La fin du diesel : quel impact sur les entreprises pétrolières ? - L'EnerGeek

La fin du diesel : quel impact sur les entreprises pétrolières ?

Montré du doigt par les associations écologistes pour son impact négatif sur l’environnement et la santé, le diesel est devenu en l’espace de quelques années un véritable ennemi énergétique. Le scandale du dieselgate de Volkswagen en 2015 a encore empiré la situation et l’opinion publique européenne, auparavant très friande de diesel, est aujourd’hui dans une position de défiance vis-à-vis de ce carburant. Le nombre d’immatriculations des véhicules diesel est à la baisse, les constructeurs eux-mêmes envisagent désormais une disparition possible du diesel dans les prochaines années… et pour les entreprises pétrolières, cette mutation profonde du parc automobile européen ne sera pas sans conséquences.

Le diesel : une particularité européenne

C’est en Allemagne que le diesel a été mis au point. Ce carburant issu du raffinage du pétrole a rapidement essaimé un peu partout en Europe, au point de devenir le carburant le plus utilisé pour les véhicules, aussi bien dans le parc automobile professionnel que privé. Et c’est une particularité européenne car dans le reste du monde, le diesel est globalement resté un carburant faiblement représenté. Aux Etats-Unis par exemple, il est principalement utilisé pour les camions de transport, mais il est anecdotique pour les véhicules des particuliers. Cette spécificité européenne s’explique notamment grâce aux incitations qui existaient jusqu’à récemment pour soutenir le diesel : mesures incitatives pour les flottes de véhicules d’entreprise, bonus-malus plus attractif chez les assurances, primes pour l’achat de véhicules roulant au diesel… Mais tout cela a bien changé.

Le vent a rapidement tourné il y a quelques années. Car si le diesel rejette moins de CO2 que l’essence dans l’atmosphère, il engendre pourtant plus de particules fines, ce qui a contribué à faire de lui l’ennemi public numéro un pour les associations écologistes. Et lorsqu’en septembre 2015, l’Agence américaine pour la protection de l’environnement dévoile le scandale des fraudes aux émissions polluantes des moteurs diesel de Volkswagen, c’est toute la filière du diesel qui se retrouve en pleine tourmente. Désormais bannis de plusieurs grandes villes européennes pour des raisons de pollution, le diesel fait face à de nombreux dangers, à commencer par la fin des nombreux avantages incitatifs qui existaient pour encourager son marché.

La fin du règne européen

Dans les faits, le déclin du diesel se matérialise de façon très claire au niveau de l’immatriculation des véhicules neufs. Le renouvellement du parc automobile européen enregistre une baisse globale du diesel, avec à certains endroits des chutes impressionnantes de parts de marché. En 2016, l’Association Européenne des Constructeurs Automobiles avait déjà observé un net recul : les véhicules diesel ne représentaient que 49,9% des nouvelles immatriculations dans la zone euro. Et l’année 2017 confirme encore cette tendance baissière. En Allemagne, en mars 2017 les véhicules diesel ne pesaient que 40% des ventes… le taux le plus bas depuis 2009. Le marché français accuse lui aussi le coup depuis plusieurs années où l’essence gagne du terrain face au diesel. Dans d’autres pays, la chute est encore plus impressionnante : en Espagne, la part des nouveaux véhicules diesel a atteint son taux le plus bas depuis seize ans ; aux Pays-Bas et en Belgique, le diesel atteint son seuil le plus bas depuis vingt ans. Et la tendance ne risque pas de s’inverser.

Un rééquilibrage de la consommation européenne

Si la baisse constante des immatriculations de véhicules neufs au diesel a de quoi inquiéter fortement les constructeurs, l’industrie pétrolière, pour sa part, ne partage pas les mêmes inquiétudes. Dans le fond, la débâcle annoncée du diesel n’est pas forcément un problème… au contraire. Le diesel a toujours posé problèmes aux entreprises pétrolières pour deux raisons. Tout d’abord, il coûte plus cher que l’essence aux entreprises. Pour raffiner le diesel, il faut que les raffineries soient équipées en conséquence. Entre 2011 et 2016, Total a ainsi dû investir 2 milliards d’euros pour modifier ses raffineries de Normandie et d’Anvers.

Autre problème : la consommation que l’Europe fait du diesel est tellement importante que les raffineries européennes ne parviennent pas à couvrir les besoins. Une raffinerie dotée d’installations pour la production de diesel peut produire au maximum 50% de diesel ; or il représente presque 70% des besoins en carburants de l’Europe. Pour couvrir les besoins du marché, il faut donc importer. Et si l’Europe est une exportatrice nette d’essence, elle est aussi une importatrice nette de diesel : près de 40 millions de tonnes sont importées chaque année, ce qui entraîne un surcoût sur ce carburant. Pour les entreprises pétrolières, la fin du diesel devrait donc permettre un rééquilibrage entre la production et la consommation en Europe afin de mieux répondre aux besoins.

La vraie inquiétude : la montée de l’électrique

Si la fin du diesel ne s’avère finalement pas inquiétante pour les entreprises pétrolières, elle pourrait quand même avoir des répercussions très négatives sur le marché des carburants. Car en même temps que le règne du diesel touche à sa fin, un autre marché émerge avec la montée en puissance des véhicules hybrides et électriques. Maintenant que les gouvernements ont stoppé leurs incitations en faveur du diesel, ce sont les véhicules électriques qui ont le vent en poupe : incitations fiscales pour les particuliers et les professionnels, nouvelles normes environnementales, développement des modèles par les constructeurs… La transition énergétique du parc automobile européen est en train de s’amorcer, et elle laisse présager d’un avenir dans lequel les consommateurs auront besoin de moins de carburant. Une source d’inquiétude majeure pour les entreprises pétrolières.

Même si la tendance va se mettre en place lentement, la disparition progressive du parc automobile diesel et l’avènement des véhicules électriques va bien finir par se produire. Les experts comptent environ quinze ans pour le renouvellement du parc automobile en Europe. La consommation annuelle des carburants pourrait enregistrer une baisse de 25% dans les quinze ans à venir. Mécaniquement, cette baisse de la consommation devrait s’accompagner de la fermeture de certaines raffineries. Une perspective qui pourrait complètement changer la donne sur le marché mondial des carburants.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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