Le gouvernement vient de dévoiler la nouvelle mouture de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Cette PPE, ou loi énergie, pourrait mettre à mal le système de stations-services en France. Plusieurs milliers pourraient fermer.
La loi énergie menace les stations-services
Adoptée par décret il y a quelques jours, la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) fixe la trajectoire énergétique de la France jusqu’en 2035. Officiellement pensée pour accélérer la décarbonation, la loi redéfinit profondément la place des carburants fossiles dans la consommation nationale. Or, dans ce contexte, les stations-services apparaissent comme l’un des premiers secteurs exposés. Entre baisse structurelle des volumes, transformation du parc automobile et fragilisation du modèle économique, la fermeture massive de stations-services devient une hypothèse crédible, désormais assumée par plusieurs acteurs du secteur.
Concrètement, la loi prévoit une trajectoire de baisse de 6 % par an de la consommation de carburants fossiles, selon les projections présentées. Cette évolution n’est pas symbolique. Elle modifie en profondeur la structure même du marché énergétique français. Or, mécaniquement, cette transformation frappe de plein fouet les stations-services, dont l’activité reste massivement dépendante de la vente de carburants traditionnels.
Aujourd’hui encore, le volume annuel de carburants fossiles distribués en France atteint environ 41 millions de mètres cubes par an. Cependant, avec l’application progressive de la nouvelle loi énergie, ces volumes sont appelés à diminuer de façon continue. Par conséquent, le chiffre d’affaires des stations-services subit une pression structurelle. Or, contrairement aux grandes surfaces ou aux réseaux autoroutiers, une grande partie des stations-services de proximité ne dispose pas de leviers de diversification suffisants. En effet, près de 80 % des revenus de nombreuses stations-services rurales proviennent encore directement de la vente de carburants fossiles.
Stations-services, fermeture et déclin territorial : une mécanique enclenchée
Les projections les plus récentes évoquent un scénario désormais assumé publiquement. Selon certains acteurs du secteur, entre 2 000 et 3 000 stations-services pourraient fermer d’ici 2035 si la trajectoire actuelle se poursuit. Cette estimation ne relève pas d’une hypothèse théorique. Elle s’appuie sur l’évolution combinée des volumes, des marges et des coûts d’adaptation.
Cette dynamique touche en priorité les stations-services indépendantes et rurales. Pourtant, ces infrastructures jouent un rôle essentiel dans l’aménagement du territoire. Elles assurent la mobilité quotidienne, la continuité économique locale et l’accessibilité aux services de base. Or, la fermeture progressive des stations-services crée un phénomène de désertification énergétique. Les zones rurales deviennent moins accessibles, plus dépendantes des grands axes et des pôles urbains, ce qui accentue les fractures territoriales.






