Partager sa position en direct avec ses amis sur Instagram : c’est la promesse de la nouvelle fonctionnalité de cartographie lancée par Meta, qui a immédiatement déclenché une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. Beaucoup d’internautes ont cru, à tort, que leur position exacte devenait visible de n’importe qui.
L’annonce, faite un mercredi, s’accompagne de deux autres nouveautés : les reposts et un onglet « Amis » dans les Reels. Selon Meta, l’objectif est de faciliter la découverte de lieux et de renforcer la connexion entre utilisateurs. Ces ajouts rappellent des outils déjà présents ailleurs, comme l’option de repostage de TikTok ou les cartes de Snapchat.
Un partage désactivé par défaut, mais mal compris
Sur le papier, le fonctionnement se veut prudent. Le partage de position est désactivé par défaut : l’utilisateur doit l’activer volontairement. Il choisit ensuite précisément qui peut voir sa position, ses amis, ses amis proches, une liste personnalisée, ou personne.
Il est également possible d’exclure certains lieux, comme son domicile, ou certaines personnes du partage, explique Le Journal du Geek. La position se met à jour à chaque ouverture de l’application. Le partage peut être coupé à tout moment, et les parents ayant activé la surveillance parentale reçoivent une notification si leur adolescent commence à partager sa position.
Que l’on partage ou non sa localisation, la carte reste utilisable pour explorer les stories d’amis ou les Reels de créateurs locaux. Le contenu géolocalisé reste visible 24 heures. Tout repose, selon Meta, sur un double consentement : celui qui partage et celui qui reçoit l’information doivent l’un et l’autre y consentir, et par défaut seuls les amis mutuels ont accès à la donnée.
« Le rêve de tout cambrioleur »
Ces garde-fous n’ont pas suffi à couper court à la polémique. De nombreux internautes ont dénoncé un risque de harcèlement, de cambriolage ou d’agression. Un utilisateur anonyme a qualifié la fonctionnalité de « dangereuse » sur X, assurant qu’elle montrait la position précise à n’importe qui. Un autre a critiqué l’« obsession » d’Instagram à vouloir partager les emplacements avec le public.
Un troisième message, plus alarmiste, a présenté la carte comme « le rêve de tout cambrioleur », en recommandant de couper la localisation pour ne pas signaler qu’un domicile est inoccupé. Un dernier utilisateur a jugé la fonctionnalité « étrange », relevant qu’elle permettait à tous les abonnés de voir la position, capture d’écran à l’appui montrant comment zoomer sur la carte pour repérer les publications géolocalisées d’autrui.
Meta et Mosseri répondent aux critiques
Face à ces réactions, Meta a réaffirmé que le partage reste désactivé tant que l’utilisateur ne l’active pas lui-même. Un porte-parole du groupe a précisé les contours exacts du dispositif : « Instagram Map est désactivé par défaut, et votre localisation en temps réel n’est jamais partagée, sauf si vous choisissez de l’activer. Si vous le faites, seules les personnes que vous suivez en retour, ou une liste privée et personnalisée que vous sélectionnez, peuvent voir votre localisation. »
Adam Mosseri, le patron d’Instagram, a lui reconnu sur Threads que l’interface manquait de clarté. Il a promis d’améliorer les explications et les tutoriels accompagnant la fonctionnalité.
Certains utilisateurs relativisent la polémique : la fonctionnalité reste totalement optionnelle, et beaucoup postaient déjà leurs stories géolocalisées. D’autres y voient un outil pratique pour retrouver des amis lors d’événements ou découvrir du contenu local, une extension logique des tags de localisation qui existent depuis des années.
Les utilisatrices en première ligne des critiques
Les critiques les plus vives viennent souvent de femmes, qui redoutent un risque accru de stalking et de doxxing. Sur TikTok, une créatrice de contenu a dénoncé une fonctionnalité dangereuse pour les femmes, estimant que les ingénieurs qui l’ont conçue n’ont pas pris cette réalité en compte. Les réseaux sociaux sont déjà un terrain de chasse pour les harceleurs : rendre visible la position physique inquiète d’autant plus une partie des utilisatrices.
Un scénario déjà vu avec Google Latitude et Snap Map
Le partage de localisation n’est pas une nouveauté sur les réseaux sociaux. Google Latitude, lancé en 2009, permettait déjà de partager sa position avec ses contacts via Google Maps sur la base du consentement mutuel, avant d’être fermé en 2013 : sa fonction a ensuite été réintégrée dans Google Maps. Snap Map, la carte de Snapchat, existe depuis 2017.
Chaque tentative de ce type a suscité une controverse comparable, portée par une prise de conscience croissante des risques de cyberharcèlement, de chantage ou de cambriolage lors d’absences annoncées publiquement.
Des experts en cybersécurité, cités dans le débat, rappellent que plus une donnée de localisation est précise et actualisée, plus elle devient exploitable à des fins malveillantes. Contrairement à une photo publiée après coup, une position partagée en temps réel supprime le délai de sécurité entre le moment où l’on se trouve quelque part et celui où cette information devient publique.






