La Méditerranée orientale, une nouvelle alternative au gaz russe en Europe ? La Méditerranée orientale, une nouvelle alternative au gaz russe en Europe ?

La Méditerranée orientale, une nouvelle alternative au gaz russe en Europe ?

Réunis à Tel-Aviv lundi 3 avril 2017, les ministres de l’Energie israélien, italien, grec et chypriote ainsi que le commissaire européen pour l’action sur le climat et l’énergie, Miguel Arias Canete, ont réaffirmé leur ambition commune de mettre en place un gazoduc sous-marin permettant de relier la Méditerranée orientale au sud de l’Europe. Un projet d’autant plus d’actualité qu’il permettrait, suite à la découverte d’importantes réserves d’hydrocarbures dans cette région, de libérer en partie l’Union européenne de sa forte dépendance au gaz russe.

Une dépendance problématique au gaz russe

Au-delà d’une crise diplomatique sans précédent entre l’Europe et la Russie depuis la fin de la guerre froide, l’annexion de la Crimée par la Russie et le conflit ukrainien qui en a résulté, ont redistribué les cartes de l’approvisionnement énergétique en Europe. Les sanctions économiques imposées à la Russie (prolongées une nouvelle fois jusqu’à la fin du mois de juillet prochain) sont incompatibles à plus long terme avec la poursuite des importations de gaz naturel russe, et l’UE recherche donc de nouvelles sources d’approvisionnement. Un défi d’autant plus difficile à relever que les importations de gaz russe couvrent à l’heure actuelle près du tiers de la consommation européenne et n’ont pas réellement diminué depuis 2014. « La part du gaz de Gazprom en Europe augmente progressivement et a presque atteint le tiers de la consommation européenne en 2016« , souligne le géant russe dans son magazine Blue Fuel. L’année dernière, Gazprom a en effet vendu une quantité record à l’Europe et à la Turquie de 180 milliards de mètres cubes, en hausse de 12% par rapport à 2015.

Lire aussi : Gazoduc Nord Stream 2 : Gazprom en passe de trouver un accord avec l’Union européenne ?

Cette évolution s’explique notamment par les importantes livraisons effectuées en fin d’année, et devrait s’accentuer dans les années à venir si rien n’est fait. Face à la baisse de leur propre production, les pays européens pourraient être contraints d’importer 100 milliards de mètres cubes de gaz en plus par an d’ici 2025, et 150 milliards d’ici 2035, selon les prévisions du groupe russe. En se posant comme « le seul fournisseur capable de mettre de manière sûre des volumes supplémentaires à ses clients en Europe« , ce dernier espère bien profiter de cette dépendance à long terme, quand bien même Bruxelles ou certains pays membres continueraient à s’opposer aux deux nouveaux projets de gazoducs envisagés par la Russie : Nord Stream 2, qui doit doubler les capacités opérationnelles vers l’Allemagne via la mer Baltique, et Turk-Stream qui entend faire de la Turquie un nouveau pays de transit.

Le gazoduc marin le plus long du monde

L’Union européenne, qui voit d’un mauvais œil la Baltique concentrer 80% des importations russes, au détriment des règles de concurrence, et s’inquiète de la dimension politique d’un éventuel gazoduc passant par la Turquie, souhaiterait profiter de son côté, des importantes réserves découvertes en Méditerranée ces dernières années pour réduire la dépendance du continent à l’égard de l’énergie russe. L’Italie, Israël, la Grèce et Chypre se sont engagés pour cela, dans le cadre d’une rencontre organisée lundi à Tel-Aviv, à faire avancer le projet de gazoduc sous-marin reliant la Méditerranée orientale au sud de l’Europe.

Considéré comme le plus long et le plus profond gazoduc sous-marin du monde, cette installation nécessitera un budget global de 6,2 milliards de dollars (5,8 milliards d’euros), mais contribuera à limiter la dépendance à l’égard du pipeline Nord Stream via la Russie, au profit du gaz issu des gisements aux larges des côtes chypriotes et israéliennes. « Le flux nord est un pipeline (qui) n’ajoute rien à la sécurité d’approvisionnement » et « Chypre et Israël sont des fournisseurs très fiables« , explique Miguel Arias Canete. Les réserves de gaz et de pétrole dans la région sont potentiellement considérables. Le petit Etat du Proche-Orient a mis au jour jusqu’à présent plus de 900 milliards de mètres cubes de gaz naturel et les nouvelles réserves découvertes pourraient atteindre près 2.200 milliards de mètres cubes, et 6,6 millions de barils de brut. D’autres gisements de gaz ont également été découverts au large de Chypre, et l’île méditerranéenne a d’ores et déjà autorisé des compagnies d’hydrocarbures à mener des explorations supplémentaires.

Les études de faisabilité de ce nouveau pipeline ont été achevées, mais le développement du projet ne devrait pas commencer avant plusieurs années, pour une mise en service possible dans le meilleur des cas aux alentours de 2025. Malgré ces bonnes volontés politiques, les conditions techniques extrêmes pourraient entraver sa réalisation, et empêchent pour l’instant toutes certitudes quant au succès de l’opération et à sa rentabilité. Comme l’explique Amit Mor, directeur de l’entreprise israélienne de conseil EcoEnergy, « une profondeur (du gazoduc) de trois kilomètres serait sans précédent » et impliquerait d’importants coûts d’infrastructures rendant eux-mêmes « très difficile » la concurrence avec les prix du gaz russe.

D’autres alternatives d’approvisionnement pour l’Europe

Outre ce projet de gazoduc marin, Israël travaille actuellement sur toutes les voies possibles pour atteindre l’Europe, et l’option turque semble également privilégiée au regard de son faible coût. Du point de vue d’Israël, acheminer du gaz vers l’Europe à travers la Turquie serait en effet le chemin le plus rentable, et les deux pays ont entamé fin 2016 des pourparlers relatifs à la construction d’un nouveau gazoduc reliant Israël et la Turquie. « Les deux pays ont décidé d’entamer immédiatement un dialogue (…) dans le but d’examiner la possibilité et la faisabilité d’un tel projet (qui) pourrait nous permettre d’acheminer du gaz naturel d’Israël vers la Turquie, et à travers la Turquie vers l’Europe« , expliquait alors le ministre israélien de l’Energie Yuval Steinitz.

Lire aussi : Total remporte un nouveau contrat pour l’exploration de gaz offshore à Chypre

Très prometteur, le gaz méditerranéen n’est toutefois pas la seule option pour l’Union européenne qui pourrait bénéficier en parallèle du rapprochement opéré entre le Nigéria et le Maroc dans le cadre d’un projet de gazoduc vers l’Europe. Ces deux partenaires ont signé début décembre 2016, à l’occasion d’une visite du roi Mohammed VI, un accord de coopération pour la mise en œuvre d’un projet d’extension du gazoduc traversant l’Afrique de l’Ouest pour rejoindre le Vieux continent. Le projet prévoit dans un premier temps de prolonger le grand gazoduc d’Afrique de l’Ouest reliant les zones gazières du sud du Nigeria aux marchés consommateurs d’énergie de la côte ouest-africaine (Bénin, Togo, Ghana) en activité depuis 2010. Un tel projet permettra à terme au Nigéria, dont le potentiel gazier est considérable (premières réserves prouvées en gaz naturel d’Afrique et septièmes réserves mondiales), d’atteindre le marché européen et d’offrir là aussi une nouvelle alternative à l’UE.

Crédits photo : Gasunie

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
mer 23 Juil 2014
Le gouvernement cubain a fait état au début de mois de juillet de ses nouvelles ambitions en matière énergétique et s'il est bien envisagé de rénover le parc thermique existant afin d'optimiser la production d'électricité et de diminuer le coût…
mer 10 Mai 2017
A seulement quelques jours du prochain sommet de l'Opep organisé le 25 mai 2017, les deux principaux producteurs de pétrole au monde, la Russie et l'Arabie Saoudite, se sont déclarés lundi 8 mai, favorables à une extension de l'accord de…
jeu 18 Déc 2014
Dans son rapport annuel sur le marché du charbon, publié lundi 15 décembre, l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) estime que la demande mondiale de cette ressource fossile polluante va continuer d'augmenter jusqu'en 2019. Une consommation notamment tirée vers le haut…
mer 15 Fév 2017
Si les émissions de CO2 du secteur aérien n'entrent pas dans l'accord de Paris (COP21), les compagnies aériennes doivent cependant faire leur part du chemin pour contenir les gaz à effet de serre. Les biocarburants alternatifs durables ont dans ce…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *