Les centrales à charbon : un avenir très sombre en Europe - L'EnerGeek

Les centrales à charbon : un avenir très sombre en Europe

Le charbon n’en finit pas d’être montré du doigt comme une énergie du passé. Les centrales à charbon font l’objet de nombreuses critiques en ce qui concerne leur taux de pollution trop élevé. Et les récentes décisions de l’Union Européenne en matière de normes environnementales ne vont pas améliorer les choses. Au contraire, plusieurs études montrent la nécessaire fermeture des centrales à charbon en Europe afin de tenir les engagements pris en matière de climat lors de l’Accord de Paris. Mais tous les pays européens ne sont pas prêts à se passer du charbon. Et pour remplacer cette source d’énergie, encore faut-il que les énergies renouvelables montent encore en puissance. Malgré les décisions prises par Bruxelles, les centrales à charbon risquent de faire de la résistance pendant encore quelques années et rien n’est joué en matière de sortie du charbon.

2 900 centrales à charbon en Europe

En 2017, l’Union Européenne compte encore 2 900 centrales à charbon. Une véritable épine dans le pied de la transition énergétique, d’autant qu’une partie de ce parc est très âgé, ce qui le rend d’autant plus polluant. Afin de respecter les engagements pris lors de la signature de l’Accord de Paris sur le climat, l’Union Européenne veut s’engager sur la voie de la décarbonisation et elle cherche à mettre en place des normes environnementales de plus en plus contraignantes pour les industries les plus polluantes. Les centrales à charbon sont particulièrement dans la ligne de mire de Bruxelles qui a décidé fin avril 2017 d’une nouvelle mesure : les centrales à charbon de la zone euro devront respecter de nouvelles valeurs limites en matière de pollution dès 2021 sous peine de se voir infliger des amendes. Bruxelles est particulièrement attentive aux niveaux de l’oxyde d’azote, du mercure, du dioxyde de soufre ainsi que des particules fines rejetées par la combustion du charbon.

L’Insitute for Energey Economics and Financial Analysis (IEEFA) en a profité pour dresser, le 8 mai dernier, la liste des centrales qui dépassent les nouvelles normes environnementales décidées par Bruxelles. A l’heure actuelle, pas moins de 108 centrales à charbon dépassent de 40% les normes édictées. L’avenir de ces centrales est donc sur la sellette : soit elles sont mises aux normes, soit elles seront obligées de fermer. A elles seules, les 108 centrales à charbon représentent 18% de la capacité de production électrique en Europe. Difficile donc de s’en passer. Pourtant, le coût de la remise aux normes des infrastructures serait très élevé, trop même pour certaines entreprises qui ne pourraient pas faire face à de telles dépenses. Par ailleurs, même en envisageant que les exploitants des centrales fassent les travaux, les répercussions sur la facture énergétique entraîneraient une forte hausse du tarif de l’électricité dans les pays où la part de charbon est encore très élevée. A la suite de l’annonce des nouvelles normes, EDF a choisi de se défaire de ses quatre centrales à charbon polonaises : l’électricien français les a vendues à PGE Polska Grupa Energetyczna pour un montant de 1,4 milliard d’euros.

L’Allemagne et la Pologne : les mauvais élèves de l’Europe

Il faut souligner qu’en matière de charbon, tous les pays européens ne sont pas égaux. Si certains pays ont déjà limité au maximum leur dépendance énergétique à cette ressource, d’autres pays continuent de se reposer largement sur le charbon. C’est par exemple le cas de l’Allemagne et de la Pologne : à eux deux, ces pays pèsent 54% des émissions de CO2 liées à l’exploitation de centrales à charbon en Europe.

Après avoir décidé une sortie du nucléaire, l’Allemagne envisage désormais sérieusement une sortie du charbon. Le pays est pourtant encore très dépendant de cette ressource qui pèse pour 40% dans son mix électrique. Alors est-il possible pour l’Allemagne de sortir définitivement du charbon ? Le débat est ouvert outre-Rhin, et les premières victimes de cette nouvelle stratégie énergétique pourraient bien être les 24 centrales à lignite. Ces unités de production sont parmi les plus vieilles du pays, et ce sont également les centrales qui émettent le plus de pollution. Leur fermeture pourrait intervenir dans les trois ans à venir si le gouvernement fédéral le décide. En décembre 2016, la fédération syndicale Verdi a d’ailleurs commandé une étude sur les coûts sociaux de la fin de la filière charbon en Allemagne. Selon les constatations de l’étude, la sortie du charbon est envisageable d’un point de vue énergétique comme d’un point de vue financier, et les emplois de la filière charbon pourraient être reconvertis dans les filières renouvelables. De quoi donner un sérieux coup de pouce au projet de sortie du charbon.

La Pologne est encore plus mauvais élève que l’Allemagne : 83% de son électricité provient de centrales à charbon. En Pologne, le charbon fait partie de l’ADN de la stratégie énergétique. C’est une ressource naturellement présente en très grande quantité dans le sol polonais : la Pologne possède ainsi la plus grande réserve de charbon d’Europe et se hisse à la dixième position des pays consommateurs dans le monde. Il était donc naturel pour le pays de bâtir son avenir énergétique sur cet autre or noir. Mais aujourd’hui, avec les nouvelles normes environnementales que l’Union Européenne a prises, la Pologne se retrouve dans une situation énergétique d’autant plus difficile qu’elle ne possède pas de véritable alternative. Le pays ne dispose de presque aucune autre ressource énergétique et il est dépendant de ses importations de gaz et de pétrole.

La centrale à charbon de Belchatow résume à elle seule la situation énergétique de la Pologne. C’est la centrale de tous les records : plus grande centrale à charbon d’Europe, troisième plus grosse centrale au monde, elle produit à elle seule un cinquième de l’électricité polonaise. Elle dispose même de sa propre mine de charbon pour l’alimenter en continu. Plus important : la centrale à charbon la plus polluante d’Europe, et le site est directement concerné par les nouvelles normes environnementales de l’UE.

L’Europe face à ses responsabilités

En février 2017, un rapport publié par l’institut Climate Analytics avertissait déjà les responsables de l’Union Européenne : pour respecter les objectifs pris lors de l’Accord de Paris, les pays de l’Union devront fermer toutes leurs centrales à charbon d’ici 2030. Si les centrales à charbon restent en activité, l’Europe pourrait dépasser son budget carbone de près de 85%. Ce budget qui s’élève à 6,5 gigatonnes de CO2 est le seuil annuel maximal de pollution autorisée afin de limiter le réchauffement climatique. La fermeture d’un quart des centrales à charbon d’Europe d’ici 2025 permettrait d’accélérer significativement la décarbonisation de l’Union Européenne.

Pour couvrir la sortie du charbon, l’Union Européenne va devoir développer les énergies renouvelables afin de limiter les risques de dépendance énergétique.

Mais pour faire accepter aux pays membres de telles mesures, l’Union Européenne va devoir trouver de solides arguments soutenir certains pays, notamment la Pologne, pour qu’ils accélèrent leur transition énergétique. A l’heure actuelle, l’Union Européenne souhaite mettre en place un fonds commun pour la transition énergétique qui vise en priorité à épauler les pays d’Europe centrale dans la mise en place de ressources énergétiques propres. En offrant une telle alternative au charbon, l’Europe espère amadouer les pays réfractaires à l’abandon du charbon. Signe encourageant : en 2016, les centrales à charbon européennes ont été rattrapées par le parc éolien qui les a dépassées en capacité de puissance installée. Pour soutenir cet essor, il faut désormais que les énergies renouvelables soient réparties plus équitablement sur l’ensemble des territoires européens.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • 1 – Dommage qu’un tableau analogue au tableau de la dépendance énergétique n’ait pas été fait pour le charbon, mais en quantités concrètes et non pas en pourcentages.
    2 – Il ne faut pas oublier que les centrales à charbon rejettent des quantités non négligeables de radioactivité.
    3 – La comparaison des possibilités du charbon avec celles de l’éolien ou du solaire ne doit pas se faire seulement en puissance installée, mais aussi en énergie produite.

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  • Les ENR ne pourront plus rester longtemps le cache-sexe de l’Allemagne et de sa politique d’indépendance énergétique basée sur le charbon.

    Et à force de fermer des tranches gaz et charbon partout en Europe, il ne restera bientôt plus assez de moyens de production pilotables pour passer la pointe de consommation de 19h en hiver.

    Bientôt la fermeture de Fessenheim deviendra impossible afin d’assurer la sécurité d’approvisionnement électrique de l’Europe.

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