Seanergy : "un moment décisif pour les Énergies marines renouvelables en France"

Seanergy : “un moment décisif pour les Énergies marines renouvelables en France”

La croissance verte, ou la croissance bleue, voilà la belle promesse de la transition énergétique. Pourtant, le rythme de développement des Énergies marines renouvelables (EMR) françaises, atteste des difficultés de la filière industrielle à offrir les emplois tant espérés, et l’énergie bas carbone tant nécessaire à la lutte contre les bouleversements climatiques. Une situation qui pourrait néanmoins être sur le point de changer, comme nous l’explique Marc Lafosse, le Président de Bluesign et de la commission EMR du Syndicat des énergies renouvelables qui organise à partir du 5 juin 2019 le salon Seanergy à Dunkerque.

  • Le forum Seanergy aura lieu à Dunkerque à partir du 5 juin, quelles sont vos attentes pour cet événement ?

C’est un forum qui va rassembler environ 3500 participants pendant 4 jours, dont environ 35% d’étrangers. C’est donc un événement international, qui se déroulera autour de 4 temps forts. Le 4 juin 2019 d’abord, nous aurons les Assises nationales des Énergies Marines Renouvelables (EMR), organisées par le Syndicat des énergies renouvelables (SER) qui réunit, à son habitude, les sphères politiques et industrielles des acteurs des EMR.

Ensuite, le 5 et le 6 juin, le salon Seanergy rassemblera les sphères académiques, territoriales et industrielles sur 8000 m² d’exposition. Au total, plus de 200 exposants pourront ainsi présenter leur savoir-faire. Et, cette année, nous tendons tout particulièrement la main aux acteurs du stockage de l’énergie. Nous leur proposons une sorte de fiançailles avec les professionnels des EMR, afin d’étudier les interactions entre ces deux filières. De nombreuses solutions existent et s’orientent vers des services « clefs en main » notamment pour des usages adaptés aux sites isolés.

Troisième temps fort, des rencontres B-to-B seront proposées. De même, dans la soirée du 5, le dîner de Gala sera surement un moment de grande convivialité, tout comme la compétition de char à voile, prévue sur la plage de Dunkerque.

Pour finir, la journée du 7 juin sera dédiée à la visite d’industries locales ; les professionnels des EMR pourront découvrir le site de l’entreprise dunkerquoise, Dillinger : un acteur de référence sur la chaîne du métal, fabricant de tôles forte en acier, utile à la fabrication de mats ou de flotteur d’éoliennes offshore. La visite s’enchaînera avec le chantier naval de Damen, un acteur danois très impliqué sur le Grand port Maritime de Dunkerque.

  • La France est en retard sur l’éolien offshore, et la nouvelle PPE doit encore être modifiée, pensez-vous que les objectifs peuvent néanmoins être relevés à coût constant comme le suggère François de Rugy ?

En Europe, on a dépassé la centaine de parcs éoliens offshore posés alors qu’en France nous n’avons pas encore de parc en exploitation commerciale. Nos voisins ont une longueur d’avance pour le déploiement de ces technologies. Toutefois, aujourd’hui le projet de décret de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) doit encore être précisé, et la France dispose de très nombreux atouts.

Pour l’instant, les acteurs de la filière demandent 1000 mégawatts à raccorder par an sur le réseau jusqu’en 2028. C’est beaucoup plus ambitieux que l’actuelle version du projet de PPE ! D’autant qu’avec le dialogue compétitif qui est en cours d’attribution pour la zone au large de Dunkerque, nous espérons avoir de nouveaux éléments qui rehausseront et confirmeront ces ambitions.

Le résultat de ce dialogue compétitif sera au rendez-vous tant attendu par la filière ! La zone éolienne au large de Dunkerque est sur le point de faire la démonstration que cette énergie est très compétitive et au prix de marché. Le Président de la Commission de régulation de l’énergie, en charge de l’instruction des 9 consortiums ayant fait une offre sur cette zone, annonçait début mai un prix moyen des dossiers à 51 euros le mégawattheure. Concrètement, ça permettrait de consommer une énergie éolienne offshore, à coût de marché. Si cette baisse des coûts se répercutait sur le rythme d’appel d’offres de minimum 1000 MW annuel les effets de volumes induits permettraient d’être durablement rassurés sur le lancement de cette filière industrielle sur nos territoires littoraux. En effet, nous montrerions ainsi que les EMR sont des technologies matures, sur lesquelles on a raison d’investir à court terme. Nous retenons notre souffle !

  • Quelles impulsions fortes de la part du Gouvernement faudrait-il pour développer davantage cette filière de l’éolien offshore ? Les freins administratifs ne sont sûrement pas la seule raison de ce retard…

Avec le travail qui a été mené en régions avec les différents usagers de la mer, des zones en mer ont été identifiées pour assurer un développement régulier de la filière. Les études menées par le SER et la FEE, en concertation avec les autres usages, montrent que sur le plan technique, comme sur le plan industriel, ou même du point de vue de l’acceptabilité des projets, l’objectif d’un gigawatt minimum par an est parfaitement atteignable. C’est pourquoi, nous pensons qu’il serait bon de l’inscrire dans cette PPE et de s’y tenir.

Il est difficile de porter un jugement sur la situation de ces dernières années, avec l’attribution des 3000 mégawatts. Néanmoins, ce que l’on constate, c’est qu’après l’attribution d’un marché, lorsqu’on remet un site sur l’autel de la concertation, cela engendre parfois une vague de recours abusifs. Au-delà de cette réponse juridique, il y a aussi des explications d’ordre industriel ; c’est-à-dire qu’une fois la construction de l’usine réalisée, il est beaucoup plus facile d’assurer son bon fonctionnement lorsque les commandes sont régulières, plutôt que lorsqu’on doit faire face à des périodes de « trous d’air ». À cet égard, l’exemple des chantiers de l’Atlantique (ex STX) est frappant. Après avoir livré l’une des plus imposantes sous-station électrique au monde pour un site en mer Baltique, l’usine de Saint Nazaire est actuellement confrontée aux retards français en ayant un carnet de pré-commande de 3 unités.

Maintenant, il faut se tourner vers les pays où l’éolien en mer fonctionne. Ce que la filière française a d’ailleurs très bien réussie à faire avec plus de 80% du chiffre d’affaires annuel des entreprises de la filière pleinement positionné à l’export (chiffre observatoire des énergies de la Mer). Le Danemark, mais aussi la Belgique, sont des pays qui se sont fortement mobilisés pour les éoliennes en mer. Il faudra aussi suivre en parallèle les avancées du gouvernement, une fois la PPE rebooter d’ambitions à la hauteur de la crise climatique mondiale. Ce dernier devra lancer ses appels d’offres et instruire les dossiers. Concrètement, il faudra mobiliser des équipes pour rédiger les cahiers des charges, tenir les délais des études qui devront être réalisées par l’état (SHOM, METEO France, RTE, …). À la « confrérie » des énergies marines, nous pensons qu’il faudra dans cette optique étoffer les équipes de la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC).

Rédigé par : Marc Lafosse

Marc Lafosse
Océanographe, Marc Lafosse est aussi Président de la Commission Energies Marines Renouvelables du Syndicat des énergies renouvelables, Président du Cabinet d'ingénierie Energie de la Lune et aussi Organisateur du Forum international Seanergy.
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