L'Afrique du Sud va-t-elle relancer son programme nucléaire ?

L’Afrique du Sud va-t-elle relancer son programme nucléaire ?

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Alors que le pays avait annoncé, en 2018, qu’il renonçait à construire de nouvelles centrales nucléaires, le ministre des Finances de l’Afrique du Sud, Tito Mboweni, vient de déclarer, ce dimanche 26 janvier 2020, que le nucléaire pouvait être une solution pour répondre au défi de l’approvisionnement électrique du pays.

Tito Mboweni, ministre des Finances de l’Afrique du Sud, envisage un recours au nucléaire

Voici quelques jours, le ministre des minéraux et de l’énergie de l’Afrique du Sud, Gwede Mantashe, a affirmé qu’il manquait au système électrique du pays entre 2 et 3 GW de puissance installée pour répondre aux besoins du pays et de la région. Le nucléaire était donc, pour lui, une option à envisager pour faire face à l’irrégularité de l’approvisionnement électrique de l’Afrique du Sud, qui souffre de délestages réguliers.

Ce dimanche 26 janvier 2020, cette option a été confirmée par le ministre des Finances, Tito Mboweni, tout juste revenu du forum de Davos : “Vous avez entendu le ministre des minéraux et de l’énergie dire que nous devons sérieusement commencer à envisager, de manière ouverte et transparente, la relance de notre programme nucléaire, parce que les besoins énergétiques de l’Afrique du Sud sont importants”, a ainsi déclaré Tito Mboweni.

Cette question dépasse même, selon lui, le cas de l’Afrique du Sud, pour s’étendre à toute la région, compte tenu de la place de l’énergéticien d’Etat, Eskom, dans l’approvisionnement électrique de toute l’Afrique Australe, et de « l’interdépendance de l’économie politique de l’Afrique australe ».

Une seule centrale en activité, à Koeberg

Actuellement, une seule centrale nucléaire est en activité en Afrique du Sud, à Koeberg : mise en service en 1984, elle dispose de deux réacteurs de 920 MW, et fournit environ 6% de l’électricité sud-africaine.

En 2011, déjà, l’Afrique du Sud avait mis en place un Plan de développement des ressources électriques, qui prévoyait 52 GW de nouvelles capacités d’ici 2030, dont au moins 9,6 GW de nucléaire. Dans le courant de l’année 2014, des accords avaient été signés entre l’Afrique du Sud et la Russie, la France, les Etats-Unis, la Chine et la Corée du Sud pour fournir des centrales nucléaires au pays, suite à un appel d’offre entre les cinq pays.

Des rumeurs insistantes font état d’un accord secret, à l’époque, entre Jacob Zuma, alors président de l’Afrique du Sud, et la Russie, sur la base de 8 réacteurs nucléaires, pour un contrat de 1 000 milliards de rands (62,27 milliards d’euros). En discussion jusqu’en 2017, le projet avait fait long feu, et l’Afrique du Sud avait annocé, en 2018, sa volonté de renoncer au nucléaire et de se concentrer sur les énergies renouvelables.

Mais les besoins en électricité et la nécessité de décarboner l’économie sud-africaine (le charbon représentait en 2017 92% de la production et 74,3% de la consommation d’énergie primaire du pays, et près de 90% de la production d’électricité) ont donc, visiblement, fait changer les lignes. L’Afrique du Sud dispose d’ailleurs d’atout en faveur du nucléaire : le pays est notamment un important producteur d’uranium, avec 1% de la production et 6% des réserves mondiales.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Déchets nucléaires: une étude émet des doutes sur le conditionnement

    Le conditionnement des déchets nucléaires que certains Etats comme la France prévoient d’enfouir profondément sous terre ne prend pas en compte une interaction entre certains composés qui pourrait accélérer leur dégradation.

    Dans plusieurs pays, dont la France qui dispose du deuxième parc de réacteurs au monde, les déchets ultimes les plus radioactifs sont conditionnés dans des blocs de verre cristallisés coulés dans des cylindres d’acier inoxydable, une vitrification destinée à assurer le confinement de la radioactivité sur le très long terme pour des matières qui peuvent être radioactives pendant des dizaines de milliers d’années.

    Mais une étude pilotée par l’université américaine de l’Ohio, publiée dans la revue Nature Materials, met en lumière le fait que la corrosion du verre ou de la céramique utilisés pour confiner ces déchets est « accélérée de façon significative » dans certaines conditions.

    « C’est inattendu. Jusqu’à présent, on considérait que l’acier inoxydable était inerte, qu’il finirait par s’oxyder malgré son nom, mais que vis-à-vis du verre qui contient les radioéléments il ne jouait aucun rôle », a expliqué à l’AFP un des auteurs de l’étude Stéphane Gin, chercheur au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) en France.

    Sur un temps long, quel que soit le lieu de stockage profond, l’eau finit toujours par remplir les vides, notent les chercheurs. Dans ces conditions, la corrosion de l’acier est accélérée, accélérant elle-même la dégradation du verre et le risque de libération des éléments radioactifs.

    Et cette accélération est « importante », a commenté dans un communiqué Xiaolei Guo, auteur principal de l’étude. « Cela indique que les modèles actuels ne sont peut-être pas suffisants pour garantir la sûreté du stockage de ces déchets »…

    https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/breves-afp/dechets-nucleaires-une-etude-emet-des-doutes-sur-le-conditionnement-75209/

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  • Pour protéger le climat, nous devons économiser le plus de carbone au moindre coût et en un minimum de temps, en tenant compte des trois variables – le carbone, le coût et le temps.

    Le principe économique fondamental du “coût d’opportunité” signifie que vous ne pouvez pas dépenser le même argent pour deux choses différentes en même temps. Chaque achat fait renoncer à d’autres.

    L’achat d’énergie nucléaire remplace en particulier l’achat de production renouvelable et d’utilisation efficace. Pourtant, de nombreux dirigeants politiques pensent que l’urgence du climat exige toutes les options, y compris la préservation de l’énergie nucléaire à tout prix.

    Mais les nouveaux réacteurs nucléaires sont largement hors de prix, et aucune nouvelle technologie, taille ou cycle du combustible n’est en vue. Le coût du nucléaire augmente également alors que celui des énergies renouvelables ne cesse de baisser.

    Les nouvelles centrales nucléaires permettront d’économiser beaucoup moins de carbone par dollar que les ressources concurrentes sans carbone, proportionnellement à leurs coûts relatifs. Étant à la fois plus lente et plus coûteuse que ses concurrentes modernes, l’énergie nucléaire est doublement inutile pour protéger le climat.

    https://www.forbes.com/sites/amorylovins/2019/11/18/does-nuclear-power-slow-or-speed-climate-change/#2ba80292506b_

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  • La construction de six EPR supplémentaires annoncée en octobre s’élèverait à 46 milliards d’euros, et le coût global du « grand carénage » visant à allonger la durée de vie des centrales existantes est, lui, estimé à 100 milliards d’euros, selon la Cour des comptes.

    “Pour assurer de telles dépenses, il manque à EDF 6 milliards par an. Une équation impossible” décrypte un cadre. Une situation en partie héritée du sous-investissement que l’électricien français a connu à partir de la fin des années 1990, période où, pour ne rien arranger, avaient été décidées des baisses des tarifs, alors que le marché de l’énergie commençait à être libéralisé.

    https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/quand-l-etat-reprend-en-main-edf-avec-son-projet-hercule-835069.html

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  • Il faut toujours savoir anticiper c’est valable pour le nucléaire comme pour tout :

    La concurrence de l’électricité renouvelable bon marché, les préoccupations en matière de sécurité et les coûts des nouvelles centrales accélèrent le crépuscule de l’énergie nucléaire. Sauf en Russie et en Chine où elle bénéficie toujours d’un important soutien de l’État.

    C’est probablement l’un des secrets les plus mal gardés du monde de l’énergie : le secteur nucléaire n’est pas en mesure de fonctionner de manière autonome, un soutien gouvernemental massif lui est indispensable.

    S&P Global Ratings l’a désormais clairement indiqué aux investisseurs.

    « L’industrie nucléaire mondiale est confrontée à des défis liés aux questions de sécurité, au renforcement de la réglementation post-Fukushima, aux politiques d’abandon progressif de ce mode de production dans plusieurs pays, au vieillissement des installations, à la volatilité croissante des marchés énergétiques et à la concurrence des énergies renouvelables », écrit l’agence de notation financière dans sa note.

    « Nous voyons peu de raisons économiques justifiant de nouvelles constructions nucléaires aux États-Unis ou en Europe occidentale, en raison de la hausse massive des coûts et de la compétitivité des énergies renouvelables, qui devraient conduire à une baisse importante de la production nucléaire d’ici à 2040 », a souligné S&P…

    Le nucléaire restera pertinent jusqu’en 2040, une période durant laquelle les pays chercheront à réduire leurs émissions de carbone, a écrit S&P.

    « Nous croyons que l’électricité sans carbone produite par les installations nucléaires existantes, associée à la croissance régulière des énergies renouvelables, sera importante au moins au cours des prochaines décennies pour atteindre les objectifs climatiques et assurer un approvisionnement électrique stable, étant donné la nature intermittente des énergies renouvelables », précise l’agence.

    Au-delà de 2040 cependant, l’avenir du nucléaire semble beaucoup plus incertain et largement tributaire de l’aide gouvernementale.

    « Nous nous attendons à ce que le parcours financier des entreprises nucléaires du monde entier diffère en fonction des politiques énergétiques nationales et du degré de soutien de l’État à ce secteur ».

    https://www.euractiv.fr/section/energie/news/nuclear-power-dead-and-alive-sp-proclaims/

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  • L’hydrogène renouvelable à 27 euros le MWh d’ici 2030

    L’Afrique du Sud ferait bien d’y regarder à 2 fois avant d’accepter les dessous de table du secteur nucléaire et de Rosatom et les contrats de dépendance opaques pour 60 ans !

    Un nouveau rapport du Conseil de l’hydrogène prévoit que le coût de la production d’hydrogène renouvelable va chuter de manière drastique, jusqu’à 60 %, au cours de la prochaine décennie, dans certains cas même par rapport à l’option conventionnelle, en raison de la baisse des coûts de production d’électricité renouvelable et de l’augmentation de la fabrication d’électrolyseurs.

    L’hydrogène vert peut être produit par électrolyse à partir de n’importe quelle source d’énergie à faible coût.

    La compétitivité des coûts de l’hydrogène est plus proche qu’on ne le pensait auparavant et la mise à l’échelle des technologies de l’hydrogène existantes permettra d’ici 2030 d’offrir des solutions compétitives à faible teneur en carbone dans un large éventail d’applications. Cependant, pour atteindre cette échelle, il faut des investissements, un alignement des politiques et la création d’une demande.

    “Sur la base des données relatives aux coûts réels de l’industrie, l’analyse montre qu’un certain nombre de solutions d’hydrogène peuvent devenir compétitives dès 2030”, déclare Bernd Heid, associé principal chez McKinsey & Company. “Sur les 35 cas d’utilisation analysés, l’hydrogène à l’échelle peut être la solution à faible teneur en carbone la moins chère dans 22 cas d’utilisation – comme dans l’industrie sidérurgique et le chauffage des bâtiments existants. Et il peut battre les solutions fossiles à l’échelle dans 9 cas d’utilisation – par exemple dans les transports lourds et les trains”.

    Selon le rapport, pour que l’hydrogène renouvelable produit par électrolyse soit compétitif, il faudra déployer une capacité d’électrolyse totale de 70 GW.

    Dans une analyse précédente, Wood Mackenzie avait également identifié 2030 comme l’année où l’hydrogène vert, produit principalement par électrolyse solaire, atteindrait la parité des coûts. Selon le cabinet de conseil, l’hydrogène renouvelable pourrait atteindre la parité en Australie, en Allemagne et au Japon d’ici 2030, sur la base de 30 $US/MWh d’électricité renouvelable et de 50 % d’heures d’utilisation des électrolyseurs.

    “2020 marque le début d’une nouvelle ère pour l’énergie : à mesure que le potentiel de l’hydrogène à faire partie de notre système énergétique mondial se concrétise, nous pouvons nous attendre à une réduction des émissions et à une amélioration de la sécurité et de la flexibilité. Cela annonce la décennie de l’hydrogène”, a déclaré Benoît Potier, président-directeur général d’Air Liquide et coprésident du Conseil de l’hydrogène. “Un avenir énergétique propre avec l’hydrogène est plus proche que nous ne le pensons, car l’industrie a travaillé dur pour relever les principaux défis technologiques”.

    https://www.pv-magazine.com/2020/01/28/green-hydrogen-costs-projected-to-decrease-by-up-to-60-by-2030/

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  • (suite) C’est plus que 27 euros/MWh en moyenne en fait mais c’est nettement mieux que les projections d’il y a à peine 5 ans et effectivement souvent compétitif comparé à la production conventionnelle où le prix notamment du C02 est à intégrer par exemple dans la pyrolyse du méthane dont l’exploitation globale est émissive (forages etc)

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  • Article qui résume assez bien la situation sud-africaine et d’Eskom :

    “La compagnie d’électricité sud-africaine Eskom est au bord de la faillite et les finances du gouvernement sont sous pression énorme.”

    Le déluge d’opinions et de solutions proposées reflète une variété d’intérêts corporatifs et politiques. Elles ne s’attaquent pas aux problèmes systémiques auxquels Eskom est confronté, en particulier ses finances précaires.

    L’alimentation électrique décentralisée fera presque certainement partie des futurs systèmes énergétiques.

    Les Sud-Africains doivent savoir quelle maintenance est nécessaire pour que les centrales électriques existantes fonctionnent de manière suffisamment fiable pour éviter les délestages à long terme. À court terme, la meilleure option pour le pays peut être de prévoir des coupures d’électricité pendant que l’on s’occupe des retards de maintenance.

    https://theconversation.com/south-africas-energy-crisis-has-triggered-lots-of-ideas-why-most-are-wrong-130298

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