L’énergie en Afrique, grande oubliée du plan Net Zéro 2050 de l'AIE - L'EnerGeek

L’énergie en Afrique, grande oubliée du plan Net Zéro 2050 de l’AIE

L’énergie en Afrique, grande oubliée du plan Net Zéro 2050 de l'AIE

L’AIE vient de publier la feuille de route de son plan Net Zéro 2050 mais la question de l’énergie en Afrique est la grande absente des recommandations de l’Agence. La feuille de route doit servir à accompagner les décideurs politiques pour atteindre la neutralité carbone. Gel des investissements dans les énergies fossiles, développement des énergies vertes, déconsommation énergétique… Autant de sujets pertinents pour les pays développés. Mais ils sont loin de répondre aux problèmes africains. Alors que l’Afrique se bat pout le simple accès à l’énergie, le plan défendu par l’AIE semble bien loin de la réalité du continent.

Energie en Afrique : l’AIE oublie le défi de l’électrification

“La transition énergétique mondiale doit être inclusive, équitable et juste. Malheureusement, la feuille de route établie par l’AIE ne répond à aucune de ces exigences.” Le ton est donné. Jeudi 27 mai, la Chambre de l’Energie Africaine n’a pas manqué de réagir au plan Net Zéro présenté par l’AIE dans un communiqué on ne peut plus critique. En cause ? Le groupement des professionnels du secteur africain de l’énergie constatent un plan inadapté aux pays en développement. Pire : certaines recommandations de l’AIE pour l’énergie de 2050 vont à l’encontre des intérêts de l’Afrique. Elles oublient un peu vite les contraintes de la région.

Le plan de l’AIE repose en partie sur le fait que, d’ici 2030, la majeure partie de la population mondiale aura accès à des alternatives propres pour leur consommation énergétique. Mais en Afrique, l’heure n’est pas au choix : la priorité, c’est l’électrification. Le continent doit en premier lieu lutter contre la pauvreté énergétique. Encore 592 millions d’habitants n’ont pas accès à l’électricité sur le continent. Même l’Afrique du Sud, pays le plus développé du continent, est confronté à une situation électrique inextricable avec un réseau vieillissant et instable. Dans ce pays comme sur le reste du continent, il semble improbable que la situation évolue drastiquement dans les dix prochaines années.

Les nations africaines se sentent d’autant plus oubliées du projet de transition énergétique global qu’elles comptent parmi les pays les moins pollueurs au monde. Pour l’année 2020, le continent africain a émis sept fois moins de CO2 que la Chine à elle seule. Elles craignent également qu’un cadre énergétique de plus en plus contraignant ne freine encore leur développement industriel et économique.

Qui pour investir dans les énergies renouvelables en Afrique ?

A l’heure actuelle, le continent africain fait preuve d’un dynamisme inégal en matière de développement énergétique. A l’instar des disparités constatées au sein de l’Europe, tous les pays africains n’ont pas les mêmes priorités en matière de transition énergétique. Toutefois, les gouvernements sont largement mobilisés en faveur du développement de l’autonomie énergétique du continent. Et plusieurs pays investissent dans le domaine des énergies vertes. C’est notamment le cas du Maroc, qui développe sa production d’énergie solaire depuis plusieurs années maintenant.

D’après la feuille de route de l’AIE, la transition énergétique a avant tout besoin de plus d’investissements pour atteindre la neutralité carbone. L’AIE recommande de multiplier par cinq les investissements mondiaux pour développer les énergies vertes. Le budget total passerait donc de 1 000 milliards de dollars à 5 000. Mais là encore, les pays africains sont sceptiques quant à la capacité de financement de leur continent.

L’Afrique a du mal à capter les financements internationaux pour soutenir des projets liés aux énergies renouvelables. Les partenaires commerciaux qui s’intéressent à l’énergie en Afrique sont principalement présents pour les ressources fossiles : pétrole et gaz. Or, ces ressources fossiles sont aussi le principal levier de financement pour les états africains. Des leviers que le plan de l’AIE, qui prône un gel des investissements dans les énergies carbone, ne prend pas en compte. Comme le souligne la Chambre de l’Energie Africaine : “L’industrie pétrolière est la principale source de revenus de nombreuses nations africaines. Sans la poursuite de la production pétrolière […] leurs économies souffriront.”

L’ombre de la Chine plane sur le pétrole africain

L’avenir de l’économie fossile inquiète d’ailleurs particulièrement les pays africains. Le continent, dont les réserves fossiles sont importantes, attise l’intérêt de la Chine, dont les besoins énergétiques croissent chaque année. Cet intérêt se manifeste par la multiplication des investissements chinois dans des projets pétroliers sur plusieurs territoires africains : Angola, Guinée équatoriale, Nigéria, République Démocratique du Congo et Soudan. Dès 2008, un rapport du CAIRN constatait une relation de forte dépendance en train de s’installer entre la Chine et l’Afrique. “L’une des caractéristiques principales de la relation Chine-Afrique est la place prépondérante du commerce de matières premières africaines pour alimenter l’expansion économique chinoise.” Mais cette attention chinoise n’est pas nécessairement confortable pour les pays africains.

De fait, depuis dix ans, les investissements chinois dans le pétrole africain sont à la hausse. La Chine investit désormais dans une vingtaine de pays africains pour développer ses importations de pétrole. La Chambre de l’Energie Africaine constate que, dans les années à venir, “les gouvernements africains n’auront guère d’autre choix que de s’associer à la Chine”. Le rapport de la CEA va plus loin : “Dans ce scénario, la Chine deviendra l’entité la plus influente dans l’industrie pétrolière et gazière africaine. Et donner à la Chine un tel monopole est un jeu dangereux.”

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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