CIGéO, les raisons de la sûreté du stockage géologique

Cigéo, les raisons de la sûreté du stockage géologique

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Les travaux sur le site de Cigéo ont commencé à l’an 2000, avec l’installation d’un laboratoire sous-terrain dans le Grand Est, qui “constitue un atout scientifique exceptionnel pour l’Andra”. Dès l’origine, la conception d’un Centre Industriel de stockage GÉOlogique (CIGéO) a été confiée à l’Agence Nationale de Déchets RadioActifs (ANDRA), qui peut désormais réaliser des mesures et des expérimentations in situ. Pour observer l’avancée du chantier et des recherches, L’Energeek s’est rendu dans les galeries creusées en vue de contenir les déchets hautement radioactifs…

Stockage géologique : objectif confinement et stabilité 

Dans un hameau aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne, la France a décidé d’installer son centre de stockage géologique pour les déchets radioactifs de Haute Activité (HA) et de Moyenne Activité à Vie Longue (MA-VL). La dangerosité de ces déchets HA va se prolonger sur plusieurs centaines de milliers d’années. Pour sélectionner l’emplacement adéquat, des investigations ont été menées avant même le passage au deuxième millénaire, en 1994. Le choix s’est porté sur une couche sédimentaire argileuse : les argilites du Callovo-Oxfordien. Cette zone a été retenue d’abord en raison de sa très faible perméabilité et de ses fortes capacités de rétention chimique des éléments.

La localisation est l’autre avantage du site, en effet Cigéo ne se trouve pas dans une zone de subduction. Autrement dit, le centre de stockage n’est pas exposé à la tectonique des plaques de la lithosphère. Dans ces conditions, les 85 000 m3 de déchets devraient pouvoir être stockés à 490 mètres sous terre, de manière sûre et pérenne, car l’emplacement est stable depuis plus d’une centaine de millions d’années. Par ailleurs, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) ainsi que le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) ont aussi vérifié d’autres paramètres de la zone, comme les ressources géothermiques disponibles.

On estime aujourd’hui qu’environ 30% des déchets HA sont déjà produits, tout comme 60% des déchets MA-VL. D’après le directeur du cycle du combustible nucléaire au CEA, Bernard Boullis, “la séparation-transmutation est un axe de recherche réaliste, qui pourrait se traduire industriellement dans la deuxième moitié du siècle”. D’ici là, Cigéo a justement été dimensionné afin d’accueillir la totalité des déchets ultimes générés par les installations en cours d’exploitation, de construction ou de démantèlement sur le territoire national.

Lire aussi – L’Andra ajoute une phase d’expérimentation au projet Cigéo

Cigéo : une fourmilière humaine adepte du machinisme

Pour se rendre dans le laboratoire sous-terrain, où travaillent de concert les agents de l’ANDRA et les sociétés prestataires (Eiffage, Vinci…),  il faut emprunter un ascenseur qui nous rapproche un peu du centre la Terre [NDLR : le diamètre de la Terre est d’environ 12 742km]. Pour effectuer le creusement des galeries qui s’étendent aujourd’hui sur plus de 1 600 mètres, ingénieurs et techniciens passent 8 heures à travailler la roche, avec des outils qui nous plongent parfois dans l’univers de Stargate. Ainsi, un tunnelier de 180 tonnes et 17 mètres de longueur est capable de balayer tout le front de taille sur plus de 7 m de diamètre. Après les opérations de creusement, un soutènement par voussoirs est alors progressivement déployé avec l’avancée du tunnelier qui possède une force de poussée de 1470 tonnes.

Des mesures de sécurité visent parallèlement à réduire au maximum les risques rencontrés par les experts des profondeurs, sur un chantier qui selon le chef du service de géo-mécanique à l’Andra, Gilles Armand, est loin d’être “un simple ouvrage de génie civil”. On trouve par exemple plusieurs chambres de refuge à différents endroits du laboratoire, tandis que plus de 9000 capteurs sont déployés au sein de l’installation et que les déplacements dans les allées s’effectuent grâce à une signalétique spécifique.

Dans son calendrier prévisionnel initial, l’ANDRA envisage le démarrage de l’exploitation courante en 2035 et la fermeture définitive du stockage en 2150. Le directeur du Centre de Meuse Haute-Marne, David Mazoyer, se félicite du “bon avancement industriel du projet, qui entre en phase d’avant-projet détaillé”. Et si le dossier d’option de sûreté examiné par l’ASN et l’IRSN montre que d’importantes optimisations ont déjà été réalisées, plusieurs paramètres devront encore être vérifiés avant que la demande d’autorisation de création ne soit instruite en 2019.

Stockage géologique : une solution de référence au niveau mondial

Qui plus est, l’énergie nucléaire démontre l’utilité de la coopération internationale contemporaine. Les échanges scientifiques, mais aussi les partages d’expérience ponctuent les recherches de la communauté scientifique internationale, en particulier sur la problématique de l’enfouissement des déchets radioactifs. En effet, il faut savoir que “les pays utilisant l’énergie électronucléaire retiennent tous le stockage profond pour une gestion définitive et sûre à très long terme de leurs déchets les plus radioactifs”. De surcroît, cette option a été confirmée par la directive européenne 2011/70/Euratom, établissant un cadre communautaire pour la gestion responsable et sûre du combustible usé et des déchets radioactifs.

Néanmoins, plusieurs alternatives ont été privilégiées en fonction des pays à travers le monde. Grâce à la particularité de la filière nucléaire française, le site de Cigéo fait d’ailleurs figure de référence internationale. A ce titre, il est régulièrement visité aussi bien par des industriels, que des autorités gouvernementales ou des membres de la société civile. Réciproquement, il bénéficie des analyses des meilleurs spécialistes de l’Agence Internationale de l’Énergie Nucléaire (AIEN), à l’instar de celle du directeur de la régulation des déchets et matières radioactives à l’Autorité de sûreté nucléaire finlandaise STUK, Jussi Heinonen.

Découvrez, en images, l’intérieur du site Cigéo :

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

    • Absolument pas un procès à charge (je n’ai pas une âme de procureur ou de bourreau ! juste de scientifique qui aime bien la vérité), mais au contraire un service rendu avec une prise de position contrariante lorsque l’on a tendance à oublier, alors que l’on ne maîtrise pas tous les éléments, les dangers et problèmes du nucléaire et leurs conséquences, en particulier de la génération 3 toujours en cours, et un souhait que cette industrie oriente plus largement et rapidement ses activités, comme elle le fait entre autres avec d’excellents projets vers le stockage au travers du CEA par exemple, le démantèlement, les renouvelables, l’efficacité énergétique (changement qui leur réussit beaucoup mieux et leur ouvre des marchés et succès et un renouveau pour les gens impliqués plutôt que des échecs, CEA Tech, EDF EN etc en sont de très bon exemples positifs parmi d’autres et dans le cadre de l’Union européenne de l’énergie notamment où les coopérations permettent des avancées plus rapides), voire si c’est viable économiquement (ca va être dur) et efficient, vers l’utilisation des déchets nucléaires plutôt que leur enfouissement, dont personne ne peut garantir la sécurité définitive, pour des centaines de milliers d’années.

      Je suis aussi critique envers les renouvelables quand c’est nécessaire mais elles sont nettement moins risquées et ont un potentiel d’améliorations. La preuve dans mes échanges avec par exemple Frédéric Douard sur la biomasse, entre autres. Je trouve que les échanges argumentés, objectifs et non extrêmistes sont toujours utiles.

      https://www.bioenergie-promotion.fr/53171/le-developpement-des-bioenergies-en-france-va-devoir-tres-vite-sintensifier/

      Chaque énergie a ses problèmes et il n’y a pas lieu d’en faire de la pub mais de les souligner quand ils ont des conséquences qui peuvent êtres lourdes et que l’on a du mal à trouver les solutions pour les régler.

      Ce n’est pas en se voilant la face que l’on traite le mieux les problèmes et c’est un peu ce qu’a tenté de faire le secteur nucléaire depuis trop d’années, çà ne me semble pas la bonne méthode, les gens ne sont pas idiots et peuvent mieux s’informer à présent.

      Vous ne me verrez jamais être extrêmiste à l’égard de ce secteur mais j’ai beau passer en revue tous les paramètres, études etc je ne vois pas vraiment d’avenir pour les EPR et une étude récente de Toulouse School of Economics sur l’économie d’Hinkley Point notamment ne fait encore que dire tout haut ce que tout le monde savait mais se taisait pour ne pas encore trop accabler un peu plus un mastodonte qui a du mal à faire face aux rapides évolutions en cours.

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  • Tant d’énergie, tant d’argent dépensés tout cela pour des déchets. De toute évidence, il convient de sortir au plus tôt du nucléaire en privilégiant d’autres solutions.

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      • Regardons vers le futur ce qui est prometteur et qui est en train de faire ses preuves, sortons de ce nucléaire qui en cas, fort possible d’accident majeur, mettrait la France à genoux. Le nucléaire est fondé sur un mensonge d’Etat, tout est gravement minoré, que ce soient les coûts, les risques et les pollutions.

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