RE 2018 : "la méthode de calcul des énergies primaires et secondaires ne doit pas être un frein à l'innovation" - L'EnerGeek

RE 2018 : « la méthode de calcul des énergies primaires et secondaires ne doit pas être un frein à l’innovation »

Un bâtiment dont la production de chauffage est réalisée par l’intermédiaire de l’électricité serait 60 % moins émetteur que s’il avait été alimenté au gaz. Pourtant depuis la RT2012 et la future RE2018, les textes préconisent l’utilisation du gaz et du fioul… Dans ces conditions, les Accords de Paris sur le climat seront-ils respectés ? Hugues Vérité, adjoint au délégué général au Gimélec (Groupement des industries de l’équipement électrique, du contrôle-commande et des services associés) et Valérie Michel, Responsable Efficacité Energétique et Bâtiment Durable chez IGNES (Industrie du Génie Numérique, Energétique et Sécuritaire) répondent d’une même voix aux questions de l’Energeek.

  • De nouvelles réglementations environnementales se succèdent dans le bâtiment ? On peut citer la RT2005, RT2012, RE2018… Comment a évolué le métier des industriels de l’équipement électrique au fil des années ?

Les RT 2005 et 2012 sont, comme leur nom l’indique, uniquement thermique. La prochaine réglementation RE2018 ou 2020 sera thermique et environnementale et le label Energie/Carbone mis en place fin 2016 ainsi que l’expérimentation qui l’accompagne intègrent les émissions de gaz à effet de serre du bâtiment tout au long de son cycle de vie. Notre profession s’y prépare depuis plusieurs années notamment grâce aux déclarations environnementales PEP des équipements du bâtiment. Ce sont les données environnementales de ces PEP (Profil Environnemental Produit) qui alimentent les outils d’analyse de cycle de vie des bâtiments.

L’électricité étant un vecteur énergétique et non une énergie primaire, nos industriels travaillent partout dans le monde, dans des pays où les mix énergétiques sont diversifiés. Nos offres et solutions sont aussi conçues pour intégrer l’autoconsommation des énergies renouvelables dont nous souhaitons le succès et le développement dans le cadre des bâtiments « Smart grid ready ».

  • Que pensez-vous de l’évolution de ces réglementations et notamment celle qui se profile la RE2018, mise en place dès 2020 ?

Notre profession s’est mobilisée pendant toute la durée des travaux pour la mise en place du cadre méthodologique et participe encore aujourd’hui aux débats de l’expérimentation. Nous saluons l’introduction d’un nouveau critère environnemental portant sur les émissions de CO2 dans le label et donc dans la future réglementation. D’un point de vue énergétique, nous regrettons cependant l’absence de prise en compte de la gestion active de l’énergie dans les bâtiments, pourtant indispensable pour assurer la performance énergétique des bâtiments et l’interaction avec les réseaux d’énergie.

  • Selon une étude publiée par Batiactu en février 2017, les acteurs du bâtiment ne sont pas suffisamment informés des nouvelles règlementations. Qu’en pensez-vous et pourquoi selon vous ?

Il est indispensable que tous les acteurs de la construction s’approprient cette future réglementation notamment sur la partie environnementale car celle-ci est totalement nouvelle. L’expérimentation lancée par les Pouvoirs publics doit permettre d’entraîner les maîtres d’ouvrage les maîtres d’œuvre, les bureaux d’étude, les architectes qui devront utiliser les méthodes de calcul. Pour mieux comprendre la démarche, pour mieux appréhender le référentiel, l’information mais aussi la formation sont nécessaires. Les retours d’expérience devront également être largement diffusés.

Un observatoire des expérimentations devrait aussi répondre à cet objectif, ainsi que la simplification de la règlementation thermique et de sa méthode de calcul, qui ne doit pas être un frein à l’innovation.

  • Concrètement, comment Gimelec et Ignes se mettent au service de la transition énergétique des bâtiments ? Sur quoi intervenez-vous ?

Il ne faut pas axer nos efforts uniquement sur les bâtiments neufs ! Un quart des résidences principales ont été construites avant 1949, quasiment deux tiers entre 1949 et 1999 et environ 10% seulement dans les années 2000. Selon une enquête récente de l’ADEME, plus de 3,5 millions de rénovations de logements ont été achevées en 2014 dont seulement 288 000 rénovations dites performantes ou très performantes. La question de la rénovation doit donc être centrale.

Contrairement à la RT2012 pour le neuf, la réglementation thermique dans l’existant reste peu ou pas appliquée et cela se confirme plus particulièrement dans les logements. Nous devons trouver de nouveaux leviers, comme le Diagnostic de Performance Energétique (DPE) seul outil connu et largement utilisé par les usagers mais qu’il est nécessaire de réviser en profondeur. En effet, la méthode de calcul associée au DPE n’a pas été revue depuis plusieurs années, la dernière révision datant de 2012. Or, les technologies ont évolué tout particulièrement dans les équipements techniques et les systèmes de gestion active de l’énergie (régulation et programmation du chauffage, de l’éclairage, des occultations, affichage des consommations…). Les évolutions technologiques des produits se sont accélérées ces dernières années, mais la méthode de calcul est restée figée sur des valeurs de performance qui sont en profond décalage avec la réalité des systèmes actuels. La révision de la méthode en intégrant ces technologies de pilotage peut, en maison individuelle par exemple, aboutir à un changement de classe énergétique.

La priorité est donc aussi la révision de la RT « globale » sur laquelle les pouvoirs publics français sont sensés s’engager une fois publiée la RT « élément par élément ».

  • Les Smart Home ou Smart Building sont au cœur de l’efficacité énergétique. Quelles sont les solutions de référence ?

Le bâtiment connecté constitue  une réponse au bâtiment à énergie positive et à la rénovation énergétique en fournissant d’avantage de services aux usagers et exploitants. Les solutions disponibles actuellement permettent d’une part d’optimiser les consommations énergétiques et d’autre part de maintenir la performance atteinte au fil du temps. Elles permettent notamment de :

– contrôler et optimiser de manière automatique les consommations,

– détecter tout dysfonctionnement qui conduirait à une surconsommation,

– informer directement l’utilisateur qui prendra conscience des gains ou d’éventuelles dérives, ce qui peut entrainer une modification des comportements et aboutir à une responsabilisation,

– intégrer plus facilement les énergies renouvelables notamment en favorisant l’autoconsommation,

– développer de nouveaux usages en faveur de la réduction des émissions CO2 comme l’écomobilité.

Un des enjeux pour les prochaines années est de valoriser la contribution des bâtiments à la flexibilité du système énergétique et d’apporter de la souplesse aux gestionnaires de réseaux, dans un cadre de régulation qui est en cours de définition.

  • De manière plus générale, pensez-vous que la France est en bonne voie pour atteindre son objectif de généralisation des bâtiments à énergie positive à l’horizon 2020 ?

La France est en bonne voie mais des améliorations réglementaires sont nécessaires. Un bâtiment à énergie positive est un bâtiment qui a recours aux énergies renouvelables. S’agissant d’électricité renouvelable, un bâtiment à énergie positive doit être capable d’adapter sa consommation à la disponibilité des ressources locales en énergie : consommer, stocker ou mutualiser lorsque la production ENR locale est importante et réduire sa consommation ou consommer l’énergie préalablement stockée quand elle l’est moins.

Les systèmes de gestion active sont ainsi indispensables pour assurer cette flexibilité électrique du bâtiment à énergie positive en adaptant les consommations, c’est-à-dire en pilotant la consommation des équipements, en gérant l’approvisionnement électrique des appareils (électricité autoproduite, électricité préalablement stockée, électricité du réseau) en fonction des informations nécessaires (tarif fournisseur en temps réel, niveau de production en temps réel, disponibilité du stockage, etc.).

Les technologies sont déjà disponibles, et le futur label E + C – doit être une occasion pour tous les acteurs de profiter des nombreuses innovations technologiques pour aller au-delà des objectifs « réglementaires » et ainsi s’engager sur une trajectoire résolument ambitieuse. C’est également l’occasion de rassembler l’ensemble des acteurs du bâtiment autour d’une ambition commune en faveur d’une économie bas carbone.

Rédigé par : Gimélec IGNES

Gimélec / IGNES
Hugues Vérité, adjoint au délégué général au Gimélec (Groupement des industries de l'équipement électrique, du contrôle-commande et des services associés) et Valérie Michel, Responsable Efficacité Energétique et Bâtiment Durable chez IGNES (Industrie du Génie Numérique, Energétique et Sécuritaire).
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