Les ambitions minières en haute mer d’une entreprise canadienne inquiètent les ONG environnementales

Le développement des technologies liées à la transition énergétique pousse les industriels à explorer de nouvelles ressources minières. Pour la première fois, une entreprise canadienne se tourne vers les grands fonds marins pour répondre à cette demande croissante.

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Le développement des technologies liées à la transition énergétique pousse les industriels à explorer de nouvelles ressources minières. Pour la première fois, une entreprise canadienne se tourne vers les grands fonds marins pour répondre à cette demande croissante.

Le 29 avril 2025 marque une étape importante dans la recherche de métaux essentiels à la transition énergétique. The Metals Company (TMC), entreprise basée au Canada, a soumis la toute première demande d’autorisation d’exploitation minière en haute mer dans les eaux internationales, précisément dans la zone Clarion-Clipperton, dans le Pacifique. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de pression croissante sur les chaînes d’approvisionnement en métaux stratégiques, largement dominées par quelques pays producteurs.

La demande a été déposée auprès des autorités américaines par TMC USA, la filiale de l’entreprise. Le projet prévoit l’extraction de nodules polymétalliques sur plus de 25 000 km². Ces concrétions rocheuses, présentes sur le plancher océanique à grande profondeur, renferment des concentrations élevées de nickel, de cuivre, de cobalt et de manganèse. Ces quatre éléments sont essentiels à la fabrication de batteries, d’équipements électroniques, de câbles sous-marins et de technologies solaires ou éoliennes.

Un modèle d’approvisionnement alternatif pour des chaînes plus résilientes

Les dirigeants de TMC présentent ce projet comme un levier stratégique pour sécuriser l’accès à des matériaux critiques, tout en réduisant la dépendance à des zones géopolitiquement instables. Le PDG de l’entreprise a mis en avant la possibilité de « bâtir un modèle industriel plus robuste, capable de soutenir la demande en métaux liés à l’électrification et à la décarbonation ».

En se tournant vers les fonds marins, TMC entend contourner certaines limites posées par l’extraction terrestre, notamment les tensions communautaires, les conflits d’usage du sol et les impacts sur les milieux habités. D’après l’entreprise, les nodules polymétalliques peuvent être récupérés en limitant les perturbations de la croûte terrestre et en évitant le dégagement massif de CO₂ souvent associé à l’exploitation minière conventionnelle.

Il est à noter que les États-Unis, qui n’ont pas ratifié la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, permettent ces démarches via leur propre législation : la Deep Seabed Hard Mineral Resources Act de 1980. C’est sur cette base que TMC USA a pu déposer sa demande, avec le soutien affirmé de l’administration américaine.

Un cadre politique réorienté vers l’extraction minière en haute mer

Quelques jours avant le dépôt de cette demande, le président Donald Trump a signé un décret visant à accélérer les procédures d’autorisation pour l’exploration et l’extraction de ressources minières dans les eaux internationales. Ce texte prévoit une simplification administrative et un soutien actif aux acteurs économiques engagés dans la recherche de matières premières critiques.

Le décret s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement de l’indépendance énergétique et industrielle des États-Unis. Les autorités américaines avancent des projections ambitieuses : jusqu’à 300 milliards de dollars de PIB supplémentaire et plus de 100 000 emplois créés sur dix ans. L’objectif affiché est de renforcer la position du pays face à la Chine, principal acteur mondial du traitement des terres rares et des métaux stratégiques.

Ce changement d’orientation politique, même s’il repose sur des textes existants, interpelle sur le plan diplomatique. Plusieurs pays, dont la Chine, ont exprimé leur préoccupation quant à une déréglementation possible des ressources des grands fonds, traditionnellement gérées par l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), un organisme rattaché à l’ONU.

Des réserves exprimées mais des pistes pour encadrer l’exploitation minière

Si le projet de TMC ouvre de nouvelles perspectives, il suscite aussi des interrogations légitimes. Plusieurs organisations environnementales ont alerté sur le manque de données concernant les écosystèmes des abysses. La biodiversité des zones visées reste encore largement inconnue, et les effets potentiels des opérations minières sur les cycles biologiques, les sédiments et les habitats profonds sont aujourd’hui mal compris.

La communauté scientifique s’accorde toutefois sur un point : un cadre réglementaire strict, basé sur des observations sur le long terme, sera indispensable. Plusieurs chercheurs plaident pour une phase de tests sous contrôle international avant toute exploitation commerciale à grande échelle. Dans ce contexte, la transparence des données, la traçabilité des opérations et la mise en place de systèmes de surveillance automatisés seront des éléments clés.

En réponse, TMC affirme avoir déjà réalisé de vastes campagnes d’échantillonnage, et promet de publier l’ensemble de ses résultats environnementaux. L’entreprise affirme également que l’intégration de technologies peu invasives et le respect de zones sensibles font partie intégrante de sa stratégie de déploiement.

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