Carburant : Dominique Schelcher accuse l’État de profiter de la hausse

Alors que les prix du carburant repartent à la hausse dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, Dominique Schelcher, patron de Coopérative U, accuse l’État français d’être le principal bénéficiaire de cette flambée. Derrière cette affirmation, un débat ancien refait surface : la place des taxes dans le prix payé à la pompe.

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Carburant : Dominique Schelcher accuse l’État de profiter de la hausse © L'EnerGeek

Depuis le retour de la guerre, les prix du carburant augmentent de nouveau en France. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient alimentent l’incertitude sur les marchés pétroliers et tirent les cours du brut vers le haut. Cette situation se répercute rapidement sur le prix payé par les automobilistes.

Dans ce contexte, Dominique Schelcher, président-directeur général de Coopérative U, a relancé un débat sensible. Selon lui, la hausse du carburant profite avant tout aux finances publiques. Le dirigeant affirme que l’État capte la majeure partie du prix payé à la pompe grâce au poids de la fiscalité.

Carburant : plus de la moitié du prix correspond aux taxes

Le cœur de la critique formulée par Dominique Schelcher repose sur la structure du prix du carburant en France. Une large part du montant payé par l’automobiliste correspond à des taxes.

« Aujourd’hui, plus de 51 % du prix payé par l’automobiliste va directement à l’État », a déclaré Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, dans une intervention reprise par Boursorama. Autrement dit, la fiscalité représente la première composante du prix final.

Le carburant vendu en station-service comprend plusieurs éléments. Il y a d’abord le prix du pétrole brut. À celui-ci s’ajoutent les coûts de raffinage, de transport et de distribution. Mais la part la plus importante provient des taxes appliquées par l’État.

Selon plusieurs analyses économiques, la fiscalité représente généralement entre 50 % et 60 % du prix du litre en France. D’après des données relayées par le site spécialisé Planète Énergies, les taxes représentaient encore récemment environ 52 % du prix du diesel et près de 55 % de celui de l’essence. Deux prélèvements dominent largement cette fiscalité : l’accise sur les carburants – anciennement appelée TICPE – et la TVA.

Carburant et TVA : pourquoi la hausse des prix augmente les recettes

L’un des arguments avancés par Dominique Schelcher concerne le fonctionnement même de la fiscalité. Certaines taxes sont fixes, d’autres évoluent automatiquement avec le prix.

L’accise sur les carburants correspond à un montant fixe par litre. Elle atteint environ 0,59 euro par litre pour le gazole et environ 0,68 euro pour l’essence, selon les données fiscales compilées par plusieurs organismes spécialisés dans l’énergie.

La TVA fonctionne différemment. Elle est fixée à 20 % et s’applique sur l’ensemble du prix du carburant. Cela signifie qu’elle est calculée non seulement sur le carburant lui-même, mais aussi sur la taxe précédente.

Ce mécanisme crée ce que certains économistes qualifient de « taxe sur la taxe ». En pratique, lorsque le prix du pétrole augmente, le montant de TVA collecté augmente lui aussi.

C’est précisément ce point que souligne le patron de Coopérative U. La hausse du prix du brut entraîne mécaniquement une hausse des recettes fiscales issues de la TVA.

Dans ce contexte, Dominique Schelcher estime que l’État bénéficie indirectement des tensions sur les marchés pétroliers. Cette situation alimente, selon lui, un décalage entre la perception des consommateurs et la réalité économique.

Le prix du carburant dépend aussi du pétrole et des tensions géopolitiques

La hausse récente des prix du carburant ne provient toutefois pas de la fiscalité. Elle s’explique d’abord par les évolutions du marché pétrolier. Les tensions au Moyen-Orient inquiètent les marchés car la région représente une part essentielle de la production mondiale de pétrole. Elle assure environ un tiers de l’approvisionnement global, selon plusieurs analyses énergétiques internationales.

Chaque crise dans cette zone stratégique fait donc craindre des perturbations d’approvisionnement. Les traders anticipent ces risques et les prix du baril réagissent immédiatement.

Lorsque le baril grimpe, le coût du carburant augmente à son tour. Les stations-service répercutent progressivement cette hausse dans leurs prix. C’est cette dynamique qui se traduit aujourd’hui par une hausse du prix à la pompe en France. Les distributeurs se retrouvent souvent accusés d’augmenter leurs marges. Dominique Schelcher conteste cette idée. Le dirigeant affirme que la marge de distribution reste limitée et que la fiscalité explique l’essentiel du prix final.

Carburant : un débat fiscal explosif en France

La question des taxes sur le carburant constitue depuis plusieurs années un sujet politique majeur. Elle touche directement au pouvoir d’achat et à la transition énergétique.

La fiscalité sur les carburants représente une ressource budgétaire importante pour l’État. Elle rapporte plusieurs dizaines de milliards d’euros par an aux finances publiques. Ces recettes participent notamment au financement des infrastructures et des politiques publiques.

Par ailleurs, cette fiscalité intègre une composante environnementale. Une partie de la taxation vise à réduire la consommation d’énergies fossiles et à encourager les alternatives moins polluantes.

Mais cette logique écologique se heurte souvent aux préoccupations sociales. Le mouvement des Gilets jaunes, déclenché en 2018 après l’annonce d’une hausse de la taxe carbone, avait illustré la sensibilité extrême du sujet. Depuis lors, les gouvernements successifs marchent sur une ligne étroite. D’un côté, ils cherchent à maintenir une fiscalité énergétique cohérente avec les objectifs climatiques. De l’autre, ils tentent d’éviter une nouvelle crise sociale liée au prix du carburant.

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