Pourquoi la COP25 aura-t-elle lieu au Chili et non au Brésil ?

Pourquoi la COP25 aura-t-elle lieu au Chili et non au Brésil ?

Moins d’une semaine avant le début de la COP24 (3-14 décembre 2018) en Pologne, le Brésil renonçait à organiser le Conférence suivante en 2019. Officiellement, ce sont les difficultés budgétaires qui contraignent les autorités brésiliennes à ce renoncement. Dans les faits, l’accession à la présidence d’un climatosceptique, Jair Bolsonaro, est un obstacle bien trop important pour espérer la moindre avancée. C’est donc le Chili qui hérite d’une COP25 difficile, où les pays climatosceptiques ne se cachent plus et pèsent fortement sur les négociations. Il y a urgence, mais une poignée d’Etats puissants risquent de paralyser l’ensemble de la planète.

Au Brésil, le poumon de la planète perd son souffle… 

Alors que les délégations du monde entier commençaient à arriver à Katowice (Pologne) afin de participer à la 24e Conférence sur les changements climatiques, le Brésil a jeté un froid en annonçant son retrait de l’organisation de la COP25. Le communiqué de presse signé du ministère brésilien des Affaires étrangères assure qu’« en raison de restrictions budgétaires (…) et du processus de transition avec la nouvelle administration qui prendra ses fonctions le 1er janvier 2019, le gouvernement brésilien s’est vu contraint de retirer son offre de recevoir la COP25 ». Le coup est dur pour un Brésil en grande difficulté économique. Pourtant, si les raisons économiques peuvent s’entendre, c’est bien l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro qui rebat entièrement les cartes.

Quelques heures après la publication de ce communiqué, le 28 novembre 2018, le président élu, Jair Bolsonaro, a tenu une conférence de presse qui ne laisse aucune équivoque : « J’ai demandé à notre futur ministre [des Affaires étrangères] d’éviter la tenue de cet événement au Brésil ». L’enthousiasme de l’actuel gouvernement n’est plus de mise et le revirement spectaculaire (le Brésil s’était proposé comme hôte début octobre) de Brasilia ajoute un pays à la liste des climatosceptiques.

Lors de cette même conférence de presse, Jair Bolsonaro a exprimé le fond de sa pensée : « la politique environnementale ne peut pas entraver le développement du Brésil. Nous voulons préserver l’environnement, mais pas de la manière dont cela est fait actuellement ». Cette déclaration fait craindre le pire, d’autant que le candidat Bolsonaro avait déjà menacé de sortir de l’Accord de Paris. Une sortie qui serait catastrophique pour un pays qui abrite 60 % de la forêt amazonienne – véritable poumon de la planète – et où la déforestation s’accélère.

Les climatoscepticisme, une position liée à des intérêts économiques

C’est donc le Chili qui a été désigné pour remplacer au pied levé un Brésil désormais récalcitrant. La COP25 aura lieu du 11 au 22 novembre 2019 à Santiago avec une pré-COP qui se déroulera au Costa Rica. L’ONU a trouvé un nouvel hôte, mais a perdu un grand Etat dans la bataille contre le réchauffement climatique. Le futur ministre brésilien des Affaires étrangères, Ernesto Araujo, dénonce « l’alarmisme climatique » dans une tribune publiée le 27 novembre 2018 dans le quotidien Gazeta do Povo. Le tir de barrage contre la COP25 et l’Accord de Paris est donc nourri et porté par un homme qui ne cache pas son admiration pour un autre grand climatosceptique, Donald Trump.

Le président américain est la tête de gondole des hommes politiques climatosceptiques, qui souhaitent se retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris. Une position controversée, puisque le chef d’Etat estime que le « réchauffement climatique a été créé par et pour les Chinois afin de rendre l’industrie américaine non compétitive ». Des propos démentis par les faits, mais qui illustrent une fois encore que le climatoscepticisme qui règne dans certains pays est fortement lié à des intérêts strictement économiques.

La diplomatie climatique, une nouvelle mission impossible ?

Les Etats-Unis sont donc rejoints par le Brésil et forment l’avant-garde d’un petit groupe puissant qui a montré son peu d’enthousiasme à trouver des solutions internationales à un problème global. La COP24 qui s’est achevée mi-décembre à Katowice a démontré que des Etats aussi influents que la Russie, l’Arabie Saoudite et le Koweït pesaient fortement pour arriver au mieux à un compromis minimaliste. Ainsi, ces trois pays ont bloqué les autres Etats dans leur volonté d’« accueillir favorablement » le dernier apport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur les évolutions du climat (GIEC). Ce document montre pourtant que la menace se précise et même s’accélère. A cela s’ajoute un pays hôte, la Pologne, qui n’a pas fait preuve d’une volonté farouche de parvenir à un accord plus ambitieux. C’est donc l’ensemble de la COP24 qui a laissé un goût amer à de nombreux participants.

Malgré l’urgence grandissante, la COP25 qui se déroulera au Chili risque d’être encore entravée par des pays climatosceptiques à l’agenda économique (et très pétrolier) chargé. La perspective d’un fiasco fait déjà son chemin et les prochains mois seront décisifs pour entamer de la manière la plus sereine possible des négociations de plus en plus difficiles à mesure qu’elles mêlent les enjeux politiques, techniques et économiques. Alors que la France se prépare à accueillir le prochain G7, celle-ci peut encore compter sur des alliés de taille… Pour préserver l’Accord de Paris, elle devra notamment s’appuyer sur la Chine et le Canada… Toutefois, pour réussir sa mission quasi-impossible, elle devra aussi soutenir les géants de demain dans leurs efforts, à l’instar de l’Indonésie ou de l’Afrique du Sud.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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