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Hinkley Point : Londres et EDF se disent enfin « oui »

106698218_hinkleysite-letters-large_transgsao8o78rhmzrdxtlqbjdgtt0gk_6efzt336f62ei5uLe 15 septembre dernier, le gouvernement britannique a officiellement donné son accord pour la construction de deux EPR sur le site de la centrale nucléaire d’Hinkley Point, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Alors que le Royaume-Uni est encore très dépendant des centrales à charbon, extrêmement polluantes, l’atome lui permettra de verdir son mix tout en assurant son indépendance énergétique.

C’est en 2006 que le projet Hinkley Point est évoqué pour la première fois de part et d’autre de la Manche. Le Premier ministre d’alors, Tony Blair (Parti travailliste), vient de valider un nouveau programme de développement nucléaire au Royaume-Uni, qui n’a plus installé de centrales depuis la fin des années 1980. EDF, ponte mondial de l’atome, propose de son côté la construction, sur le site d’Hinkley Point – sud-ouest de l’Angleterre –, de deux réacteurs de type EPR (« european pressurized reactor »), conçus par Areva et d’une puissance cumulée de 1650 MW.

Résultat : Hinkley Point C devrait être le plus grand chantier européen des dix prochaines années, selon les experts, et mobiliser quelque 5 600 personnes au plus fort des travaux. Le projet, d’un budget global de plus de 18 milliards de livres (20 milliards d’euros), sera financé, selon le dernier accord stratégique d’investissement en date du 21 octobre 2015, à hauteur de 33,5 % par la China General Nuclear Power Corporation (CGN) et 66,5 % par le groupe EDF. Qui pourra, sans pour autant réduire sa participation à moins de 51 % lors de la phase de construction, impliquer d’autres investisseurs.

« Contrat pour la différence »

Un soulagement du côté de certains syndicats, qui considéraient le projet à la fois trop coûteux et trop risqué, celui-ci pesant nécessairement sur les finances de l’électricien tricolore. Pourtant, il représente, pour EDF comme pour toute la filière nucléaire française, une source d’activité, et donc d’emplois non négligeable. Les deux usines Areva de Saône-et-Loire, par exemple, ont accueilli la nouvelle avec soulagement et voient désormais leur activité garantie jusqu’en 2025.

Question rentabilité, le pari d’EDF ne semble en effet pas si risqué. Et ce compte tenu des conditions privilégiées concédées par le gouvernement britannique, qui a prévu l’application d’un nouveau mécanisme de soutien, le « contrat pour la différence ». Utilisé au Royaume-Uni pour toutes les nouvelles installations énergétiques décarbonées, le dispositif prévoit notamment la fixation d’un prix garanti pour l’achat de l’électricité produite, indépendamment du prix du marché.

Ce prix plancher – établi sur une période de 35 ans –, de 92,5 livres sterling par mégawattheure (MWh), vient ainsi s’ajouter au soutien financier apporté par le gouvernement britannique de 2 milliards de livres sterling (2,2 milliards d’euros) en 2015. En échange, EDF a l’obligation de livrer son installation nucléaire avant 2033, la date de livraison contractuellement arrêtée étant 2025. En cas de retard supérieur à huit ans, donc, Londres pourrait annuler le prix garanti offert et l’électricien français n’aurait d’autres choix que de vendre son électricité au prix du marché.

Lire aussi : Pour Jean-Bernard Lévy, EDF est à un « moment clé » de son histoire

Le groupe tricolore a donc tout intérêt à respecter les délais. A ce titre, le feu vert du 10 Downing Street, obtenu mi-septembre et signé à la fin du mois, devrait lui permettre d’accélérer la cadence et de lancer les premières phases de travaux ainsi que les études détaillées du premier réacteur. A ce jour, le terrain de 175 hectares a déjà été soumis à de lourds travaux de préparation ; plus de 2,5 milliards de livres (2,8 milliards d’euros) ont été dépensées pour le terrassement, la construction d’une cimenterie, les canalisations, et les logements destinés aux 5 600 ouvriers et ingénieurs prévus lors des temps forts du chantier. Ce qui a poussé les dirigeants à maintenir l’objectif d’un premier béton coulé mi-2019. Jean-Bernard Lévy, le patron d’EDF, a ainsi rappelé dans « les Echos » qu’ « il n’y a pas de décalage de calendrier. »

« Bas carbone »

Du côté britannique, le nouveau gouvernement, largement décrié par certaines associations écologistes pour avoir fait le choix du nucléaire, n’aura finalement pas dévié de la trajectoire tracée par l’ancien Premier ministre, David Cameron (Parti conservateur). Mais avait-il réellement le choix ? Le Royaume-Uni doit envisager dans la prochaine décennie le remplacement de plus de 60 % de ses capacités de production électrique. De plus, le nucléaire représentait la solution la plus efficiente, à moyen terme, pour remplacer les centrales à charbon, extrêmement polluantes, qui doivent être fermées d’ici dix ans.

« Le nucléaire est l’un des trois piliers de la stratégie énergétique britannique à long terme, aux côtés des centrales à gaz et des énergies renouvelables » d’après Coralie Laurencin

Le Royaume-Uni s’est lancé il y a quelques années dans sa transition énergétique. Au menu : énergies renouvelables et nucléaire. « Les centrales électriques vieillissantes devront être remplacées par des alternatives fiables, intéressantes sur le plan financier et utiles à la réduction des émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, affirmait peu avant la COP21 Amber Rudd, l’ancienne secrétaire d’Etat à l’Energie, aujourd’hui à l’Intérieur. Le gaz et le nucléaire sont essentiels pour sécuriser notre avenir énergétique ».

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Les énergies vertes – éolienne offshore en tête – se développent à un rythme soutenu outre-Manche mais n’offrent pas, à ce jour, les garanties d’une production d’électricité stable, continue et bon marché. La transition énergétique britannique, comme en France et dans d’autres pays, est donc un défi gigantesque qui ne pourra vraisemblablement pas se réaliser sans l’apport de l’énergie nucléaire. Le gouvernement britannique a donc fait le pari dès 2007 du renouvellement de son parc avec pour objectif de remplacer les centrales arrivant en fin de vie et de conserver la part du nucléaire à environ 20 % de l’électricité produite.

Cet engagement s’est d’ailleurs traduit par une loi, l’Electricity Market Reform, qui reconnaît le nucléaire comme une énergie « bas carbone » qui devra contribuer « de manière significative » à la réduction des émissions de CO2, aux côtés des énergies renouvelables. « Le nucléaire est l’un des trois piliers de la stratégie énergétique britannique à long terme, aux côtés des centrales à gaz et des énergies renouvelables », analyse pour « Capital » Coralie Laurencin, du cabinet spécialisé IHS Energy.

Relations atomiques

Dans cette optique, le projet Hinkley Point, à l’instar des autres projets nucléaires en négociation au Royaume-Uni, s’avère déterminant pour la sécurisation de l’approvisionnement électrique national et le respect des objectifs climatiques du pays. Les deux EPR constitueront la première construction de centrale nucléaire dans le pays depuis vingt ans et permettront de répondre à 7 % des besoins en électricité de la Grande-Bretagne sur une période de 60 ans, d’alimenter plus de 6 millions de personnes et de créer 25 000 emplois.

« Nous pouvons désormais avancer et fournir les capacités nucléaires très attendues d’Hinkley Point, Sizewell et Bradwell avec EDF » a indiqué CGN

Les groupes français et chinois ne sont d’ailleurs pas les seuls sur le marché ; d’autres entreprises voire coentreprises espèrent bien profiter, elles aussi, de la sympathie du gouvernement britannique pour l’atome. Ainsi, deux autres groupes prévoient notamment de construire des centrales nucléaires en Grande-Bretagne. D’une part NuGen, une coentreprise formée par Westinghouse, filiale du Japonais Toshiba, et Engie, et d’autre part, Horizon, filiale de Hitachi.

De leur côté, outre le projet Hinkley Point, EDF et CGN ont également convenu des conditions d’une plus vaste collaboration dans le nucléaire. Prochaine étape : le codéveloppement d’un nouveau projet de centrale à Sizewell, dans le Suffolk, dans lequel EDF prendrait en charge 80 % du développement et son partenaire chinois 20 %. En contrepartie, le groupe français aiderait CGN à obtenir les autorisations nécessaires pour bâtir un réacteur de type Hualong, issu de sa propre technologie, à Bradewell, au nord de Londres. Les participations seraient ici inversées, avec 66,5 % pour CGN et 33,5 % pour le groupe français.

Lire aussi : Après Hinkley Point, deux autres EPR à Sizewell ?

Côté chinois, on se dit « très heureux » de l’accord franco-britannique sur Hinkley Point. « Nous pouvons désormais avancer et fournir les capacités nucléaires très attendues d’Hinkley Point, Sizewell et Bradwell avec EDF » a indiqué CGN, qui espère jouer « un rôle important pour répondre aux besoins énergétique du Royaume-Uni. » Seule crainte, de la part de Pékin : que Londres n’abandonne pas « sa phobie antichinoise » à temps. Des relations atomiques en somme.

 

Crédits photo : Goeff and Tordis Pagotto

Rédigé par : jacques-mirat

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