Le programme Janus de l’armée américaine, doté de 2,2 milliards de dollars, marque une avancée technologique majeure dans le nucléaire mondial. Parmi les cinq entreprises sélectionnées en août 2026, trois technologies de microréacteurs se démarquent : le Kaleidos de Radiant Industries, l’eVinci de Westinghouse et le BANR de BWXT Advanced Technologies. Ces réacteurs modulaires promettent jusqu’à 20 mégawatts par unité, une transportabilité inédite et un déploiement rapide dès septembre 2028.
Les trois technologies en concurrence : caractéristiques et spécifications
Radiant Kaleidos : 15 réacteurs de 1 MWe d’ici 2030
Radiant Industries a obtenu le contrat le plus important du programme Janus, d’une valeur de 750 millions de dollars, pour déployer 15 microréacteurs Kaleidos de 1 mégawatt électrique à Fort Benning en Géorgie. Ces réacteurs utilisent la technologie de combustible TRISO, réputée pour sa résistance et sa sécurité. Le 20 août 2026, Radiant a signé un accord avec Standard Nuclear pour assurer l’approvisionnement en combustible jusqu’en 2031. L’objectif est de compléter les 15 réacteurs avant 2030, avec une vision commerciale visant les centres de données et autres clients industriels.
Westinghouse eVinci : petite taille, haute densité énergétique
Le microréacteur eVinci de Westinghouse sera installé à Fort Drum, New York. Conçu avec un caloporteur métallique et un réflecteur neutronique mobile, l’eVinci se distingue par sa compacité et sa capacité à fonctionner sans rechargement pendant plusieurs années. Selon Westinghouse, il offre une production électrique et une fourniture de chaleur industrielle, accroissant ainsi la flexibilité énergétique. Sa conception modulaire permet un assemblage en usine et un transport facile, réduisant les délais de construction.
BWXT Advanced Reactor (BANR) : conception et performances
BWXT Advanced Technologies déploiera son réacteur BANR à Fort Campbell, Kentucky. Avec une expérience solide dans la propulsion navale nucléaire, BWXT propose un design refroidi à l’eau légère, utilisé dans les sous-marins et porte-avions américains. Le BANR intègre des systèmes de sécurité passive, arrêtant automatiquement la réaction en chaîne en cas de défaillance. Cette approche mise sur la fiabilité opérationnelle à long terme, essentielle pour les installations militaires permanentes.
Autres fournisseurs : Antares Nuclear et General Atomics
Antares Nuclear sera présent à Fort Bragg, Caroline du Nord, et General Atomics à Fort Hood, Texas. Bien que leurs réacteurs soient moins documentés publiquement, ces entreprises enrichissent l’écosystème industriel. Jeff Waksman, secrétaire adjoint principal de l’armée pour les installations et l’énergie, explique que l’objectif est de passer des expérimentations à des produits commerciaux réels.
Puissance, transportabilité et flexibilité : les atouts techniques
Jusqu’à 20 mégawatts par réacteur : implications pour les bases militaires
Chaque microréacteur du programme Janus offre jusqu’à 20 mégawatts, suffisant pour alimenter entre 10 000 et 15 000 foyers. Pour une base militaire, cela signifie une autonomie énergétique, éliminant la dépendance aux réseaux civils. Dan Driscoll, secrétaire de l’armée, souligne l’importance de cette résilience énergétique dans un contexte de cybermenaces croissantes.
Modularité et déploiement rapide : avantages par rapport aux réacteurs classiques
Contrairement aux réacteurs conventionnels, qui nécessitent une décennie de construction avec des budgets souvent dépassés, les microréacteurs promettent un déploiement en 18 à 24 mois. Leur fabrication modulaire en usine et leur transport facile permettent une installation rapide. Aux États-Unis, seuls deux réacteurs de grande taille ont été construits en 50 ans, tous deux avec des dépassements budgétaires significatifs. Cette modularité permet aussi d’optimiser la consommation électrique en ajustant progressivement la capacité installée.
Sécurité nucléaire et gestion des déchets radioactifs
Protocoles de sécurité : régulation par l’armée vs Commission de régulation nucléaire
Un aspect notable du programme Janus est que les microréacteurs militaires seront régulés par l’armée, et non par la Nuclear Regulatory Commission. Cette autonomie, validée par décret présidentiel en mai 2025, accélère les autorisations mais soulève des questions sur la transparence des normes de sécurité. Les protocoles militaires incluent néanmoins des standards équivalents ou supérieurs aux exigences civiles.
La gestion des déchets radioactifs est cruciale. Selon les annonces officielles, l’armée collaborera avec le Department of Energy pour traiter ces déchets, excluant le stockage à long terme sur les bases. Les combustibles usés seront envoyés vers des installations fédérales spécialisées. Pour les réacteurs TRISO comme le Kaleidos, le volume de déchets est limité grâce à un taux de combustion élevé, bien que l’absence de solution pérenne pour le stockage géologique reste un défi.






