Éoliennes en mer : ces émissions méconnues qui inquiètent les scientifiques

Les parcs éoliens en mer pourraient libérer jusqu’à 228 substances chimiques nocives.

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Éoliennes en mer : ces émissions méconnues qui inquiètent les scientifiques
Éoliennes en mer : ces émissions méconnues qui inquiètent les scientifiques © L'EnerGeek

Les parcs éoliens en mer, indispensables pour la transition énergétique, posent néanmoins des questions délicates sur leurs répercussions sur l’environnement. Une étude récente, publiée dans le Marine Pollution Bulletin le 26 août 2025, s’est penchée sur les substances chimiques rejettées par ces installations. Coordonnée par l’Institut belge de recherche pour l’agriculture, la pêche et l’alimentation (ILVO), cette recherche a été menée en collaboration avec l’Agence fédérale maritime et hydrographique allemande (BSH) et l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) dans le cadre du projet européen Interreg Anemoi.

Les substances chimiques dégagées

L’étude a recensé un total de 228 substances chimiques, dont 62 peuvent avoir des répercussions sur l’environnement. Ces composés proviennent surtout des systèmes de protection contre la corrosion (70 %), suivis par les huiles et lubrifiants (10 %), ainsi que par les fluides de refroidissement et les agents extincteurs. Parmi ces substances, 64 % sont organiques et 19 % inorganiques. Certaines d’entre elles inquiètent particulièrement en raison de leur toxicité, leur persistance, leur action perturbatrice sur le système hormonal, leur potentiel cancérogène ou leur tendance à s’accumuler dans l’organisme.

Même si cette analyse détaillée vise à limiter leurs répercussions sur le milieu marin, il faudra en savoir davantage pour évaluer précisément les quantités libérées et les effets sur le long terme.

Les défis techniques et les règles à respecter

L’étude insiste sur la nécessité d’améliorer rapidement les méthodes d’analyse en réduisant les seuils de détection. La modélisation est également indispensable pour mieux comprendre comment ces substances se déplacent et se comportent dans la mer. Pour le moment, l’absence de procédures standardisées complique la mise en place d’un suivi efficace.

Sur le plan technique, des solutions existent déjà :

  • systèmes alternatifs de protection contre la corrosion,
  • systèmes de refroidissement fermés
  • et utilisation de matériaux biodégradables.

Du côté des règles, il faut adopter des directives techniques strictes pour encadrer l’autorisation et l’exploitation des parcs éoliens. Par exemple, en Allemagne, un concept de rejets est exigé dès la phase de planification, suivi d’une étude approfondie une fois l’autorisation donnée, et les anodes à base de zinc ainsi que les peintures contenant des biocides y sont interdites.

L’essor des éoliennes en France

En France, le gouvernement ambitionne que la production d’électricité issue des éoliennes en mer atteigne 30 % d’ici 2050, soulignant l’importance des énergies renouvelables. Actuellement, la production annuelle s’élève à 1,5 GW et le plan prévoit le développement de 17 parcs d’ici 2035, avant d’en déployer une cinquantaine d’ici 2050. La Bretagne, avec ses 2730 km de côtes, joue un rôle clé dans cette aventure.

Le parc éolien en service dans la baie de Saint-Brieuc depuis le 28 mai 2024, composé de 62 éoliennes, produit désormais 0,89 GW. Par ailleurs, un futur parc au large de la baie de Morlaix est prévu : il rassemblera 110 éoliennes et devrait atteindre une production de 2 GW, selon les informations communiquées par la Conférence régionale bretonne de la mer et du littoral (CRML) le 13 mai 2025.

La coordination internationale et le débat public

Même si certaines initiatives, comme celles en Allemagne, montrent la voie, il faut renforcer la coordination à l’échelle européenne pour harmoniser les pratiques entre les pays et intégrer encore plus la recherche scientifique aux décisions concrètes. En Bretagne, le sujet des implantations éoliennes fait bouillonner le débat, avec plusieurs collectifs pointant un manque de concertation avec le public et des préoccupations liées à la saturation visuelle.

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