Des ouvriers creusent pour une autoroute et mettent au jour des centaines de pièces d’or enfouies depuis des siècles : « ça n’aurait jamais été trouvé »

22 000 objets, des pièces d’or frappées sur place, aucune trace de guerre… et pourtant cette cité celtique a disparu du jour au lendemain. Une autoroute vient de percer 2 000 ans de mystère.

Publié le
Lecture : 3 min
Des ouvriers creusent pour une autoroute et mettent au jour des centaines de pièces d’or enfouies depuis des siècles : « ça n’aurait jamais été trouvé »
Des ouvriers creusent pour une autoroute et mettent au jour des centaines de pièces d’or enfouies depuis des siècles : « ça n’aurait jamais été trouvé » © L'EnerGeek

Des sondages archéologiques préliminaires à la construction de l’autoroute D35, en République tchèque, ont mis au jour une cité celtique intacte, vieille de plus de 2 000 ans. Le site correspond à une ville commerçante de l’âge du fer, en Bohême, restée invisible jusqu’à ce que les travaux routiers ne percent le sol qui la recouvrait.

« Si l’autoroute n’avait pas été construite, cet établissement n’aurait pas été trouvé », a expliqué l’archéologue Matouš Holas, qui a dirigé les fouilles, lors d’un entretien. Une formule qui résume à elle seule le hasard de la découverte : sans le chantier, la cité aurait continué de dormir sous les champs de Bohême.

Un site plus vaste que la norme régionale

L’agglomération s’étend sur 25 hectares, soit environ 4 500 places de parking. Les établissements de l’âge du fer recensés d’ordinaire dans la région dépassent rarement 0,81 hectare, ce qui donne la mesure de l’ampleur inhabituelle du site. Il s’agit de l’un des plus vastes sites celtiques jamais trouvés dans la région, situé près de la ville de Hradec Králové, dans le nord-est de la Bohême.

Aucune trace de fortifications n’a été retrouvée. Plus étonnant encore pour une agglomération de cette période : aucun signe de destruction violente n’a été identifié. Ni fosses communes, ni couches brûlées, ni caches d’armes. Tout indique une communauté tournée vers l’échange plutôt que la guerre.

Les fouilles intensives ont duré près de deux ans et ont permis de remplir plus de 13 000 sacs de matériel. Plus de 22 000 objets archéologiques ont été recensés au total, un volume qui a saturé les laboratoires chargés de leur restauration.

Des pièces d’or frappées directement sur place

Parmi les découvertes, des centaines de monnaies en or et en argent, inspirées des modèles monétaires de la même époque. La présence de moules de frappe prouve que ces pièces étaient fabriquées sur le site même, et non importées.

Plus de 1 000 bijoux ont également été mis au jour : fibules, perles de verre, perles d’ambre baltique. Cet ambre venu de la mer Baltique atteste d’échanges commerciaux sur de longues distances, le site occupant une position de nœud sur la route de l’Ambre, qui reliait alors la mer Baltique à la Méditerranée.

S’y ajoutent des fragments de miroirs, des récipients métalliques, des céramiques soignées et des outils de production. L’ensemble montre que le lieu n’était pas qu’un point d’échange : c’était aussi un centre de production locale, en particulier de céramiques de luxe.

Ces vestiges appartiennent à la culture de La Tène, associée aux Celtes de l’âge du fer et datée entre le IIIe et le Ier siècle avant J.-C., une culture réputée pour sa métallurgie avancée et son style artistique reconnaissable. Pour Tomáš Mangel, professeur d’archéologie à l’université de Hradec Králové, le site était un centre commercial et de production supra-régional, connecté à des routes commerciales de longue distance.

Dans une déclaration accordée au média en ligne Live Science, il ajoute : « Ce site nous permet de mieux comprendre comment ces établissements étaient organisés entre le IIIe et le Ier siècle avant J.-C. »

Malgré la richesse des trouvailles, aucune inscription, aucun espace funéraire, aucun marqueur tribal tangible n’a été découvert. Cette absence complique l’attribution directe du site aux Boïens, le peuple celtique traditionnellement associé à la région.

Maciej Karwowski, archéologue à l’université de Vienne, estime que ce lien reste ancré dans la tradition mais qu’il n’est pas encore appuyé par des preuves archéologiques concrètes. Les pièces récupérées sont désormais étudiées par des chercheurs de l’université de Hradec Králové.

Les analyses stratigraphiques montrent par ailleurs que cette agglomération commerçante s’est éteinte brusquement au cours du Ier siècle avant notre ère. La population a abandonné habitations et ateliers, laissant derrière elle une partie de ses trésors enfouis sous le plancher des maisons.

Aucune trace de cendres, d’incendie généralisé ou d’attaque militaire n’a été retrouvée, ce qui pousse à envisager un départ volontaire, coïncidant avec la montée des tensions liées à la poussée des tribus germaniques venues du nord.

Les objets en or doivent subir une décontamination chimique douce avant d’être exposés au musée de la Bohême orientale.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.