La gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, a annoncé, le 23 juin, le lancement officiel du projet de construction d’une centrale nucléaire de nouvelle génération dans le nord de l’État. Une initiative spectaculaire dans un pays qui, depuis 2009, n’a plus posé la moindre première pierre d’un nouveau réacteur.
Lors d’une conférence de presse solennelle, Kathy Hochul a confié à l’Agence de l’énergie de l’État (New York Power Authority, NYPA) la mission de « développer et de construire une centrale nucléaire de nouvelle génération dans le nord de l’État de New York », dans des propos repris par Le Figaro. Le but est de garantir l’approvisionnement électrique d’une économie numérique de plus en plus énergivore.
Une centrale nucléaire pour nourrir la soif énergétique de New York
L’État de New York ambitionne une puissance de production d’au moins un gigawattheure, équivalent à celle des centrales conventionnelles actuelles. La technologie exacte du futur site reste à préciser. Serait-ce un réacteur classique ? Une série de petits réacteurs modulaires (SMR) plus flexibles ? Rien n’est encore tranché. Cette incertitude n’empêche pas Hochul de voir loin.
À l’image d’un discours qui assume son virage nucléaire, elle souligne, dans des propos partagés par Le Figaro : « Nous avons attiré certaines des entreprises les plus innovantes au monde. Elles arrivent, mais maintenant, notre défi est de leur fournir l’électricité pour prospérer. » Le développement de l’intelligence artificielle (IA), du cloud computing et des data centers s’accompagne d’une explosion de la demande électrique. Un véritable monstre à nourrir en continu, que l’éolien et le solaire peinent à rassasier seuls.
Une rupture avec quarante ans de gel nucléaire
Depuis le traumatisme de Three Mile Island en 1979, l’atome civil américain a été mis sous cloche. Seules les unités 3 et 4 du site de Vogtle en Géorgie, mises en service respectivement en 2023 et 2024, ont réussi à briser l’interdiction de facto. Le nucléaire était relégué au rôle de fantôme technologique, trop cher, trop lent, trop risqué. La gouverneure Hochul rompt donc un tabou. Son projet s’intègre dans une stratégie plus large de transition énergétique à faibles émissions. L’État vise une baisse de 85 % des gaz à effet de serre d’ici 2050.
En parallèle, des centaines de projets éoliens et solaires continuent de voir le jour, mais leur intermittence oblige à chercher une base pilotable. En s’appuyant sur les technologies de dernière génération, Hochul veut faire du nucléaire un complément stable et propre. « Ce n’est pas le réacteur nucléaire de vos grands-parents », aurait-elle déclaré, selon AP News. Finis les monstres soviétiques ou les cathédrales à l’entretien interminable. Place à un nucléaire compact, modulaire, digitalisé.
Un chantier titanesque, un pari politique explosif
Officiellement, aucune décision finale n’a été prise quant au site retenu, mais Nine Mile Point, déjà équipé de deux réacteurs, apparaît comme un candidat logique. Le coût ? Plusieurs milliards de dollars, financés par des partenariats public‑privé sous coordination du NYPA. Les retombées économiques sont majeures : près de 1 600 emplois directs en phase de construction, et 1 200 postes permanents ensuite. Le calendrier, lui, reste nébuleux.
Le permis de construire auprès de la NRC (Nuclear Regulatory Commission) n’est même pas encore déposé. Et les résistances s’organisent. Physicians for Social Responsibility a déjà dénoncé le retour de cette filière « à haut risque pour la santé publique ». D’autres voix, plus discrètes mais influentes, alertent sur le coût réel de cette énergie, souvent bien supérieur aux prévisions.






