Déchets radioactifs : quelle différence entre mono-recyclage et multi-recyclage ?

Déchets radioactifs : quelle différence entre mono-recyclage et multi-recyclage ?

Le débat public sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) a lieu jusqu’au 25 septembre 2019. Une initiative qui permet à chaque citoyen de s’exprimer sur un sujet, certes technique, mais qui concerne tout à chacun. Les points de controverse sont nombreux et la question du mono-recyclage et du multi-recyclage revient parfois dans les contributions. Il est donc temps de voir les différences entre ces deux procédés fiables et aux conséquences très différentes, notamment en termes de production et de gestion des déchets.

Le mono-recyclage ou le nucléaire qui se réinvente

Le recours à l’énergie nucléaire et le recyclage des déchets engendrés par cette activité constituent une question épineuse. Cet article n’a pas pour ambition de mettre un point final à ce débat, mais entend donner les clés pour comprendre les points forts et les faiblesses de deux manières de vivre le recyclage des déchets nucléaires. Entre le mono-recyclage et le multi-recyclage, le coeur des autorités françaises balance plutôt vers la première solution même si les évolutions techniques du parc nucléaire français pourraient finalement changer la donne.

Alors que le plastique et son recyclage sont devenus l’un des enjeux les plus visibles des politiques publiques environnementales en France, il y a un domaine qui n’a pas attendu pour s’investir dans le recyclage. Le nucléaire semble avoir un coup d’avance avec un recyclage des matières utilisées depuis plusieurs décennies déjà. En effet, afin de ne pas dépendre trop de l’uranium importé, les ingénieurs ont mis au point un procédé qui permet de recycler et donc de réutiliser une partie importante des matières premières. Ou comment produire de l’énergie nucléaire avec des matières qui ont déjà permis de produire de l’électricité.

Après trois à quatre années de bons et loyaux services, les combustibles doivent être retirés du coeur du réacteur nucléaire afin d’entamer leur processus de « désactivation » au sein d’une piscine de refroidissement conçue à cet effet. Après environ une décennie notamment passée à l’usine de La Hague, les combustibles sont sortis de l’eau et cisaillés en tronçons très fins avant que l’uranium et le plutonium ne soient séparés grâce à des traitements chimiques. Le combustible MOx est ainsi créé et permet à la filière de bénéficier d’un recyclage efficace.

Aujourd’hui, il existe donc une véritable filière du recyclage nucléaire en France avec environ 5 000 emplois à la clé et une expertise en grande partie détenue par Orano, avec son usine de La Hague. Un recyclage pour le moins efficace puisque 96 % de la matière nucléaire peut ainsi être utilisée (95 % d’uranium et 1 % de plutonium). Seules 4 % des matières ne sont plus utilisables et sont traitées comme déchets ultimes. Mais si cette technique permet d’économiser les ressources naturelles, le rapport Charpin-Pellat-Dessus publié en 2000 estime “qu’utiliser du MOx coûte 7 % plus cher à l’échelle du parc que l’alternative consistant à utiliser exclusivement du combustible à l’uranium naturel enrichi“. Aujourd’hui, on estime qu’une ampoule sur 10 fonctionne grâce au MOx en France.

Seulement pour en arriver à ce résultat, il faut du temps et une bonne dose de savoir-faire. Cela étant, pourquoi se contenter d’un seul recyclage lorsque le multi-recyclage existe ?

Le multi-recyclage, l’avenir du nucléaire français ?

Recycler une fois, c’est bien, mais recycler plusieurs fois c’est encore mieux ? C’est du moins la conclusion de nombreux spécialistes du nucléaire, qui présente néanmoins certaines limites. D’abord, l’économie de ressources naturelles atteindrait au maximum +10 % par rapport au mono-recyclage actuel. Aujourd’hui, l’utilisation du MOX est loin d’être généralisée, car seuls 22 réacteurs nucléaires français sont capables d’utiliser ce combustible.

Le recyclage unique est possible (et réalisé en France), le recyclage multiple est également possible, mais encore faut-il savoir de quel type de recyclage il est question. Il en existe de deux types. Le premier fonctionne avec des réacteurs à eau pressurisée tandis que le second fait appel à une technologie encore peu développée : le réacteur à neutrons rapides. La première solution a pour avantage de réduire la quantité produite de plutonium, mais voit une augmentation de la quantité d’actinides mineurs, c’est-à-dire neptunium, américium ou encore curium. Des substances radioactives plus ou moins fortes et actives dans le temps. La seconde technique a pour bénéfice principal de créer un cercle vertueux, parfaitement autonome vis-à-vis des ressources naturelles. Une solution intéressante qui nécessite toutefois une transformation radicale du parc nucléaire français. Ce dernier devrait ainsi adopter de nouveaux réacteurs à neutrons rapides. Un type de réacteur qui se compte sur le doigt d’une main avec deux en Russie (Beloyarsk 3 et 4), un réacteur expérimental en Chine et un autre en Inde.

La France n’est pas encore équipée et à l’heure où les débats font rage sur les coûts des réacteurs EPR, l’industrialisation d’un nouveau type de réacteur constitue un risque technique et financier non négligeable. Aujourd’hui, les experts s’accordent à dire que si la seconde solution est techniquement viable, le coût est trop élevé pour devenir une solution à court terme, mais les contraintes économiques pourraient être levées avant même la seconde moitié du XXI siècle.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Projet Hercule de scission d’EDF récemment présenté par son président :

    – en entité “bleue” (nucléaire et hydro) à charge de l’Etat (renationalisation envisagée à 100% à terme) pour faire face à son endettement élevé principalement généré entre 1998 et 2009 par des acquisitions coûteuses insuffisamment rentables, difficultés du nucléaire, importantes dépenses à venir, réalité des coûts (environ 63 euros / MWh nécessaires selon la Cour des comptes et supérieurs au prix de marché et plus de 100 euros/MWh pour les EPR)

    – et “verte” (renouvelables et réseaux, Dalkia, géothermie etc) pour être introduite sur les marchés financiers (valorisation supérieure à l’entité “bleue”)

    Des grèves sont déjà prévues le 19 septembre, des syndicats craignant, face à la concurrence, la fin du statut favorable des salariés et retraités d’EDF, pourtant sans changement selon son président et alors que l’Etat devrait prendre à charge l’entité “bleue” à 100% (renationalisation totale) notamment face à la dette nette d’EDF de 37 milliards d’euros mais près du double avec la dette hybride.

    Bref délicate opération vérité des prix et nécessité d’adaptation d’un secteur trop centralisé, alors que tout changeait autour de lui et que beaucoup prévenaient depuis longtemps qu’il fallait évoluer et s’adapter plus rapidement. Areva, E.ON, General Electric etc se sont aussi pris les pieds dans le tapis.

    De plus il ne sera pas plus compétitif à charge à 100% de l’Etat alors qu’en face Rosatom qui détient 60% du marché mondial est aussi à 100% à la Russie et que la Chine qui est amenée à dominer ensuite le marché d’ici environ 20 ans concurrence déjà Rosatom avec un nucléaire aussi aux mains de l’Etat Chinois.

    https://selectra.info/energie/actualites/acteurs/assemblee-generale-edf-avenir-electricien

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