement neuf ; entre 2008 et 2014, la part des énergies fossiles dans les constructions neuves serait passée de 25 à 61%. C’est pourquoi, les contributeurs de la SFEN réclament un audit par une instance indépendante (France Stratégie ou Cour des Comptes, voire autres) sur la RT2012. En prévision de l’élaboration de la RT2018, ils se prononcent en faveur de « l’instauration d’un objectif prioritaire de plafonnement des émissions de GES.

Par ailleurs, pour développer encore plus l’utilisation de l’électricité bas carbone, ce document annonce la possibilité de « valoriser le potentiel de la technologie dans de futures applications ». Plusieurs options sont envisageables, tandis que d’une part la conception de certains réacteurs pourrait être orientée vers un objectif de production de chaleur, de l’autre les applications « power-to-gas » pourrait conduire à la transformation des surplus d’électricité bas carbone en hydrogène.

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4 –  Le nucléaire comme élément de réponse à la priorité du bas carbone

Dans cette quatrième partie, il faut comprendre que « la substitution du nucléaire (bas carbone) par des énergies renouvelables (bas carbone) n’apporte aucun bénéfice en terme de réduction des émissions de GES ». Une raison qui justifie de l’importance de soutenir le programme du « Grand Carénage », lancé par EDF pour prolonger la durée d’exploitation des centrales françaises. L’énergéticien prévoit effectivement à ce titre d’investir 51 milliards d’euros d’ici 2025. C’est aussi pour la même raison que le document plaide en faveur du maintien en activité de la centrale de Fessenheim, le renouvellement du parc nucléaire à l’horizon 2030, ainsi que pour le soutien du cycle du combustible fermé et donc  au combustible MOX.

Avec le souci cette fois d’assurer « le mix énergétique le plus performant possible pour l’économie française », la Société Française de l’Énergie Nucléaire s’interroge sur la possibilité de réviser la loi sur la transition énergétique afin de « redonner des marges de manœuvre au pilotage du mix électrique ». Toujours dans l’optique d’améliorer le pilotage du mix électrique, la SFEN suggère « d’inscrire la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) dans des temps longs pour encourager les investissements » dans les énergies renouvelables. En somme, elle propose de diversifier le mix électrique en tenant compte des conditions techniques et économiques effectives. Ainsi, elle rappelle que la France bénéficie déjà d’une production électrique assurée à 19% par des ENR, et que la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) estime à 5,1 milliards d’euros le soutien public apporté aux différentes filières en 2016.

5 – Quels sont les meilleurs moyens pour soutenir toutes les énergies bas carbone ?

Avec un taux d’indépendance énergétique estimé à 55,8%, et avec le meilleur taux d’émission de GES par habitant au sein des pays du G7, la France fait figure d’exemple dans le monde. D’autant que les prix de l’électricité y restent très peu chers, en moyenne les Français payent 70% de moins sur leur facture par rapport aux Allemands. Ces arguments doivent, selon les auteurs, pousser les autorités à rémunérer « à leur juste valeur les services apportés par ses infrastructures actuelles, nucléaires et renouvelables », tout en pourvoyant « un cadre attractif pour des investissements futurs nécessaires à la sécurité d’approvisionnement ».

D’abord, cette partie propose « d’établir de nouveaux mécanismes de rémunération pour les infrastructures existantes ». Ceux-ci s’appliqueraient à toutes les énergies, en privilégiant différents critères tels que la qualité de l’air, une production bas carbone ou la contribution à l’équilibre du système énergétique national. Le document en profite au passage pour attirer notre attention la flexibilité des installations atomiques. En effet, elles peuvent adapter leur niveau de production de plus ou moins 80% en seulement 30 minutes !

Tout comme la « trajectoire d’un prix-plancher du CO2 applicable au secteur électrique », inspirée du Carbon Price Floor voté par les britanniques, les incitations en faveur de nouvelles capacités pourraient ressembler aux initiatives prisent outre-Manche. Chez nos voisins, les producteurs/investisseurs du prochain chantier d’Hinkley Point bénéficieront non seulement « d’une rémunération prévisible » avec l’établissement d’un « Contract for Difference », mais surtout verront le financement de l’investissement facilité tout en profitant d’une rémunération pour « les services spécifiques rendus ».

6 – L’avenir du nucléaire passe aussi par le continent européen

Dès 1957, la construction européenne marque son ambition pour la filière industrielle. Aujourd’hui, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) prévoit que le nucléaire bas carbone contribue à réduire de 25% les émissions de GES du secteur électrique à l’horizon 2030, aux côtés de l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. A l’inverse de l’Allemagne qui aurait consacré 24 milliards d’euros par an depuis 2010 aux ENR sans réussir à diminuer ses émissions, près de la moitié des pays européens mise sur l’atome pour assurer son futur énergétique. Dans ce contexte, la SFEN souligne l’intérêt de renforcer la coopération entre les différents pays membres des Institutions Européennes.

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Rédigé par : La Rédaction

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