Mervin, agriculteur de 86 ans, refuse une somme colossale pour préserver ses terres

86 ans, 15,7 millions de dollars refusés, et une ferme sauvée à jamais des datacenters. Pourquoi cet agriculteur a préféré perdre des millions plutôt que ses terres ? Sa réponse va vous surprendre.

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Mervin, agriculteur de 86 ans, refuse une somme colossale pour préserver ses terres
Mervin, agriculteur de 86 ans, refuse une somme colossale pour préserver ses terres © L'EnerGeek

À Silver Spring Township, en Pennsylvanie, l’agriculteur Mervin Raudabaugh, 86 ans, a placé ses 106 hectares sous protection définitive le 30 décembre 2025. Il refusait ainsi une offre de plus de 15,7 millions de dollars formulée par des aménageurs qui voulaient y construire un centre de données.

Selon le réseau de conservation WeConservePA, cette servitude est désormais inscrite pour toujours dans le titre de propriété : les terres resteront cultivables pour tous les propriétaires futurs, et aucun datacenter ne s’y installera.

Au lieu d’empocher les millions promis, l’agriculteur a cédé uniquement ses droits à bâtir à un organisme de préservation agricole, pour environ 1,9 million de dollars, soit à peine un huitième de l’offre initiale. Le calcul se fait à l’acre : les promoteurs de serveurs proposaient sur ce marché plus de 60 000 dollars l’acre, quand Raudabaugh a touché environ 7 200 dollars l’acre, plus une prime communale de 2 500 dollars.

Les deux fermes concernées sont contiguës et classées « Classe 1 », parmi les sols les plus fertiles de l’État. Raudabaugh y a trait ses vaches pendant 51 ans, dans la grange familiale. Il évoque l’endroit où sa mère est morte dans ses bras.

Dans un entretien accordé à PennLive, il explique : « Je ne voulais tout simplement pas que mes deux fermes soient détruites. C’est l’essentiel. Économiquement, je n’ai pas fait un grand sacrifice. »

Son voisin Jeff Austin, propriétaire d’un terrain de golf visé par le même projet, a lui aussi refusé de vendre. Des milliers de dollars ont par ailleurs été injectés dans des campagnes cherchant à évincer des élus locaux favorables à la protection des terres, dont Laura Brown est citée en exemple. Ces manœuvres n’ont fait que renforcer la détermination de Raudabaugh à protéger son héritage.

Une terre convoitée pour son emplacement

Un terrain idéal pour un projet de serveurs doit être plat, d’un seul tenant, desservi par une autoroute et raccordable à une ligne à haute tension. Les 106 hectares de Raudabaugh, comparables à 150 terrains de football, longent le corridor de l’autoroute 81 et correspondaient exactement à ce profil. Un projet similaire est d’ailleurs en construction dans le canton voisin de Middlesex.

Construire un centre de données coûte entre 9 et 15 millions de dollars par mégawatt : un site de 250 mégawatts représente donc entre 2,3 et 3,8 milliards de dollars. Face à ces sommes, quelques millions de dollars de foncier pèsent peu dans le calcul des promoteurs.

Les États-Unis comptent déjà 4 925 centres de données actifs ou en chantier, dont 706 en Virginie et 546 au Texas. En 2025, la demande dépassait déjà l’offre raccordable de 11,4 gigawatts, l’équivalent de la production d’une dizaine de réacteurs nucléaires, d’après une analyse de la banque Goldman Sachs reprise par la fédération américaine des agriculteurs.

D’autres exploitants ont fait le même choix que Raudabaugh. Dans le Kentucky, Ida Huddleston a refusé une offre de 33 millions de dollars pour une ferme destinée à un méga-datacenter. Dans le Wisconsin, l’exploitant Timothy Grosser a décliné des propositions allant jusqu’à 80 millions de dollars.

Le financement de la préservation

L’argent utilisé pour protéger les terres de Raudabaugh vient des habitants eux-mêmes. En 2013, les électeurs de Silver Spring Township ont voté l’affectation d’une part de leur impôt sur le revenu à la protection des terres agricoles, environ 120 dollars par foyer et par an. Ce dispositif a déjà mis 21 propriétés à l’abri. Le Lancaster Farmland Trust veille au respect des servitudes signées.

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