Pour la première fois de l’histoire énergétique américaine, l’énergie solaire a généré plus d’électricité que le charbon en mai 2024. Selon les données du think tank énergétique Ember, le solaire a fourni 12,8% de l’électricité nationale contre 12,2% pour le charbon, s’installant ainsi au troisième rang du mix électrique américain, derrière le gaz naturel et le nucléaire.
Cette performance illustre l’accélération de la transition énergétique outre-Atlantique. L’analyse de Wood Mackenzie et de la Solar Energy Industries Association (SEIA) révèle qu’au premier trimestre 2024, le solaire et le stockage par batteries ont représenté 91% de toutes les nouvelles capacités de production électrique installées aux États-Unis.
Mai 2024 : un basculement historique dans le mix électrique américain
L’essor du solaire américain progresse malgré un environnement politique hostile. L’administration Trump a multiplié les entraves au développement des énergies renouvelables : annulation de projets éoliens et solaires, ralentissement des procédures d’autorisation et suppression de 7 milliards de dollars de financements destinés aux projets solaires abordables.
« Pendant des années, l’énergie solaire a grimpé dans le mix électrique américain. Dans le même temps, le charbon a perdu son statut, d’abord comme première source du mix américain, puis a continué à chuter progressivement au fil des ans », explique Nicolas Fulghum, analyste senior énergie et données chez Ember.
La semaine dernière, Donald Trump a annoncé un plan de soutien à l’industrie charbonnière, mobilisant près de 700 millions de dollars pour maintenir les centrales à charbon et promouvoir les exportations. « Le charbon est une excellente affaire », a déclaré le président lors d’un événement à la Maison Blanche, ajoutant qu' »en termes de puissance, il n’y a vraiment rien de comparable ».
Les fondamentaux économiques plaidaient pour les renouvelables
Les déclarations présidentielles se heurtent aux réalités économiques. Martin Pochtaruk, PDG et fondateur du fabricant canadien de panneaux solaires Heliene, souligne que « Trump peut dire que le charbon revient, mais les investisseurs investiront leur argent dans ce qui apporte le meilleur rendement. Et pour la production d’électricité, c’est le solaire, ce qui en fait le combustible à la croissance la plus rapide ».
Les chiffres confirment cette analyse. La production de charbon a atteint un record mensuel historiquement bas en avril 2024 et ne s’est que modestement redressée en mai, permettant à la génération solaire croissante de la dépasser. Le charbon a perdu près de 40% de sa capacité depuis la création du marché électrique national.
L’âge moyen des centrales à charbon restantes atteint désormais 38 ans. Ces installations vieillissantes tombent en panne plus fréquemment et leurs périodes d’arrêt s’allongent, compromettant leur compétitivité face aux nouvelles technologies renouvelables.
Un mouvement planétaire vers les énergies propres
Le phénomène américain s’inscrit dans une tendance mondiale. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les renouvelables deviendront la plus importante source énergétique mondiale, représentant près de 45% de la génération électrique d’ici 2030. Au niveau global, la génération renouvelable a dépassé le charbon dès l’année dernière, d’après les analyses d’Ember.
Dans certains États américains, la transformation s’accélère particulièrement. L’Administration d’information énergétique projette qu’en Californie, la génération solaire dépassera celle du gaz naturel pour la première fois cette année, fruit d’un déploiement massif des renouvelables dans cet État.
L’intermittence solaire révèle les limites du réseau électrique
Cette croissance rapide du solaire soulève néanmoins des questions techniques majeures. Les installations solaires provoquent désormais des prix négatifs et des écrêtements dans le monde entier, de la Chine à la France en passant par la Californie.
En Europe, les heures à prix zéro ou négatif ont augmenté en 2025 dans sept pays. L’Espagne a enregistré 800 heures de prix zéro ou négatifs en 2025, tandis qu’au premier trimestre 2026, elle a établi un nouveau record trimestriel avec 397 heures de prix négatifs.
La réponse réside dans le développement du stockage. BloombergNEF projette qu’après le déploiement record de 2025 (112 GW / 307 GWh), une augmentation de 41% à 158 GW / 459 GWh peut être attendue en 2026. Cependant, les 459 GWh de batteries ajoutées en 2026 ne pourront stocker qu’environ 43 minutes de production de pointe des 640 GW de nouveau solaire attendus la même année.
Vers une reconfiguration profonde du système énergétique mondial
Les projections économiques de BloombergNEF suggèrent que le solaire atteindra tout juste 30% de l’électricité mondiale d’ici 2050, avec le gaz maintenant environ 17% et le charbon glissant à approximativement 10%. Ces modèles économiques intègrent les bas prix du charbon et du gaz comme facteurs limitants du déploiement solaire.
Néanmoins, l’analyste Jenny Chase de BloombergNEF s’attend à ce que le déploiement réel du solaire et du stockage dépasse ces projections, les déploiements des deux technologies ayant historiquement battu les prévisions.
Les centres de données, malgré leur médiatisation, ne représentent qu’une part limitée de la demande électrique future. En 2025, ils ont consommé 501 TWh d’électricité, un chiffre qui devrait plus que doubler pour atteindre 1 114 TWh (3,6% de l’électricité mondiale) d’ici 2035.
L’électrification des transports pourrait constituer un facteur de croissance plus significatif. En Europe, la demande de véhicules électriques a bondi de 24% en glissement annuel en avril, selon BloombergNEF. L’Electric Vehicle Outlook de BloombergNEF prévoit qu’une flotte routière mondiale entièrement électrique nécessiterait environ 8 313 TWh d’électricité d’ici 2050 dans son scénario net zéro.
Dans le scénario net zéro 2050, la capacité solaire installée cumulée pourrait atteindre 30,8 TW, soit une croissance d’environ 900% par rapport aux 3 TW récemment atteints. Un horizon qui confirme le potentiel de transformation radical du paysage énergétique mondial, avec les États-Unis en première ligne de cette révolution technologique.





