Présidentielle 2017 : faut-il conserver la transition énergétique en l’état ? Présidentielle 2017 : faut-il conserver la transition énergétique en l’état ?

Présidentielle 2017 : faut-il conserver la transition énergétique en l’état ?

Après le débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle et avant de connaître dimanche 7 mai 2017 le futur président de la République, la politique énergétique proposée par les deux candidats interroge. Alors qu’Emmanuel Macron souhaite mettre en œuvre la transition énergétique initiée par François Hollande, Marine Le Pen souligne au contraire l’importance de rompre avec le modèle économique actuel pour « préserver l’environnement ». Au-delà des déclarations d’intention, les deux impétrants à la fonction suprême se donnent-ils vraiment les moyens d’enrayer le réchauffement climatique ?

La loi de transition énergétique préfigure l’Accord de Paris

Au début de son mandat, François Hollande expliquait que la loi de transition énergétique serait la clef de voute de son projet progressiste, « l’un des textes les plus importants du quinquennat ». Pour le chef de l’exécutif, l’objectif était de « faire de la France la nation de l’excellence environnementale » ; une mission très délicate qui a finalement été confiée à Ségolène Royal.

Pour cela, la loi de transition énergétique pour la croissance verte a été publiée au Journal Officiel du 18 août 2015. Elle fixe plusieurs objectifs chiffrés, comme diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050, porter les énergies renouvelables à 32% de la consommation finale brute d’énergie en 2030, ou encore réduire à 50% de la part du nucléaire dans le mix-électrique en 2025 .

Depuis, l’Accord de Paris élaboré lors de la COP21 a été approuvé par 195 pays le 12 décembre 2015. Désormais donc, l’ensemble de la communauté internationale s’accorde sur l’objectif de limiter le réchauffement climatique « bien en-dessous des 2°C ». Reste à savoir si les conditions sont remplies…

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Emmanuel Macron assume l’héritage de François Hollande

Le programme d’En Marche pour l’environnement s’inscrit « dans le prolongement des engagements ambitieux pris par la France au niveau international, avec les accords de Paris, et au niveau interne, avec la loi sur la transition énergétique et la loi sur la biodiversité ».

Cependant pour l’ancien président du collège d’experts du débat national sur la transition énergétique, Alain Grandjean « il faut aller plus beaucoup plus loin que ce qui a été fait ». Interrogé par le Journal de l’Environnement il souhaite placer les « questions d’écologie et d’inégalités sociales au cœur d’une nouvelle pensée politique. Et ce n’est pas avec un logiciel social libéral qu’on va y arriver ».

D’après le juriste Arnaud Gossement, « il serait imprudent de classer trop simplement Emmanuel Macron parmi les tenants d’une « écologie libérale » », même si « le candidat privilégie une approche plus économique que juridique de l’enjeu écologique ». Selon lui, en promettant de 15 milliards d’euros d’investissements publics, il défend une « une écologie des petits pas qui doit permettre d’avancer ».

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La loi de transition énergétique ou le vadémécum du bon écologiste ?

L’ancien porte-parole de la fondation Hulot, Matthieu Orphelin et l’ex-ministre de l’environnement, Corinne Lepage, estiment que « chaque voix qui manquera le 7 mai 2017 à Macron contre Le Pen sera une voix qui manquera à l’écologie ». Parallèlement, Arnaud Gossement affirme que « l’écologie défendue par Marine Le Pen ne poursuit pas un objectif écologique ».

C’est pourquoi, la fondation progressiste Terra Nova considère que « le 7 mai, l’écologie n’a qu’un seul candidat ». Le think-tank souhaite mettre en garde contre « le coup terrible pour la transition écologique que représenterait l’élection de la candidate d’extrême-droite à la présidence de la République ».

Cependant, malgré ces affirmations péremptoires, les journalistes du Monde, Pierre Le Hir et Audrey Garric, rappellent qu’Emmanuel Macron « propose des mesures déjà prévues ou même déjà en vigueur, qui sont très loin de conduire à un arrêt de la consommation de pétrole, gaz et charbon ».

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La transition énergétique remise en cause par l’Académie des Sciences

De son côté, l’Académie des Sciences a publié le 19 avril une note intitulée : « La question de la transition énergétique est-elle bien posée dans les débats actuels ? » Dans ce document, les scientifiques refusent de « penser qu’il serait possible de développer massivement les énergies renouvelables comme moyen de décarbonation du système en le débarrassant à la fois des énergies fossiles et du nucléaire ».

Partageant le même diagnostic, le président du groupe d’études énergies à l’Assemblée Nationale, Julien Aubert, suggère que « nous puissions changer une énergie fossile polluante par une autre énergie fossile moins polluante ou même par du nucléaire ». En effet, « il y a une véritable contradiction à vouloir diminuer les émissions de gaz à effet de serre tout en réduisant à marche forcée la part du nucléaire », précisent les membres du comité de prospective en énergie de l’Académie des Sciences.

A cet égard, le chapitre environnement et transition énergétique du programme de Marine Le Pen semble donc plus en mesure de répondre à l’urgence climatique. Au lendemain du débat télévisé, Florian Philippot a d’ailleurs regretté que les questions d’environnement ne soient pas davantage évoquées lors de cette soirée électorale car, pour les patriotes, « la véritable écologie » impose de produire et de consommer local et donc de remettre en cause les accords de libre-échange comme le TAFTA.

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Quelle transition énergétique à l’échelle de l’Europe ?

A en croire la directrice du Centre Energie de l’Ifri, Marie-Claire Aoun, « l’exercice d’élaborer des prévisions à 2050 sur notre avenir énergétique n’aura jamais été aussi périlleux ». En dehors du résultat du scrutin de dimanche soir, de nombreuses incertitudes demeurent effectivement, notamment au niveau européen.

Et pour cause, au moment où le commissaire européen, Maroš Šefčovič, prépare l’Union de l’énergie, l’Union Française de l’Électricité invite nos dirigeants à s’engager davantage « dans [l’élaboration de] la politique énergétique européenne pour porter une vision stratégique industrielle de la décarbonation » tout en soulignant que « la production d’électricité nucléaire est parfaitement compatible avec le développement de la production d’énergie renouvelable ».

Dans cette perspective, les nombreux signataires du Manifeste du Shift Project, « estiment que la France et l’Europe ont besoin d’adopter rapidement une démarche cohérente, qui soit réellement à la mesure du défi de la sortie des énergies fossiles ». Leur message est simple, ils demandent aux « Etats européens de lancer dès maintenant les politiques capables d’aboutir en 2050 à des émissions de gaz à effet de serre aussi proches que possible de zéro »… Quitte à revenir sur la réduction de la part du nucléaire comme le propose le Front National ?

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Crédit Photo : @Gazprom_Energy

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Il n’y a surtout pas lieu de changer tout le temps d’orientation car c’est perte de temps et d’argent. L’orientation actuelle est plutôt bonne et les technologies évoluent donc c’est plutôt l’évolution de ces dernières et des coûts qu’il faut intégrer. La génération 3 nucléaire filière uranium est définitivement dans une impasse. La question n’est donc pas politique mais scientifique, technique et économique.

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