L’éolien en mer français entame sa phase d’industrialisation
La France franchit une étape décisive dans le développement de son éolien en mer avec le lancement officiel de l’appel d’offres AO10, publié ce vendredi 12 juin 2026 par la Commission de régulation de l’énergie. Onze projets de parcs éoliens offshore sont désormais sur les rangs, répartis sur l’ensemble des façades maritimes françaises, de la Manche à la Méditerranée.
Avec une capacité cumulée de 10 gigawatts (GW), ces nouveaux parcs représentent un quintuplement de la puissance installée actuelle, qui ne dépasse pas 2 GW en service. L’ambition gouvernementale vise à atteindre 15 GW d’ici 2035, puis 45 GW à l’horizon 2050, soit environ 20 % de la consommation électrique nationale.
Une répartition géographique stratégique sur trois façades maritimes
Les onze projets s’étendent sur la côte atlantique, de Fécamp à l’île d’Oléron, et sur la côte méditerranéenne à Fos-sur-Mer et Narbonne. La stratégie technique se divise en deux volets complémentaires : 5 GW concernent l’éolien posé, dont les mâts sont fixés directement sur le fond marin, tandis que les 5 GW restants relèvent de l’éolien flottant. L’éolien flottant, moins mature mais prometteur, permet d’installer des turbines dans des zones plus profondes, éloignées des côtes.
La répartition géographique témoigne d’une volonté de diversification des sources d’approvisionnement électrique sur l’ensemble du territoire, dans un contexte où la France cherche à réduire sa dépendance au nucléaire tout en maintenant sa souveraineté énergétique.
Un calendrier ambitieux face aux réalités du marché
Les lauréats de ces appels d’offres seront annoncés début 2027 pour des mises en service prévues à partir de 2032. Pourtant, l’enthousiasme gouvernemental se heurte à la réalité du marché. Un premier appel d’offres au large de l’île d’Oléron avait été déclaré infructueux en 2025, faute de candidats. Le projet était jugé trop compliqué et trop coûteux à mettre en œuvre par les principaux acteurs du secteur.
L’épisode illustre les défis auxquels fait face l’industrie éolienne offshore française, confrontée à des exigences techniques croissantes et à une pression sur les coûts. Plus révélateur encore, l’appel d’offres AO9, qui avait pris un retard considérable, a finalement été intégré dans l’AO10, témoignant des difficultés organisationnelles du secteur.
L’équation économique au cœur des enjeux
L’appel d’offres AO10 vise un prix moyen pondéré de l’électricité de 100 euros du mégawattheure (MWh). Problème : ce prix cible soulève de nombreuses interrogations chez les développeurs, particulièrement pour l’éolien flottant dont les coûts de production dépassent souvent 200 euros du MWh.
À titre de comparaison, le dernier appel d’offres pour l’éolien posé a été attribué à TotalEnergies au tarif de 66 euros du MWh. L’écart considérable avec l’éolien flottant révèle les défis technologiques et économiques de cette filière émergente. Pour contextualiser ces montants, le prix cible de 100 euros du MWh correspond exactement au coût visé par EDF pour ses futurs réacteurs EPR2, illustrant la compétitivité croissante des énergies renouvelables face au nucléaire.
L’Europe mise sur la résilience industrielle
L’appel d’offres intègre pour la première fois des critères d’éligibilité et de notation concernant la résilience d’approvisionnement, issus du Net Zero Industry Act européen. L’objectif consiste à maximiser les retombées industrielles du développement de l’éolien en mer sur le territoire européen.
La France dispose d’atouts industriels non négligeables, notamment l’usine Siemens Gamesa au Havre, spécialisée dans la production de pales de grandes dimensions destinées aux parcs offshore. Le gouvernement mise sur cette base industrielle pour développer une filière française compétitive.






