Linky : un outil pour l’empowerment des citoyens

Linky : un outil pour l’empowerment des citoyens

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« Linky doit devenir notre arme anti-GAFA », affirmait Jean-Bernard Lévy à l’occasion du colloque de l’Union Française de l’Électricité. Par cette déclaration, Le PDG d’EDF rappelle l’importance pour l’Hexagone de garder la main sur la valorisation des données que le compteur communicant permettra de réaliser. Présent au One Planet Summit, Emmanuel Macron a quant à lui réaffirmé son ambition en la matière : la France doit devenir un leader de la transition numérique et environnementale. Dans ce contexte, l’Assemblée Nationale a organisé une table ronde afin de dresser un point d’étape du déploiement des compteurs communicants

Les données, nouvel or noir du XXIe siècle ?

L’exploitation des données à l’heure du « big data » est cruciale. Leur analyse doit en effet permettre de transformer nos modes de vie. Interrogé sur les conclusions des travaux de l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST), son ancien président Jean-Yves Le Déaut, résume : « l’exploitation optimale des données Linky est essentielle pour mieux gérer le réseau et pour mieux gérer la transition énergétique de notre pays. Si on ne le fait pas, et plusieurs auditions de l’Office l’ont montré, les géants du web, les célèbres GAFA, s’en occuperont pour nous ».

Domitille Bonnefoi, la directrice des réseaux à la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE), l’a bien compris. L’utilisation des données est capitale pour la réussite de la transition énergétique. Selon elle, « des bénéfices sont attendus pour l’ensemble des acteurs concernés » : gestionnaires de réseau, consommateurs, fournisseurs ou producteurs. Il serait dommage d’investir 4,5 milliards d’euros pour ensuite laisser aux GAFA la valorisation des données et leur exploitation commerciale, estime l’expert des questions énergies de l’UFC Que Choisir, Nicolas Mouchnino.

Mais au-delà de ces enjeux purement économiques, l’un des fondateurs de la Quadrature du net, Philippe Aigrain, souligne que ces nouveaux compteurs communicants soulèvent la question de la répartition des pouvoirs, et « des capacités qu’ils [Linky] donnent respectivement aux distributeurs et producteurs d’énergie, mais aussi aux usagers et aux citoyens ». En effet, si pour ce spécialiste du numérique, « la technique est une condition essentielle de la vie humaine, elle ne remplace pas la démocratie ».

Avec cette formule, il pose en creux la question de l’empowerment des citoyens : Linky va-t-il renforcer le pouvoir d’agir des usagers, auront-ils vraiment les moyens d’optimiser leurs consommations ? A en croire le directeur du marché particuliers France d’Engie, Augustin Honorat, « avec la facturation au réel et non plus à la consommation estimée, nous avons moitié moins de questions et de réclamations sur les factures ». Pourtant, un sondage d’Enedis rendu public par le journal Les Echos semble le contredire. Celui-ci indique que « 38% des ménages équipés de Linky se disent « pas » ou « pas du tout » satisfaits de l’information donnée à l’issue de l’installation ».

Tentant d’analyser ce résultat surprenant, le député Cédric Villani se demande « s’il n’y aurait pas un mal entendu sur les bénéfices attendus », et notamment une confusion entre les avantages collectifs pour la gestion du réseau et les gains individuels après l’installation du compteur chez les usagers. Pour rappel, selon les prévisions ex ante de la CRE, les économies pour le gestionnaire du réseau sont estimées à 4,7 milliards d’euros. Parallèlement, en tablant sur une réduction de 1% de la demande des ménages (fourchette basse des comparaisons internationales), une baisse de la facture de 2 milliards d’euros est anticipée pour l’ensemble des clients du gestionnaire de réseau.

L’explication est en réalité ailleurs. Selon Véronique Le Billon, « seuls 252 000 foyers –  soit 3% des ménages équipés – ont demandé au distributeur ou à leur fournisseur d’enregistrer leur courbe de charge ». Le simple fait d’installer le compteur ne suffit pas pour faire baisser sa consommation. L’acceptation de la collecte des données et sa communication permet d’analyser en temps réel et de permettre à l’usager de réguler sa consommation. D’ailleurs, le président d’Interpoles Smart Grids French Clusters, Gérard Le Bihan, est catégorique à ce sujet : il y a une véritable imbrication des enjeux numériques et énergétiques.

La CNIL et l’ANSSI surveillent le projet d’Enedis

Or, depuis un avis du 30 novembre 2015, le consentement de l’usager est une condition sine qua non pour utiliser les données du compteur. « Le consentement de l’abonné sera demandé pour la remontée des données dans la courbe de charge, dans le système d’information d’Enedis, ainsi que pour la transmission de la courbe de charge à des tiers », a ainsi précisé le président de la commission des affaires économiques, Roland Lescure, en introduction des débats à l’Assemblée.

Concrètement donc, la gestion, mais aussi la protection des données sont des problématiques absolument centrales pour le succès des compteurs communicants. La CNIL est évidemment très concernée par ces enjeux. La directrice de la conformité, Sophie Nerbonne, rappelle justement qu’un pacte de conformité a été élaboré en coopération avec la Fédération des Industries Électriques Électroniques et de Communication (FIEEC). Ce dernier a notamment été conçu dans une optique de « privacy by design » conformément aux exigences du Règlement Européen sur la Protection des données personnelles, dont l’entrée en vigueur est prévue en mai 2018. L’objectif est d’intégrer « dès la conception des services offerts [par Linky], la protection des données personnelles ».

Sur les enjeux de cybersécurité, le directeur du programme Linky chez Enedis, Bernard Lassus rappelle de son côté que l’élaboration du projet a été menée en suivant les recommandations de l’Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), dont les préconisations sont souvent en avance par rapport au reste des pays de l’UE. En plus de l’analyse des risques, conduite avec la méthodologie EBIOS, et la certification des appareils, le gestionnaire de réseau assure « une cryptologie entre le compteur et le concentrateur », dans l’optique de protéger à tout moment les données transmises. Mais surtout, Bernard Lassus insiste sur le fait que le dispositif de protection est évolutif afin de mettre à jour continuellement les mesures de protection nécessaires.

De surcroît, le premier Vice-Président de l’OPECST, Cédric Villani, ajoute qu’en plus du principe « privacy by design », le principe de « differential privacy » est aussi appliqué pour sécuriser le système Linky. Il s’agit cette fois de « transmettre uniquement les informations qui comptent [pour le fonctionnement de Linky] et de rendre les autres inutilisables ».

Après avoir rassuré sur les mécanismes de protection déployés, ainsi que sur l’encadrement de l’utilisation des données personnelles, le lauréat de la médaille Fields 2010 a tenu à partager son intime conviction : « pour n’importe quelle innovation, on sait combien la forme joue un rôle considérable et combien la faculté d’adhésion repose sur des ressorts qui ne sont pas juste la rationalité et l’intérêt ». Enfin, en guise de conclusion, Cédric Villani signale que « derrière ces nouveaux modèles de données, il y a [déjà] les géants américains », avant de s’interroger : « l’Europe sera-t-elle à la hauteur » de ces nouveaux défis ?

Rédigé par : La Rédaction

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