Alors que les tensions géopolitiques autour des terres rares se multiplient, une scientifique de 28 ans, Marie Perrin, a été honorée, le 19 mai, par l’Office européen des brevets pour une innovation à la fois simple et disruptive : un procédé permettant de récupérer de l’europium à partir de lampes fluorescentes. Une réponse technique face à une crise stratégique mondiale, incarnée par une jeune chercheuse que rien ne semblait prédestiner à défier le monopole chinois sur ces éléments critiques.
Les terres rares : la guerre des métaux critiques
Le contexte est tendu. Dans la bataille mondiale des terres rares, la Chine contrôle plus de 85 % de la chaîne d’approvisionnement, transformant ces métaux en leviers géopolitiques. L’europium, substance aux propriétés luminescentes indispensable à la fabrication d’écrans, d’éclairages LED et de composants électroniques, ne fait pas exception.
Longtemps considérée comme marginale, la filière du recyclage de ces éléments commence à susciter l’intérêt des États et des industriels. Mais le processus reste coûteux, complexe et chimiquement polluant. C’est là qu’intervient la technologie REEcover, conçue par Marie Perrin.
Une Française face à Pékin : l’innovation REEcover
Lauréate du Young Inventors Prize 2025, remis par l’Office européen des brevets, Marie Perrin propose une rupture radicale. Sa technologie repose sur une molécule bio-inspirée, contenant du soufre, capable d’isoler l’europium avec une grande pureté en une seule étape. Un gain en efficacité, en coût et en durabilité. « Une nouvelle absolument incroyable », confie-t-elle au journal Libération dans un entretien publié le 19 mai 2025, saluant la reconnaissance de son travail parmi plus de 450 candidatures européennes.
Formée à Toulouse, Paris, Boston et Lausanne, cette docteure en chimie a cofondé une start-up baptisée REEcover. Son objectif ? Passer de la démonstration en laboratoire à l’échelle industrielle. Comme le confirme L’Usine Nouvelle, des tests sont en cours pour porter l’extraction de quelques grammes à plusieurs kilogrammes d’europium.
Un procédé vert dans un monde pollué
L’approche de Marie Perrin tranche avec les méthodes traditionnelles d’extraction minière, souvent réalisées à ciel ouvert et génératrices de déchets toxiques. Son procédé réduit drastiquement la consommation d’énergie et les rejets chimiques, tout en exploitant une ressource jusqu’ici négligée : les déchets d’ampoules usagées.
Le procédé REEcover repose sur une biochimie fine, à la croisée de la chimie verte et de l’économie circulaire. Comme le souligne Futura Sciences, il ne s’agit pas seulement d’innovation technologique, mais de transformation systémique : redonner de la valeur à ce qui était jeté.
Une réponse stratégique à une dépendance toxique
Le cas de l’europium n’est pas isolé. La quasi-totalité des terres rares nécessaires aux transitions énergétiques, aimants pour éoliennes, batteries pour véhicules électriques, repose sur des chaînes d’approvisionnement vulnérables. L’Europe tente de réagir, avec des plans comme le Critical Raw Materials Act porté par la Commission européenne.
Dans ce contexte, Marie Perrin incarne une forme de souveraineté scientifique. En pariant sur la revalorisation locale, son innovation réduit la dépendance aux importations asiatiques et ouvre une nouvelle voie pour une industrie du recyclage stratégique.
Une trajectoire de reconnaissance européenne
Le succès de REEcover repose aussi sur un écosystème de soutien. Depuis ses premières recherches à l’EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne), Marie Perrin a multiplié les partenariats avec des laboratoires publics et des industriels européens. D’après Techniques de l’Ingénieur, son procédé a été validé pour sa reproductibilité, sa pureté de récupération et son potentiel de scalabilité.
La reconnaissance internationale ne s’est pas fait attendre. Seule Française parmi les dix finalistes du Young Inventors Prize, elle s’est imposée comme figure d’avenir d’un continent encore hésitant à structurer ses ambitions autour des métaux stratégiques.






