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Malgré la hausse des prix, le bois-énergie garde la cote

France : le bois de chauffage a droit à son chèque énergie

En France, la crise énergétique a renforcé l’attrait du bois comme solution de chauffage. Malgré des prix en hausse, le recours au bois-énergie reste une option économiquement raisonnable pour les foyers français, synonyme par ailleurs d’indépendance énergétique, de soutien à une filière locale, de durabilité et d’engagement climatique. Explications.

Le bois-énergie1 jouit d’une forte popularité en France et en Europe, en particulier pour le chauffage domestique. Son prix a augmenté en 2023, d’environ 20 % (avec des pics à 50 % dans certaines régions), victime de l’inflation… mais aussi de son succès. En effet, le bois est de plus en plus prisé, la demande en hausse fait grimper les prix, d’autant qu’augmenter l’offre s’avère difficile : les coupes de bois sont strictement encadrées et limitées, et la filière manque cruellement de bras. Les aides de l’État participent aussi à cette ruée vers le bois, en soutenant le pouvoir d’achat de ses utilisateurs. Résultat, un Français sur quatre se chauffe aujourd’hui au bois.

Le bois-énergie : des avantages économiques incontestables

Le bois-énergie dispose en effet de nombreuses qualités, particulièrement manifestes dans un contexte de crise énergétique et climatique. À l’échelle d’un foyer, se chauffer au bois permet de se prémunir contre la volatilité des prix du gaz ou du fioul, dont les tarifs ont explosé en 2022. Même avec l’inflation des prix du bois en 2023, il reste une option financièrement raisonnable, plus économique que l’électricité pour produire la même quantité de chaleur.

Le bois-énergie offre d’autres avantages économiques à l’échelle macro. Comme le résume l’Ademe, il « contribue à réduire l’utilisation des ressources fossiles, à améliorer notre indépendance énergétique et à développer une économie créatrice d’emplois, notamment dans les zones rurales ».

Le bois-énergie soutient en effet une filière dynamique et locale : la quasi-totalité du bois de chauffe consommé en France y est produit, majoritairement à proximité du lieu de consommation. Le filière bois-énergie génère donc des emplois locaux et non-délocalisables – environ 26 000 équivalents temps plein, dans l’exploitation forestière, le transport et la transformation des matières, et l’exploitation des installations.

En favorisant la consommation d’une production locale, le bois participe aussi à l’indépendance énergétique de la France : utilisé en substitution du gaz ou du fioul, il permet de limiter les importations de combustibles fossiles.

Le bois est aussi une énergie d’équité sociale. Il alimente en effet un quart des réseaux de chaleur de France : ces derniers permettent d’importantes économies d’échelle, puisqu’une chaudière unique y alimente des centaines de logements. Les réseaux de chaleur, en particulier alimentés avec du bois issu d’actes sylvicoles (éclaircie, élagage, valorisation des petits bois…), offrent ainsi un chauffage peu onéreux, notamment pour les logements sociaux, tout en renforçant la solidarité inter-quartier.

Le bois-énergie, « indispensable à la transition énergétique »

Au-delà de l’économie, le bois-énergie est aussi plébiscité pour ses avantages environnementaux et climatiques. Il demeure, depuis toujours, la première source d’énergie renouvelable de France : en 2022, avec 113,5 TWh, il a encore couvert 32,9 % de la consommation d’énergie primaire issue de sources renouvelables, très largement devant les autres EnR2. Plus globalement, la biomasse solide (essentiellement du bois-énergie) a fourni 4,7 % de la consommation d’énergie primaire totale de la France en 2022.

D’un point de vue climatique, remplacer un combustible fossile (gaz ou fioul) par du bois-énergie réduit les émissions de gaz à effet de serre. Plus généralement, les arbres absorbent et stockent du carbone, tout au long de leur vie, qu’ils rejettent ensuite durant leur phase de combustion. Sur un cycle de vie complet, la phase de combustion libère dans l’atmosphère la même quantité de CO2 prélevée par le végétal tout au long de sa vie. En considérant des cycles de vie du bois relativement courts, il est ainsi aisé de comprendre que l’impact de cette énergie est neutre. Une énergie, qui concourt de fait aux chantiers de neutralité carbone.

Pour le chauffage collectif ou les sites industriels, les chaudières à bois brûlent des déchets et des résidus bois prélevés dans les forêts, qui n’ont aucun autre usage : résidus de bois des scieries, déchets de bois-matériau, bois d’élagage… De même, dans les forêts, le bois mort ou les arbres infectés par un parasite finissent le plus souvent, après des coupes sanitaires, dans des chaudières. La filière du bois-énergie rend possible cette valorisation : sans elle, ce bois aurait pourri, et rejeté son carbone dans l’atmosphère, en n’apportant aucune autre contribution à la société. De plus, il aurait fallu trouver un autre combustible pour produire cette chaleur !

Le bois-énergie entretient d’ailleurs une synergie forte avec le reste de la filière bois, en particulier avec le bois-matériau. La gestion des forêts prend en compte de multiples enjeux dont ceux du réchauffement climatique : la filière bois-énergie, témoin malheureux et privilégié de ses conséquences, fait face à l’impératif d’une (re)construction de forêts plus durables, résistant mieux aux effets du changement climatique (notamment par le choix d’essences adaptées), et développe ainsi de nouvelles pratiques sylvicoles.

L’Ademe, dans un avis du 20 novembre 2023, salue ainsi la filière du bois-énergie , une filière « en amélioration continue pour réduire ses impacts sur l’environnement ». L’avis qualifie même le bois « d’énergie renouvelable indispensable à la transition écologique ».

Dans cet élan, la Stratégie nationale bas carbone, pilotée par le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire, prévoit que « la biomasse et les autres combustibles décarbonés » compteront pour 37 % des besoins en énergie finale d’une France neutre en carbone en 2050. Certes, le bois-énergie ne sera pas le seul contributeur à ces 392 TWh de combustion renouvelable, et des arbitrages devront déterminer les différents usages de la biomasse disponible. Reste que le bois-énergie joue bel et bien un rôle déterminant dans la stratégie climatique de la France.

1 Utilisé pour produire de la chaleur, pour les bâtiments ou l’industrie.

2 13,2 % pour l’hydraulique, 12,4 % pour les pompes à chaleur, 11,2 % pour les bio-carburants, 11 % pour l’éolien, 6 % pour le photovoltaïque, 5,5 % pour le biogaz, 4,2 % pour les déchets renouvelables.

Rédigé par : Jean-Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud
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