Le sujet des terres rares s’impose au cœur de l’actualité économique et géopolitique. Ces métaux critiques irriguent l’ensemble des technologies de pointe, tandis que l’Union européenne, très exposée via ses importations, affronte une dépendance sévère à la Chine. Les annonces successives sur les marchés et à Washington, ainsi que les nouvelles données publiées en Europe, éclairent les rapports de force et l’ampleur du défi.
Qui tient les robinets des terres rares pour l’Union européenne ?
La Chine reste la puissance pivot des terres rares, et donc la variable clé des importations de l’Union européenne. D’après des chiffres relayés cette semaine, près de la moitié des importations européennes de terres rares proviennent de Chine, soit 5 984 tonnes en 2024 ; suivent la Russie (3 676 tonnes) et la Malaisie (2 579 tonnes), ce qui illustre une concentration risquée des approvisionnements pour l’UE, très dépendante de quelques flux majeurs de terres rares.
Ces chiffres replacent la Chine au sommet de la hiérarchie des fournisseurs de l’Union européenne, devant d’autres contributeurs comme le Japon, le Royaume-Uni, le Vietnam, les États-Unis et la Norvège. Dans ce contexte, la loi européenne sur les matières premières critiques vise explicitement à plafonner la dépendance à 65 % vis-à-vis d’un pays tiers, et à stimuler l’extraction et le recyclage intra-européens, pour desserrer l’étau sur les terres rares.
Pour mesurer le poids réel de la Chine, il faut toutefois regarder la chaîne complète des terres rares. Selon Reuters, la Chine concentre environ 90 % des capacités de raffinage mondiales et près de 70 % de la production minière, ce qui lui donne un levier structurant sur l’ensemble des importations globales et, par ricochet, sur l’Union européenne.
Cette domination est tangible dans les prix : les oxydes de néodyme-praséodyme (NdPr), cœur des aimants permanents, ont grimpé d’environ 63 à 88 dollars/kg en Chine en quelques semaines, atteignant un pic de plus de deux ans après l’arrêt des expéditions de MP Materials vers la Chine ; l’agence souligne que les volumes de MP Materials représentaient 7–9 % de l’offre d’oxydes alimentant les usines chinoises (Reuters, 26 août 2025). Dans les mots de l’analyste Ryan Castilloux, cet arrêt a laissé « un grand vide » pour les usines d’aimants.
À quoi servent les terres rares et pourquoi la Chine pèse-t-elle autant sur les importations ?
Les terres rares sont partout : moteurs de véhicules électriques, générateurs d’éoliennes, smartphones, drones, robots, satellites et équipements de défense. Cette omniprésence explique la tension récurrente entre l’offre et la demande, mais aussi l’ampleur des risques pour l’Union européenne quand les importations dépendent de décisions souveraines prises hors d’Europe.
Or, la Chine a multiplié ces derniers mois les restrictions d’exportation sur des produits et semi-produits liés aux terres rares, bouleversant les flux et les marges des producteurs d’aimants. Dans ce contexte, l’Union européenne est décrite comme « dangereusement dépendante » des importations chinoises de terres rares, ce que rappelle un décryptage d’Euronews consacré au suivi du rapport Draghi sur la compétitivité.
Les terres rares, un défi de souveraineté énergétique pour la France
Pour l’Union européenne, la réponse passe à la fois par la diversification des importations et par la montée en puissance de capacités internes liées aux terres rares. Le droit européen fixe des objectifs : extraire 10 % des besoins au sein de l’UE, recycler 15 % de la demande et éviter que plus de 65 % d’une matière critique viennent d’un seul pays tiers, afin de desserrer la contrainte chinoise sur les importations.
En France, la priorité industrielle affichée consiste à structurer des maillons stratégiques — notamment le recyclage des aimants — pour sécuriser une part de l’approvisionnement en terres rares, tout en limitant l’empreinte environnementale. Cette stratégie s’inscrit dans la thématique de la souveraineté technologique, car les terres rares alimentent des secteurs clés : batteries, moteurs électriques, éoliennes, électronique de puissance et équipements de défense.
La souveraineté énergétique est-elle possible ?
Néanmoins, même un effort coordonné inscrit dans la durée ne suffira pas, à court terme, à couvrir la demande européenne en terres rares. Les chiffres américains donnent un ordre de grandeur utile : 35 000 tonnes d’aimants par an pour le seul marché nord-américain, quand les projets industriels cités aux États-Unis avancent des capacités de 2 000 t/an pour Noveon et de 600 t/an pour USA Rare Earth à l’horizon proche.
Par ailleurs, la réactivité de la Chine pèse toujours : ses exportations d’aimants en terres rares ont rebondi en juillet à un plus haut de six mois, après un assouplissement des contrôles, compliquant la lisibilité des prix et des calendriers d’investissements pour les concurrents. Dans ces conditions, l’Union européenne doit composer avec des importations exposées, tout en accélérant les jalons industriels et réglementaires qui redonnent de la marge de manœuvre autour des terres rares.






