La France, et plus globalement l’Europe, sont à la traîne en ce qui concerne la filière des mini-réacteurs nucléaires. Pour relancer la machine, il faudrait injecter un milliard d’euros par projet, alerte un rapport de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).
Un milliard pour un secteur nucléaire stratégique
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) vient de publier un rapport qui fait l’effet d’un électrochoc. Selon le régulateur, la filière des mini-réacteurs nucléaires ne pourra pas se développer sans des financements publics massifs. Cette alerte intervient alors que la France tente de défendre sa souveraineté énergétique, mais que l’Europe accuse déjà un retard considérable face aux puissances concurrentes. Pour franchir l’étape décisive du prototypage, il faudrait mobiliser de l’ordre du milliard d’euros par projet.
La photographie dressée par la CRE est sans appel. À ce jour, seuls trois mini-réacteurs nucléaires sont opérationnels dans le monde : un en Chine, un en Russie et un autre au Japon. Quatre autres sont en construction, mais aucun en Europe. Ce constat illustre le retard accumulé par la filière européenne malgré les ambitions affichées. Les projets européens restent freinés par un manque criant de moyens. Jusqu’ici, les financements publics se limitaient à environ 10 millions d’euros par projet, soit « 100 fois moins » que dans les pays les plus avancés. Cette faiblesse budgétaire empêche le passage à la phase industrielle et bloque la démonstration de faisabilité. En clair, l’Europe observe le développement ailleurs mais ne parvient pas à transformer ses recherches en réalisations concrètes.
Des milliards nécessaires pour franchir l’étape du prototypage
La CRE insiste sur un point crucial : le passage au prototypage requiert « de l’ordre du milliard d’euros par projet ». Or, cette étape ne trouve aucun financement privé, jugée trop risquée et trop lourde financièrement. Seul l’État ou l’Union européenne peuvent assumer ce rôle d’investisseur initial. Selon le rapport, il s’agit d’un impératif stratégique, car ces prototypes conditionnent la compétitivité de l’industrie nucléaire européenne à l’horizon 2030-2040.
Le régulateur recommande de cibler ces financements sur les projets les plus prometteurs, afin de maximiser les chances de succès. Cette approche sélective permettrait d’éviter la dispersion des ressources tout en envoyant un signal fort aux industriels. Comme le rappelle la CRE, les projets actuels ne manquent pas d’ambition, mais sans soutien massif, ils risquent de rester dans les cartons. L’investissement public apparaît ainsi comme la clé pour déclencher un effet d’entraînement, capable d’attirer ultérieurement les capitaux privés.
Une stratégie décisive pour l’avenir énergétique de la France et de l’Europe
Pour la France, l’enjeu dépasse la simple innovation technologique. Le pays revendique une longue tradition dans le nucléaire, mais il doit désormais rattraper un marché émergent où il n’est plus leader. Le rapport de la CRE sonne comme une alerte : si Paris et Bruxelles n’augmentent pas rapidement les financements, l’Europe sera dépendante des technologies étrangères dans un secteur stratégique. Le calendrier est d’autant plus serré que les SMR sont attendus dans la décennie 2030 et les AMR entre 2040 et 2050.
La question du retard est donc centrale. Faute de réactivité, l’Europe risque de manquer la fenêtre d’opportunité et de se priver d’une part de marché prometteuse. À l’inverse, un engagement massif pourrait positionner la France et ses partenaires en fournisseurs crédibles de solutions bas-carbone. Pour la CRE, l’enjeu est clair : il faut combler le fossé financier avec les pays pionniers et créer les conditions d’un véritable décollage industriel grâce à des investissements à la hauteur des ambitions.






