Frantz Ebadere : "Le véhicule électrique est la clé de voûte des Smart grids dans les Zones non interconnectées"

Frantz Ebadere : “Le véhicule électrique est la clé de voûte des Smart grids dans les Zones non interconnectées”

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Développer la mobilité décarbonée en combinant les véhicules électriques au photovoltaïque et aux Smart grids, telle est l’ambition de la société antillaise Green Technologie. Eclairage de Frantz Ebadere, fondateur et gérant de la start-up, pour qui la Transition énergétique est un pilier fondamental de développement des îles de la Caraïbe, son marché naturel.

  • En Martinique, 60% de la consommation énergétique totale provient des transports… Quels sont les enjeux de la mobilité électrique en zones insulaires en général ?

Les zones insulaires sont des territoires avec des modalités économiques très peu industrielles où la consommation énergétique dépend essentiellement du fioul et du pétrole. De ce fait, le ratio de la mobilité est plus important que dans les pays industriels. Dans les îles, face au très fort taux de production électrique et une mobilité d’origine fossile, l’enjeu est donc de passer à une mobilité décarbonée.

Autre constat : le réseau dans nos Zones non interconnectées (ZNI) est très fragile car non connecté à la métropole. Par conséquent, il ne peut accommoder que très peu de véhicules électriques en recharge. Il faut savoir que la plus grosse souscription électrique de la Martinique est l’aéroport, avec environ 2MW. Ce qui correspond à 100 voitures Zoé en charge, sur les 200 000 véhicules qui circulent. A partir du moment où nous arriverons à 4 ou 5% de véhicules électriques, nous serons déjà en zone orange de potentiel blackout pour le réseau. La situation est similaire dans toutes les îles.

  • Un plein d’essence coûte environ 75 euros… La solution que vous proposez, avec un plein optimal équivalent de recharge solaire coûte environ 25 euros. Quel est en Martinique et en Guadeloupe le taux d’équipement ?

Nous avons une dizaine de centrales installées sur plusieurs territoires du bassin caribéen. Notre marché est essentiellement concentré sur le Véhicule électrique (VE), marché en retard par rapport à la métropole. Ceci pour plusieurs raisons. Premièrement parce que les efforts pour pouvoir déployer des véhicules électriques et les maintenir constituent un investissement conséquent pour les concessionnaires qui, parfois peinent ou tardent à le réaliser. Ensuite parce que les freins psychologiques demeurent, même quand ils n’ont plus de fondement technique puisque les VE sont plus performants en côte que les Véhicules thermiques (VT) et que leur autonomie (200 – 300 voire 450 km) permet d’effectuer un ou plusieurs tours des îles !

De fait, aujourd’hui, des marques comme Renault-Nissan se sont lancées. Le marché du véhicule électrique démarre. Et ce, sous l’impulsion des nombreux effets d’annonce internationaux. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’il explose…

  • Quels sont les nouveaux projets ? Où en est-on avec votre projet GREEN DRIVE ?

Pour nous, le véhicule électrique est la clé de voûte des Smart grids dans les Zones non interconnectées. Car l’enjeu principal de ces ZNI est le maintien du précaire Equilibre Offre Demande (EOD) du réseau en parallèle de l’installation d’un taux de plus en plus élevé d’énergies intermittentes. Et la meilleure façon de faire c’est de mettre en place des batteries. Dans ce cadre, la solution GREEN DRIVE de Green Technologie, déjà opérationnelle depuis 2017, allie la recharge solaire de VE avec le pilotage Smart grid de toutes les bornes de façon centralisée à partir d’un serveur EDF qui régule ou libère la puissance de recharge en fonction de la tension du réseau.

En parallèle, notre réseau de bornes public, KARIB’DRIVE, se déploie progressivement avec en propre 4 bornes en Guadeloupe et 2 en Martinique, et une vingtaine de bornes en mode open source avant la fin de l’année : En effet, nous sommes en train d’intégrer un certain nombre d’acteurs privés comme des supermarchés ou grandes surfaces qui installent des bornes sur leurs parkings dans le cadre d’un cluster garantissant à tous l’interopérabilité.

  • Ce maillage de bornes est-il concentré sur Pointe-à-Pitre et Fort de France ?

Non justement. La promesse que nous faisons à l’usager est d’avoir une borne tous les 15 kilomètres maximums. Nous avons un vrai plan de maillage territorial.

  • Essayez-vous parallèlement de nouvelles expérimentations ?

Oui. En septembre 2018 encore, nous lancerons le Solar V2B (solar véhicule to the building), basé sur une borne bi-directionnelle intelligente : Il s’agit de permettre au véhicule électrique de secourir le bâtiment en cas de coupure (défaillance réseau passagère ou catastrophe naturelle) ou soutenir les appels de puissance instantanés du bâtiment et du réseau, à partir de l’énergie solaire préalablement stockée. Cette avancée ouvre d’immenses perspectives de valorisation des véhicules électriques comme tampon des EnR intermittentes pour le réseau et comme facteur de résilience augmentée en périodes cycloniques.

  • Que tenter pour faire avancer les choses en matière de mobilité électrique ?

La première chose est le rôle modèle. Pour convaincre, nous avons besoin que nos élites, les politiques, les personnalités passent à la mobilité décarbonée ! Les discours et les orientations politiques sur l’environnement ont joué leur rôle mais ne suffisent plus à engager massivement les caribéens au changement concret. En passant résolument à l’acte, nos élites démontreront sans difficulté que la technologie est mature, que le confort et la sécurité sont au rendez-vous, ainsi que la rentabilité à moyen – long terme.

En parallèle, nous avons proposé d’encadrer la profession de la mobilité décarbonée par un label qui rassurera les futurs usagers en leur garantissant que tous leurs installateurs labélisés suivent des cahiers des charges responsables. Nous avons effectué une étude en Martinique avec L’ADEME, la Collectivité Territoriale, le Syndicat mixte d’électricité de la Martinique (SMEM) et EDF jetant les bases d’un cahier des charges technique pour ce futur label.

L’ultime challenge, non moins délicat à résoudre, est institutionnel : Le coût de production moyen de l’électricité est proche de 30 centimes le kWh dans la zone Caraïbe (c’est d’ailleurs le prix moyen dans les autres îles de la Caraïbe). A ce tarif-là, les EnR sont compétitives. Or, du fait de la CSPE, le prix subventionné de l’électricité avant taxe est plus proche des 7 centimes le kWh, la moyenne nationale. Si nous acceptons le principe social d’équité territoriale à l’accès à l’énergie, il faut bien admettre que cette équation est à la base de l’inertie manifeste de la branche EnR dans la région, en grand décalage avec nos objectifs stratégiques (50% puis 100% d’EnR en 2020 et 2030) et avec le potentiel solaire (environ le double de l’Europe en moyenne).

Rédigé par : Frantz Ebadere

Frantz Ebadere
Frantz Ebadere est gérant fondateur de Green Technologie. Startup fondée en 2013, Green Technologie met à la disposition des entreprises, collectivités et particuliers des solutions de transition énergétique adaptées aux territoires insulaires.
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