Taxe kilométrique sur les voitures électriques : et si la France s’inspirait du Royaume-Uni ?

Voitures électriques taxées au kilomètre : rumeur ou vrai projet ? Bercy dément, mais la Cour des comptes évoque déjà une redevance de 95 euros par an. Le point sur ce qui se trame vraiment.

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Taxe kilométrique sur les voitures électriques : et si la France s'inspirait du Royaume-Uni ?
Taxe kilométrique sur les voitures électriques : et si la France s’inspirait du Royaume-Uni ? © L'EnerGeek

Le ministère de l’Économie ne laisse planer aucun doute, qualifiant cette rumeur de fake news : interrogé sur l’hypothèse d’une taxe kilométrique visant les voitures électriques, Bercy dément fermement toute intention du gouvernement français d’instaurer un tel dispositif. En face, la rumeur enfle depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux, portée notamment par l’exemple britannique.

Un visuel qui circule depuis le 9 août

Le 9 août 2026, le compte X Impact Media a partagé une image accompagnée du message « L’électricité… bientôt la nouvelle pompe à taxes ? », en affirmant que face à la baisse progressive des recettes sur les carburants, qui rapportent actuellement entre 30 et 35 milliards d’euros par an, la France pourrait sérieusement être amenée à instaurer une taxe au kilomètre sur les voitures électriques.

Le 21 juillet déjà, une page Instagram spécialisée dans la vente de pièces automobiles s’interrogeait : « Voiture électrique : bientôt une taxe au kilomètre ? », rapporte TF1 Info.

L’origine exacte de la rumeur reste incertaine. Elle serait née au moment où plusieurs médias ont repris l’exemple d’une mesure votée au Royaume-Uni en novembre 2025 : une « Electric Vehicle Excise Duty » réservée aux véhicules électriques et hybrides rechargeables.

À partir d’avril 2028, chaque mile parcouru sera facturé 3 pence, soit 3,5 centimes d’euros, un montant révisé chaque année selon l’inflation à partir de 2029. L’Office for Budget Responsibility, l’organisme britannique de prévisions budgétaires, en attend 1,4 milliard de livres sterling par an à l’horizon 2030.

Le droit européen bloque la piste kilométrique en France

Une taxe au kilomètre sur les véhicules particuliers avait bien été évoquée en 2025, mais elle se heurte à des règles communautaires. Le droit européen classerait un tel dispositif comme un péage fondé sur la distance parcourue. Or la directive Eurovignette, modifiée en 2022, interdit de cumuler plusieurs instruments de tarification sur un même tronçon pour une même catégorie de véhicules.

En France, sept concessions autoroutières historiques couvrent environ 80 % du réseau concédé, avec des contrats qui courent jusqu’à des échéances fixées entre le 31 décembre 2031 et le 30 septembre 2036. Seul le réseau non concédé, géré par les collectivités locales, pourrait en théorie accueillir une nouvelle taxe kilométrique. La collectivité européenne d’Alsace a d’ailleurs adopté, en octobre 2024, le principe d’une telle taxe sur son réseau régional à partir de janvier 2027.

Le pays a déjà tenté l’expérience. En 2009, une écotaxe poids lourds avait été prévue sur 15 000 kilomètres de routes. Après l’installation de portiques de contrôle, le mouvement des bonnets rouges a bloqué le dispositif en Bretagne fin 2013. Le gouvernement a suspendu la taxe, puis abandonné le projet l’année suivante.

La Cour des comptes évoque une redevance de 95 euros par an

Plutôt qu’une taxe kilométrique, un rapport du Conseil des prélèvements obligatoires publié le 3 juin 2026, intitulé « Quel avenir pour la fiscalité de l’énergie ? », explore une autre piste : une redevance annuelle de détention. Le CPO, présidé par Amélie de Montchalin, également première présidente de la Cour des comptes, y chiffre à titre d’exemple un montant moyen de 95 euros par véhicule, calculé selon la masse et l’empreinte au sol plutôt que selon les critères de l’ancienne vignette, supprimée en 2001.

Cette redevance rapporterait 3 milliards d’euros, soit environ 10 % des pertes d’accise sur l’énergie attendues à l’horizon 2050. Le CPO ne reprend toutefois cette estimation dans aucune de ses sept recommandations formelles : le document, qualifié de « très dense », explore plusieurs pistes sans qu’aucune décision n’ait été arrêtée sur ce point précis.

Le rapport écarte en revanche l’idée d’une taxation de la recharge à domicile. Installer des sous-compteurs chez les particuliers pour surveiller la consommation des véhicules électriques serait techniquement trop lourd, et la législation européenne interdit de toute façon d’appliquer une tarification différenciée sur l’électricité domestique selon l’usage.

Une baisse programmée des recettes sur les carburants

L’impôt sur les carburants, l’ex-TICPE, rapporte en moyenne 30 milliards d’euros par an à l’État. Chaque plein d’essence ou de diesel finance une part du budget, une taxe qui ne concerne pas les voitures électriques. Dans un document de 2023, la Direction générale du Trésor anticipait que ces recettes s’éroderaient progressivement à l’horizon 2050 avec l’électrification des véhicules, sans être compensées par une hausse spontanée de l’accise sur l’électricité.

Le parc automobile français reste pourtant peu électrifié, avec environ 4 % de véhicules électriques. Le CPO estime qu’une hausse anticipée de la fiscalité, qu’elle porte sur l’accise électricité ou sur une redevance annuelle, risquerait de freiner cette électrification tant que le coût de la recharge reste inférieur à celui d’un plein de carburant.

Le gouvernement mène pour l’heure une politique inverse, avec des aides ciblées et un dispositif de leasing social permettant de louer une voiture électrique à moins de 200 euros par mois.

D’autres pays européens ont déjà tranché. L’Allemagne applique depuis 2005 une taxe kilométrique aux poids lourds, la LKW-Maut, étendue à tout le réseau fédéral en 2018, dont le seuil d’assujettissement est passé de 12 tonnes à 3,5 tonnes en 2024 ; elle a rapporté près de 13 milliards d’euros en 2024.

L’Islande applique depuis 2024 une taxe kilométrique déclarative de 4 centimes d’euro par kilomètre pour les véhicules électriques, et de 1,3 centime pour les hybrides rechargeables. Face à ces initiatives, la France reste isolée.

Aucun projet de taxation de ce type n’a pour l’instant été voté dans le pays, selon le site spécialisé Automobile Propre.

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