Après près de 15 ans de travaux, l’Éthiopie vient d’inaugurer un barrage à la taille démesurée, le plus grand de tout le continent africain. Il doit permettre l’accès à l’électricité à l’ensemble de la population.
Un mégabarrage inauguré en Éthiopie
Le 9 septembre 2025, à Guba, l’Éthiopie a mis le point final à son méga chantier énergétique. L’inauguration du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne consacre l’aboutissement d’un programme lancé en 2011 et confirme l’ambition de l’Éthiopie de se hisser au rang de puissance électrique régionale. Malgré les crispations diplomatiques, l’Éthiopie voit dans ce barrage un tournant de son histoire énergétique, tant pour l’accès domestique à l’électricité que pour les échanges transfrontaliers. Au total, le coût du projet dépasse les 5 milliards de dollars.
L’Éthiopie franchit un seuil stratégique avec un ouvrage dimensionné pour produire 5 150 MW à plein régime. Cette capacité, rapportée à la demande interne, peut quasiment doubler la production électrique du pays. Parce que le réseau national reste encore inégalement développé, l’Éthiopie prévoit une montée en charge progressive, mais l’effet d’entraînement du barrage sur la stabilité d’approvisionnement, sur la baisse des délestages et sur la sécurité du système est d’ores et déjà attendu. Par ailleurs, la configuration au fil de l’eau, combinée à un vaste réservoir de 74 milliards de mètres cubes, doit offrir une modulation utile en période de pointe, ce qui renforce l’aptitude du barrage à lisser la production renouvelable et à appuyer l’industrialisation du pays.
Au-delà de la puissance brute, l’Éthiopie mise sur un effet de gamme : la disponibilité accrue d’électricité doit irriguer l’économie réelle, de l’agro-transformation à la cimenterie, en passant par la métallurgie et les services. En ville comme en zone rurale, l’accès à l’électricité demeure une priorité, et la stabilité de l’électricité doit offrir un signal clair pour l’investissement industriel.
Un projet d’infrastructure devenu symbole politique en Éthiopie
Par sa genèse et son financement, l’Éthiopie s’est approprié le barrage comme projet de souveraineté. Le chantier, entamé en 2011, a traversé des cycles politiques et des crises internes, sans perdre son statut d’étendard national. Le barrage s’est imposé comme l’un des rares objets de consensus. Ainsi, la société éthiopienne associe le chantier à une « fierté nationale ».
Simultanément, l’Éthiopie inscrit le barrage dans une vision d’intégration panafricaine des réseaux. Le jour de l’inauguration, plusieurs chefs d’État présents ont évoqué des perspectives d’achats d’électricité. Autrement dit, l’Éthiopie cherche non seulement à satisfaire sa demande intérieure, mais également à devenir une plaque tournante des échanges d’électricité en Afrique de l’Est, grâce au barrage comme levier d’export.
Techniquement, la puissance installée de 5 150 MW place l’Éthiopie dans la cour des grands hydrauliens. Économiquement, l’impact potentiel se mesure déjà. Le pays vise explicitement la fin des coupures récurrentes et le soutien à de nouvelles filières, y compris la mobilité électrique. Parce que le gouvernement a interdit les importations de véhicules à essence, la disponibilité d’électricité devient une condition essentielle de réussite.






