Énergies renouvelables : la CRE chiffre à 10,67 milliards d’euros le soutien public en 2027

La Commission de régulation de l’énergie évalue à 10,67 milliards d’euros le soutien public aux énergies renouvelables en 2027, contre 9,06 milliards en 2026. La hausse de 11 % s’explique principalement par l’augmentation des volumes soutenus dans l’éolien, le solaire et le biométhane, conformément à la programmation pluriannuelle de l’énergie.

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Énergies renouvelables : la CRE chiffre à 10,67 milliards d’euros le soutien public en 2027 © L'EnerGeek

La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a publié le 20 juillet 2026 sa première évaluation des charges de service public de l’énergie pour 2027, accompagnée d’une réévaluation pour 2026. Le régulateur anticipe une progression du soutien financier aux énergies renouvelables, portée par l’augmentation des volumes de production bénéficiant des mécanismes d’obligation d’achat et de complément de rémunération. Pour 2027, le budget de l’État devra supporter 10,67 milliards d’euros au titre de ces dispositifs, contre 9,06 milliards en 2026, soit une hausse de 11,1 %.

14,2 milliards d’euros de charges de service public en 2027

L’ensemble des charges de service public de l’énergie (CSPE) atteindra 14,2 milliards d’euros en 2027, en progression de 16,7 % par rapport aux 12,3 milliards constatés pour 2026. Sur ce montant global, 10,67 milliards seront directement prélevés sur le budget de l’État pour compenser les surcoûts liés au développement des énergies renouvelables électriques et du biométhane. Les 3,56 milliards restants seront financés par une fraction de l’accise sur l’électricité, affectée spécifiquement aux zones non interconnectées au réseau métropolitain.

La hausse des charges prévisionnelles entre 2026 et 2027 s’explique avant tout par une augmentation des volumes de production d’énergie renouvelable soutenus, conformément à la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). La CRE souligne que les surcoûts unitaires se stabilisent autour de 90 euros par mégawattheure, un niveau comparable à celui observé avant la crise énergétique de 2022-2023.

L’électricité renouvelable et la cogénération : un milliard d’euros supplémentaire

Les charges liées aux énergies renouvelables électriques et à la cogénération au gaz naturel en France hexagonale progresseront d’un milliard d’euros en 2027 par rapport à la prévision actualisée pour 2026. La CRE attribue principalement l’augmentation à la hausse des volumes soutenus, qui représenteront 9,7 térawattheures (TWh) supplémentaires. L’essentiel provient du développement des parcs éoliens terrestres et photovoltaïques, filières qui bénéficient massivement des mécanismes de soutien public.

Les dispositifs d’obligation d’achat obligent EDF et d’autres acheteurs à racheter l’électricité produite par les installations renouvelables à un tarif garanti, supérieur aux prix de marché lorsque ceux-ci sont bas. Les contrats pour différence compensent l’écart entre le prix contractuel et le prix de gros. Plus les prix de marché restent faibles, plus la charge pour l’État s’alourdit mécaniquement. Dans un contexte budgétaire sous forte tension, la facture du soutien public aux énergies renouvelables électriques devrait encore s’alourdir, avec un coût anticipé de 8,38 milliards d’euros en 2027 pour cette seule catégorie.

Le biométhane ajoute 300 millions d’euros

Le soutien à l’injection de biométhane dans les réseaux gaziers augmentera de 300 millions d’euros en 2027. La CRE explique avant tout l’évolution par une hausse de 1,6 TWh des volumes soutenus. Le biométhane, produit par méthanisation de déchets organiques ou de cultures énergétiques, bénéficie de tarifs d’achat garantis qui compensent les coûts de production élevés par rapport aux prix du gaz naturel fossile.

Toutefois, la hausse des prix prévisionnels du gaz atténue partiellement la charge budgétaire. Plus les prix de marché du gaz augmentent, moins l’écart à compenser entre le tarif garanti et le prix de marché est important. Pour 2026, la CRE a d’ailleurs révisé à la baisse de 631,2 millions d’euros son évaluation initiale des charges, en partie grâce à la remontée des cours gaziers.

Les zones non interconnectées représentent 3,56 milliards d’euros

Les territoires ultramarins (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte, Wallis-et-Futuna) et la Corse, non reliés au réseau électrique métropolitain, génèrent des charges spécifiques de 3,56 milliards d’euros en 2027, en hausse de 200 millions par rapport à 2026. Les montants financent notamment la péréquation tarifaire, qui garantit aux consommateurs de ces zones un prix de l’électricité équivalent à celui de l’Hexagone malgré des coûts de production nettement supérieurs.

Les surcoûts d’achat de l’électricité renouvelable supportés par EDF Systèmes Énergétiques Insulaires, Électricité de Mayotte et Électricité et Eau de Wallis-et-Futuna sont également inclus dans l’enveloppe. La mise en service de nouveaux moyens de production renouvelable en Guyane et à La Réunion contribue à l’augmentation, tout en permettant de répondre à une demande en hausse de 2 % et de substituer progressivement les centrales thermiques fossiles.

Révision à la baisse pour 2026

Pour 2026, la CRE a revu ses prévisions initiales à la baisse, ramenant le montant total des CSPE de 12,93 milliards d’euros (estimation de juillet 2025) à 12,3 milliards. Plusieurs facteurs expliquent l’ajustement : une régularisation à la baisse des primes à l’investissement versées aux installations photovoltaïques soutenues par les arrêtés S17 et S21, la hausse des prix prévisionnels du gaz, qui réduit mécaniquement les compensations à verser aux producteurs de biométhane, et une régularisation des charges au titre de 2025 moins élevée qu’initialement évaluée.

Au total, le budget de l’État supportera 9,06 milliards d’euros en 2026 pour le soutien aux énergies renouvelables, tandis que 3,25 milliards seront financés par l’accise affectée aux zones non interconnectées.

Plafonnement attendu en 2027-2028 puis décrue

La CRE anticipe un plafonnement des charges de soutien aux énergies renouvelables à l’horizon 2027-2028, avant une décrue progressive. L’arrêt des contrats d’obligation d’achat et des contrats pour différence les plus anciens, conclus à des tarifs élevés, devrait mécaniquement alléger la facture dans les années suivantes. Les nouveaux contrats, attribués par appels d’offres, affichent des prix nettement plus compétitifs, parfois inférieurs aux prix de marché de long terme.

Le régulateur salue par ailleurs la mobilisation des producteurs sous obligation d’achat, qui ont mis en œuvre dans des délais limités une pilotabilité satisfaisante de leurs installations afin de respecter les signaux de modulation envoyés par EDF Obligation d’Achat. En arrêtant leur production lors des périodes de prix négatifs ou très bas, les producteurs limitent la charge pour l’État. La CRE recommande d’étendre le dispositif d’arrêt à l’ensemble des installations éolien terrestre et photovoltaïque de plus de 1 MW ou 1 MWc à compter de fin 2026.

Pistes d’optimisation pour limiter l’exposition budgétaire

Dans une note publiée en mars 2026, la CRE a proposé d’expérimenter une évolution des modalités de soutien pour les nouvelles installations photovoltaïques de plus de 100 kWc, afin de mieux les adapter à une éventuelle hybridation avec des batteries de stockage. Un tel dispositif permettrait de prolonger la disponibilité de l’énergie solaire au-delà des heures de production, d’améliorer les prix captés par la filière et, par conséquent, de limiter l’exposition du budget de l’État.

La CRE poursuit également ses travaux pour améliorer la prévisibilité des CSPE, notamment par la couverture à terme de l’énergie soutenue via les mécanismes d’obligation d’achat et de complément de rémunération. Une meilleure anticipation des volumes et des prix permettrait de lisser les variations budgétaires et de sécuriser le financement de la transition énergétique. Alors que les énergies renouvelables ont établi un record de production en 2024, le financement de leur développement demeure un enjeu stratégique.

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