Qu’est-ce que la RE 2020 et quels enjeux pour le secteur du bâtiment ?

Qu’est-ce que la RE 2020 et quels enjeux pour le secteur du bâtiment ?

Le bâtiment est un secteur qui reste discret des radars médiatiques, mais il est appelé à être mieux identifié à mesure que la lutte contre les causes du réchauffement climatique sont combattues par les responsables politiques et les citoyens. Avec 44 % de la consommation totale d’énergie et environ 25 % des émissions de CO2, le secteur du bâtiment doit être l’un des principaux chevaux de bataille des politiques publiques. A partir du 1er janvier 2020 ces dernières auront pour visage principal la Réglementation environnementale 2020 (RE 2020). Cette dernière doit permettre de généraliser les bâtiments consommant des énergies renouvelables et bas carbone… mais attention aux erreurs d’aiguillage.

La RE 2020 ou l’entrée véritable dans une ère pro-environnementale ?

Depuis plusieurs années, la construction de bâtiments neufs est soumise à des obligations strictes. Celles en vigueur aujourd’hui ont été adoptées en 2012 sous l’appellation RT 2012 (Réglementation thermique 2012) et sont relativement exigeantes. Le principal objectif de la RT 2012 est de limiter la consommation d’énergie primaire des bâtiments neufs à un maximum de 50 kWhEP/(m².an) en moyenne. Une exception avait été faite pour les bâtiments collectifs d’habitations qui peuvent consommer jusqu’à 57,5 kWh/m²/an jusqu’au 31 décembre 2019. A chaque nouvelle réglementation, les objectifs et les contraintes sont élevés à un échelon supérieur et la Règlement Environnemental 2020 n’échappe pas à cette bonne habitude.

Le passage de la RT 2012 à RE 2020 constitue d’ailleurs un changement de paradigme puisqu’il est désormais attendu des futurs bâtiments, d’une part, d’être fortement consommateurs d’énergies renouvelables, voire à « énergie positive », c’est-à-dire produire plus d’énergie qu’ils ne consomment et d’autre part, d’être bas carbone.

Sur le premier point, le développement de l’autoconsommation paraît indispensable avec notamment l’installation de panneaux solaires sur les toits. Le recours à la biomasse ainsi que les systèmes de pompe à chaleur et chauffe-eau thermodynamique doivent également être encouragés. Enfin, les efforts d’isolation doivent être poursuivis, et ce quelles que soient les énergies utilisées.

Sur le deuxième point, l’objectif visé par les pouvoirs publics est la « neutralité carbone » qui constitue un objectif extrêmement ambitieux et ne sera atteint que si les bonnes énergies sont allouées aux bons endroits. Cet objectif signifie que les émissions de gaz à effet de serre seront à termes égales aux émissions de carbone captées par les forêts, les plantes ou les sols. Il nécessite que les bâtiments ne consomment que des énergies bas carbone (électricité, bois, solaire…)

Enfin, la RE 2020 doit également tenir compte du réchauffement et assurer un bon niveau de confort en été. Ceci peut se faire en utilisant des solutions passives (vitrages, protections solaires…) et actives ( systèmes de climatisation, etc.) qui permettent de garder un bâtiment/bureau/appartement à des températures tempérées malgré les vagues de chaleur de plus en plus fortes et régulières qui ponctuent les étés.

Un coefficient de conversion de l’électricité à revoir ?

Tout se joue au niveau de la conception afin de faire émerger des bâtiments consommant des énergies renouvelables et bas carbone. Cependant, des obstacles se dressent sur le chemin de la neutralité carbone à commencer par un coefficient de conversion de l’électricité. Mais de quoi s’agit-il exactement ? En France, la réglementation (RT 2012) oblige de prendre en compte l’énergie nécessaire à la production, mais aussi au transport de l’électricité pour calculer la valeur d’un kilowattheure d’énergie primaire. L’idée est bonne, mais se trouve pervertie par le coefficient actuellement utilisé. Ainsi, l’électricité bas carbone hérite d’un coefficient de 2,58 alors que les énergies fossiles (donc polluantes) n’ont qu’un coefficient de 1.

Concrètement, cela signifie qu’1 kWh d’électricité correspond à 2,58 kWhep. Ainsi, le plafond de 50kWhep/m²/an correspond à 19 kWh/m²/an d’électricité, mais à 50kWhep/m²/an d’énergies fossiles. C’est un encouragement à recourir aux énergies fossiles plutôt qu’aux énergies décarbonées. Cette anomalie a été signalée par de nombreux experts et associations qui demandent publiquement que cet aspect de la RE 2020 soit corrigé. C’est le cas de Brice Lalonde, ancien ministre de l’Ecologie et militant vert depuis plusieurs décennies, qui milite en ce sens via l’association Equilibre des énergies qu’il préside. « Quand on veut sortir des énergies fossiles, il est paradoxal de demander plus d’efforts à l’électricité décarbonée produite sur le territoire national qu’aux énergies fossiles importées » souligne-t-il avec justesse.

La conclusion s’impose d’elle-même puisque « dans une logique aussi bien climatique qu’économique » la révision du « coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire à la baisse » est indispensable. « Grâce à cette mesure, un ensemble de solutions propres et économes, allant de la pompe à chaleur aux radiateurs connectés et intelligents, seront davantage accessibles aux Français, leur permettant ainsi de se désintoxiquer des énergies fossiles, tout en participant à la réussite des objectifs climatiques ». Malheureusement se battre pour changer un élément aussi technique trouve généralement peu d’écho malgré son influence sur la réussite des politiques publiques. La RE 2020 s’est élancée avec la bonne impulsion, reste à ne pas souffrir d’une erreur d’aiguillage aux conséquences sérieuses.

Rédigé par : La Rédaction

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COMMENTAIRES

  • “Ainsi, l’électricité bas carbone hérite d’un coefficient de 2,58 alors que les énergies fossiles (donc polluantes) n’ont qu’un coefficient de 1.”

    D’ailleurs un article a été déposé pour conserver ce coefficent coûte que coûte pendant la loi Energie et c’est un décret similaire qui a été adopté. Ce décret a été déposé d’abord anonymement puis il s’avérait que c’était Négawatt qui l’avait proposé… c’est à se demander pour qui roule Négawatt.

    Source : https://twitter.com/AStrochnis/status/1136260894571282433

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  • – 60% des Constructions individuelles d’habitation sont réalisées par les CMIISTES.
    – 100 % de l’enfumage Technologique diffusé aux public l’est par les CMIISTES : Conduit de fumée, Termites, Sismiques , Infiltromètrie, Sous traitant non qualifiés.
    -Ils ressemblent à une armée Mexicaine rongée par la concurrence à travers des luttes ,pieds à pieds, sur les “Moins-disance” financières.
    – Les conditions sociales qui prévalent dans le modèle économique , de chez ces gens là, maintiennent leurs “Sous-traitance” acculturées techniquement, en quasi servage.
    Par contre, leur poids sur les instances est si important qu’il ne faut compter, de leur plein gré, sur aucune avancée Technologique consentie.
    L’Autoconsommation, qui est pourtant actée législativement depuis quelques temps, n’a trouvé aucun écho chez eux….Pourquoi? Et si ce n’était que tout simplement la question posée jadis à Mr Tesla par le Banquier Lheman Brothers: “Mr Tesla ou mets-on le compteur dans votre système d”Energie Libre?” n’a toujours pas trouvé de réponse intéressante aux yeux du système.
    Que dans le Sud de la France on n’est pas recours au Chauffe-eau-Solaire est une aberration.
    Que l’on puisse revendre des maisons avec un DPE au dessus de C sans aucune obligation de travaux en est une autre.
    Qu’il n’existe aucune structure d’accompagnement des clients qui constatent que leurs consommations sont bien au dessus de ce qui avait été annoncé dans leur Etude Thermique RT 2012, qui, soit dit en passant,avait été rédigée en Coréen Médiéval en est une de plus…

    RE 2020 ne peut Etre que Coercitive , elle ne peut représenter le grand virage Écologique attendu que dans la contrainte , le contrôle et les sanctions exemplaires.

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