Avec la hausse du carburant, les entreprises du bâtiment sont en péril

La flambée des prix du carburant frappe durement les artisans du bâtiment : 92% des entreprises subissent déjà l’impact de cette hausse selon une étude de la Capeb. Entre coûts d’exploitation qui explosent et matériaux en forte inflation, tout un secteur économique se trouve en péril.

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Avec La Hausse Du Carburant Les Entreprises Du Batiment Sont En Peril
Avec la hausse du carburant, les entreprises du bâtiment sont en péril © L'EnerGeek

La flambée des prix du carburant frappe de plein fouet les artisans du bâtiment français

L’envolée spectaculaire des prix du carburant depuis le début de la guerre au Moyen-Orient plonge les entreprises artisanales du bâtiment dans une spirale économique inquiétante. Selon une étude exclusive de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), 92% des artisans sondés déclarent subir directement l’impact de cette hausse sur leur activité quotidienne.

Cette enquête, menée auprès de 2 600 professionnels, révèle l’ampleur d’une crise qui ébranle l’ensemble du secteur. « 92% des entreprises ont été impactées par la hausse du prix du pétrole depuis le début du conflit en Iran, soit le 28 février », précise l’organisation patronale. Une situation qui met en lumière la vulnérabilité structurelle d’un secteur déjà fragilisé par deux années de tensions économiques.

Des coûts d’exploitation qui explosent pour les professionnels du bâtiment

L’impact immédiat se ressent particulièrement sur les coûts de déplacement et d’exploitation. Pour les artisans du bâtiment, dont l’activité nécessite de constants déplacements entre chantiers, cette flambée constitue un défi financier majeur. Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, illustre concrètement cette réalité : « Pour une pelle de 20 tonnes consommant en moyenne 20 litres par heure, la hausse de 0,30 € du GNR observée depuis le début de la semaine représente environ 6 euros de coût supplémentaire par heure de travail. »

L’étude révèle également que 56% des entreprises considèrent avoir été touchées par l’augmentation du gazole non routier (GNR), carburant essentiel alimentant les engins de chantier. Cette double exposition aux variations énergétiques amplifie considérablement la pression financière sur ces structures, souvent de taille modeste et aux marges serrées.

Une répercussion en cascade sur les matériaux de construction

Au-delà du carburant lui-même, c’est toute la chaîne d’approvisionnement qui subit les contrecoups de cette inflation énergétique. L’enquête de la Capeb révèle que 65% des répondants ont reçu des notifications de hausse tarifaire de leurs fournisseurs. Les matériaux les plus affectés incluent « les dérivés du pétrole, le bois, le béton, le cuivre, le PVC et le zinc », avec des augmentations oscillant « entre 2,5% et 20% pour certaines familles de produits ».

Cette inflation touche particulièrement les produits dérivés du pétrole avec une hausse maximale de 15%, le bois et ses dérivés, certains panneaux isolants affichant une progression moyenne de 13%, ainsi que les matériaux isolants comme la laine de verre et les produits de construction courante comme le placo. Ces augmentations résultent notamment « du coût du transport et des difficultés pour mobiliser certains transporteurs », dans un contexte où plusieurs acteurs du secteur réduisent temporairement leur activité selon l’analyse de la Capeb.

Des marges fragilisées et une incertitude généralisée sur les chantiers

L’organisation patronale tire la sonnette d’alarme sur les conséquences directes de cette crise énergétique. Ces évolutions « pèseront directement sur les marges, fragilisent les devis et entretiennent une forte incertitude sur les chantiers ». Cette situation s’avère d’autant plus critique que le secteur traverse déjà une période difficile depuis la crise ukrainienne.

Jean-Christophe Repon dresse un bilan préoccupant : « Nous avons vécu deux ans de crise, de récession d’activité, la destruction de 15 000 entreprises, 30 000 emplois dans l’indifférence générale du gouvernement. » Le président de la Capeb évoque même la création d’une « cellule de crise de santé mentale » face au « vrai burn-out qui arrive chez nos artisans et une vraie dépression ».

Près d’un quart des entreprises signalent avoir reçu des alertes de leurs fournisseurs concernant des risques ponctuels de rupture d’approvisionnement, notamment pour des produits essentiels comme la laine de verre, le bois ou le placo. Cette menace logistique s’ajoute aux difficultés financières pour compliquer davantage la planification des chantiers.

Des mesures d’urgence réclamées pour éviter l’effondrement du secteur

Face à cette situation critique, la Capeb formule des demandes précises auprès du gouvernement. L’organisation réclame « un geste fort » avec une baisse de la TVA sur les travaux de rénovation « de 10% à 5,5% ». Selon les calculs avancés, cette mesure représenterait « à peu près 2 milliards de chiffre d’affaires en plus, et à peu près 10 000 emplois qui peuvent être sauvés ».

La confédération appelle également à réactiver le comité de crise interministériel dédié au bâtiment, créé lors de la guerre en Ukraine. Elle demande la mise en place d’un « accompagnement » concernant les hausses des prix du pétrole pour permettre aux entreprises « d’absorber l’augmentation du gazole non routier ».

Erlé Boulaire, président de la Capeb des Côtes-d’Armor, a adressé un courrier au préfet exigeant « le plafonnement des taxes sur les carburants par le rétablissement de la TICPE flottante », afin d’ « éviter la double peine pour les entreprises : hausse du prix des carburants et application de la TVA non récupérable pour certains carburants ».

Cette crise du carburant intervient paradoxalement à un moment où le gouvernement intensifie ses efforts pour développer les énergies renouvelables à travers des appels d’offres massifs, soulignant l’urgence d’une transition énergétique plus rapide.

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