Écologie politique : qui trop embrasse mal étreint ?

Écologie politique : qui trop embrasse mal étreint ?

Le Premier ministre a tenu son discours de politique générale devant les députés ce mercredi 12 juin 2019. Un exercice marqué par une première partie consacrée à l’écologie, et sans doute influencé par le score de Yannick Jadot aux européennes. Edouard Philippe a ainsi plaidé pour une “accélération écologique” lors de “l’acte II” du quinquennat. Mais malgré cette ambition, plusieurs points d’achoppement risquent de faire trébucher la majorité en marche ! Explications…

Fin du charbon, cap sur l’Acte 2 du gouvernement d’Edouard Philippe ?

Après les marches pour le climat, l’écologie politique enregistre des bons scores un peu partout en Europe. En France, la principale liste écologiste a recueilli 13,5 % des voix et incite le gouvernement à passer à la vitesse supérieure en matière environnementale. C’est pourquoi, le Premier ministre dans son discours de politique générale a insisté sur ce thème, plaidant pour une “accélération écologique”. À la tribune du Palais Bourbon, Edouard Philippe déclare : “plus personne n’a aujourd’hui le monopole du vert“. Un message directement adressé à Yannick Jadot, qui lui-même n’est pas tendre envers l’exécutif, et l’ancien ministre Nicolas Hulot. Selon le Canard Enchainé du 12 juin 2019, l’écologiste fustigerait en effet le “pseudo réalisme politique (…) refuge de la complaisance et de la lâcheté“.

Des accusations qui reviennent souvent aux oreilles du ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy. L’ancien partenaire de combat de Yannick Jadot, assure en effet le service après-vente de Matignon et insiste sur le développement massif des énergies renouvelables. Sur BFM, il déclare : “nous allons fermer les centrales à charbon. Nous allons accélérer sur l’éolien en mer. Ça, c’est du concret !” En effet, conformément aux attentes des acteurs de la filière, le Premier ministre s’est engagé à augmenter le rythme de lancement des appels d’offres, avec l’objectif d’atteindre 1 GW par an pour l’éolien offshore.

Mais si cette annonce est saluée par le syndicat des énergies renouvelables, la fermeture de toutes les centrales à charbon n’est, elle, pas assurée à ce stade. En effet, lors de son audition à l’Assemblée nationale le 13 juin 2019, Emmanuelle Wargon a rappelé qu’un projet de reconversion était envisagé pour la centrale de Cordemais. Avec écocombust, les salariés de Loire-Atlantique espèrent ne pas avoir à bénéficier des contrats de transition écologique, qui seront détaillés d’ici la fin de l’année..

Tarifs de l’énergie :  Bruxelles et l’ARENH favorisent plus la concurrence que l’écologie ?

Parallèlement, le gouvernement devra aussi beaucoup “discuter avec Bruxelles“. Sur l’hydroélectricité, le gouvernement a confié son intention de ne pas morceler notre “patrimoine commun“. Cependant, les discussions porteront également sur les tarifs de l’électricité, alors que le conseil constitutionnel vient de censurer des dispositions de la loi PACTE. Et si l’exposé des motifs du projet de loi énergie climat indique que “le gouvernement a souhaité que le projet de loi relatif à l’énergie et au climat reprenne les dispositions censurées concernant les tarifs réglementés de vente de gaz et d’électricité“, le Premier ministre considère qu’il faudra également à l’avenir négocier “avec la commission européenne une nouvelle régulation du prix de l’électricité pour que les Français bénéficient davantage de la stabilité et de la compétitivité que nous donne nos investissements passés“.

La concurrence justement, Jean-Bernard Lévy l’évoquait ce jeudi 13 juin 2019 sur BFM. Selon lui, “tout est organisé pour qu’EDF perde des clients !” Avec le dispositif de l’Accès régulé à l’énergie nucléaire historique (ARENH), l’électricien est effectivement forcé de fournir ses concurrents en électricité nucléaire. Or, le plafond de l’ARENH vient d’être relevé à 150 TWh, et comme le souligne Nicolas Goldberg, “la concurrence continue de progresser et il est probable qu’on dépasse ce plafond dans moins de 2 ans“. Jean-Bernard Lévy ne souhaite pas remettre en cause la concurrence sur le marché de l’électricité comme l’affirme notamment Patrick Pouyanné le PDG de Total. En revanche il dénonce le principe de “contestabilité” ; d’après lui, “ça ne sera plus EDF qui va subventionner ses concurrents”. 

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Le problème est avant tout que l’écologie politique, au fur et à mesure où elle acquiert de plus en plus d’influence sur l’action gouvernementale, a besoin de faire sa mue vers moins d’idéologie et plus de rationalité :

    Son combat antinucléaire est littéralement un obstacle aux objectifs de protection de l’environnement qu’elle défend par ailleurs.

    Les ENR électriques intermittentes ne servent objectivement à rien en Europe métropolitaine. Elles sont un pur et massif gâchis d’argent public.

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  • @ Bachoubouzouc

    – Il existe déjà à ce jour plus de 182 études et modélisations scientifiques et économiques sur des scenarii 100% renouvelables, la plupart confirmées, reconfirmées, mises à jour etc qui concluent toutes à l’intérêt des renouvelables dans la baisse des émissions comme des prix comparativement à toutes les autres formes d’énergie.

    – Quelques 197 pays au monde font des renouvelables et le nucléaire – quand il n’est pas amplement soutenu par l’Etat comme en Russie (qui va jusqu’à garantir des prêts de plus de 35 ans et demande des accords secrets envers les parlements) et Chine – est en difficulté.

    – Dans toutes les projections des décennies qui viennent(Giec, IEA, AIEA, BNEF, BP etc) la part du nucléaire dans le mix mondial est plus que négligeable et arrivera encore moins à répondre au problème du climat que les renouvelables, bien plus universelles, et qui ne se limitent pas à l’éolien et au solaire loin s’en faut mais permettent des intégrations dans les bâtiments type triple zéro énergie-eau-déchets, décentralisation et évitement du coûteux réseau avec de nouvelles solutions de stockage que vous ne faîtes pas l’effort d’étudier et dont vous n’avez sans doute même pas connaissance.

    – 1 simple petite machine de production de revêtements solaires flexibles composites sans verre ni aluminium pour intégrations en toitures et façades a la capacité de produire l’équivalent de la puissance d’un réacteur nucléaire par mois à un prix négligeable.

    Comment pouvez vous en être encore à vous enfermer dans une approche binaire et politique stérile et affirmer sans aucun document scientifique ou spécialisé à l’appui que les ENR ne serviraient à rien en Europe et qu’elles seraient un massif gâchis d’argent alors que leurs prix ont baissé comme jamais vu dans l’histoire des transitions énergétiques.

    Vous n’allez pas encore nous ressortir votre vieux rapport de la cour des comptes de 2012 j’espère.

    Ou prétendre que le stockage massif n’existe pas alors que j’avais prix la peine il y a plusieurs années déjà de vous résumer et lister une bonne part de la centaine de solutions retenues comme techniquement et économiquement satisfaisantes sur plus de 300 qui avaient été alors répertoriées dans le monde.

    Ne confondez pas la validité technologique et économique des solutions énergétiques et les erreurs, abus etc qui sont parfois commises dans leur commercialisation et qui a toujours concerné chaque énergie comme chaque secteur.

    Et j’aimerais bien savoir, dans le cadre d’une Europe très nucléaire comme vous semblez en rêver, comment vous résolvez entre autres les problèmes des frappes ciblées de missiles hypersoniques qui sont de plus en plus courants. Vous n’y pensez sans doute pas mais c’est le maillon hyper faible qui met à genoux un pays en moins d’une minute et pour des durées très préjudiciables. Et ne me dîtes pas que l’on n’osera pas cibler des centrales nucléaires. Hitler l’a fait sur Paris et Londres avec ses V2 qui heureusement n’avaient rien de précis et ne faisaient “que 5000 km/heure”

    Encore une étude et modélisation récente parmi d’autres qui confirme que nous ne sommes pas esclaves d’un système nucléaire centralisé décidé dans les années 70 et qui a été plein de failles. Nous aurions pu bien mieux faire si nous avions réellement eu pour objectifs de répondre au problème climatique et d’efficacité énergétique et si la centralisation n’avait été aussi forte.

    “De nouvelles recherches de l’Université technologique de Lappeenranta (LUT), en Finlande, ont démontré qu’un super-réseau européen transfrontalier basé sur un approvisionnement décentralisé en énergies renouvelables est l’option la moins coûteuse pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris tout en éliminant les obstacles importants au fonctionnement d’une Union européenne de l’énergie.”

    LUT étudie depuis longtemps l’idée de super-réseaux alimentés à 100 % par des énergies renouvelables et couvrant une grande partie de la planète.

    L’étude a comparé 2 scénarios – l’un simulant 20 régions d’Europe agissant comme des “îles” énergétiques indépendantes et l’autre simulant des interconnexions électriques entre les régions. Les scénarios ont été modélisés jusqu’en 2050 et tenaient compte de la capacité et de l’âge actuels des centrales électriques, ainsi que de l’augmentation prévue de la demande future.

    “Les résultats montrent clairement que la solution la moins coûteuse est basée sur l’approvisionnement domestique et décentralisé avec le commerce transfrontalier, car cela réduit le coût total du système électrique de 69 €/MWh en 2015 à 51 €/MWh en 2050. Un avantage économique substantiel grâce au commerce transfrontalier s’élève à 26 milliards d’euros par an, en ne négociant que 12% de la demande totale d’électricité des utilisateurs finaux en Europe.”

    “Une approche SuperSmart respecte les contributions uniques que différentes régions d’Europe peuvent apporter tout en adhérant à un objectif clairement défini d’émissions de gaz à effet de serre nettes nulles d’ici 2050” précise Michael Child, chercheur à l’Université LUT et auteur principal de Flexible electricity generation, grid exchange and storage for the transition to a 100% renewable energy system in Europe.

    Le scénario SuperSmart présenté par LUT constitue un compromis entre deux approches de l’Union européenne de l’énergie qui ont été adoptées récemment – une approche de réseau intelligent décentralisé et une approche de super-réseau centralisé et réglementé.

    “Les résultats de notre modélisation et de notre analyse des instruments de politique suggèrent qu’un compromis entre les deux extrêmes, ou une approche SuperSmart, peut être une solution optimale aux deux problèmes. Tant sur le plan technologique qu’en termes de politique énergétique et climatique, l’Europe doit être considérée non seulement d’en haut, mais aussi dans le contexte national et régional.”

    “Les conditions-cadres que l’Europe doit mettre en place pour que la part des énergies renouvelables puisse augmenter rapidement sont importantes. Chaque pays devrait s’orienter le plus rapidement possible vers un approvisionnement complet en énergies renouvelables”, déclare Claudia Kemfert, co-auteure du rapport. “L’étude montre que le passage à un approvisionnement complet par les énergies renouvelables est non seulement possible, mais qu’il renforce également l’économie et génère des innovations et des avantages technologiques.

    L’étude tient également compte d’éléments qui ne sont pas toujours abordés dans d’autres études de modélisation, comme le rôle des prosommateurs qui, selon l’étude, s’ils étaient pris en compte en termes d’impact sur la quantité d’énergie qui circule dans le réseau centralisé, réduiraient de 6 % la capacité nécessaire à l’interconnexion de pointe, réduisant ainsi les coûts. Le stockage de l’énergie peut également être considérablement développé, les batteries fournissant un stockage à court terme et d’autres technologies assurant l’équilibre saisonnier nécessaire.

    La production flexible peut également être soutenue par l’utilisation de la production complémentaire géographique, par exemple en connectant les niveaux élevés de production photovoltaïque solaire dans le sud de l’Europe et de production éolienne dans le nord-ouest de l’Europe au réseau paneuropéen plus vaste, réduisant ainsi la variabilité globale.

    L’Université a déjà publié des résultats qui mettent en évidence le potentiel d’une Russie et d’une Asie centrale à 100 % d’ici 2030 ; d’une Amérique du Sud à 100 % d’ici 2030 ; d’un Iran et d’un Moyen-Orient à 100 % d’ici 2030 ; d’une Inde d’ici 2050 et sa réalisation majeure, un système planétaire à énergie 100% renouvelable. Et en novembre 2017, en marge de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques COP23 à Bonn, en Allemagne, les chercheurs de l’équipe LUT ont montré comment un réseau électrique 100 % renouvelable est plus rentable que le système actuel qui dépend des combustibles fossiles.

    “En tant que scientifiques, nous proposons nos résultats à tous les niveaux, par le biais des médias, des contacts directs, des manifestations à Bruxelles ou dans les capitales européennes et des publications scientifiques, qui seront plus tard à nouveau examinées par des rapports importants tels que celui du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Plus tard, nous pourrions même avoir un impact sur les rapports de l’Agence internationale de l’énergie, qui suit parfois les découvertes scientifiques plusieurs années plus tard.”

    “Il reste cependant beaucoup à faire pour mieux amplifier le travail des scientifiques et des chercheurs afin de noyer l’argent versé dans les campagnes de lobbying contre le changement climatique”.

    https://cleantechnica.com/2019/02/26/decentralized-renewable-energy-focused-european-super-grid-is-least-cost-option/

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