Le 24 juin 2025, Henri Proglio a exposé une série de propositions radicales visant à réorganiser profondément EDF. Ancien PDG d’EDF entre 2009 et 2014, il critique violemment l’actuelle dépendance au marché européen de l’électricité, fustige le système de l’ARENH (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) et prône un retour massif au nucléaire. Des déclarations qui relancent un débat fondamental : EDF doit-elle encore fonctionner sous les règles de Bruxelles, ou redevenir un pilier souverain de l’État français ?
L’ARENH, « une absurdité économique » à supprimer
Henri Proglio ne mâche pas ses mots : pour lui, l’ARENH est un mécanisme « absurde et toxique pour EDF ». Ce système oblige aujourd’hui l’énergéticien à vendre jusqu’à 100 TWh par an de sa production nucléaire à prix cassé (42 euros/MWh) à ses concurrents, afin de soutenir la concurrence sur le marché de détail. En clair, EDF est forcée de subventionner ses rivaux, qui n’investissent ni dans le parc nucléaire, ni dans la stabilité du réseau.
L’ancien PDG estime que ce dispositif « appauvrit EDF et empêche toute stratégie de long terme ». Il réclame sa suppression pure et simple, ou a minima une réduction drastique de son volume, afin de permettre à l’entreprise publique de valoriser pleinement sa production nucléaire, dont le coût est aujourd’hui très inférieur à celui des marchés de gros.
Un rejet total du marché européen marginaliste
Le second pilier de sa critique vise le marché européen de l’électricité, fondé sur le mécanisme du prix marginal. Dans ce système, l’électricité est rémunérée au coût de production de la dernière centrale sollicitée pour répondre à la demande — souvent une centrale à gaz, plus coûteuse que le nucléaire. Résultat : même si EDF produit à bas coût, elle revend à un prix indexé sur une énergie fossile importée.
Henri Proglio propose donc une rupture nette : « Il faut sortir la France du marché européen de l’électricité ». Il défend la mise en place d’un marché national régulé, aligné sur les coûts réels du nucléaire français, permettant à EDF de proposer une électricité moins chère et plus stable, notamment pour les ménages et les petites entreprises. Il s’inspire du modèle espagnol, qui dissocie partiellement les tarifs de l’électricité du prix marginal européen, en instaurant des mécanismes de compensation et de modulation tarifaire.
Les éoliennes dans le viseur : une énergie « non pilotable »
Autre critique virulente d’Henri Proglio : les énergies renouvelables intermittentes, et notamment les éoliennes. Pour lui, ces installations représentent une instabilité structurelle dans le réseau. Produisant de manière aléatoire, elles nécessitent des centrales fossiles d’appoint, et injectent sur le marché des volumes mal synchronisés avec la demande. « Les éoliennes, ce n’est pas de l’électricité stable, ce sont des injections erratiques qui créent du chaos tarifaire », déclare-t-il dans la même interview.
Il appelle donc à un moratoire, voire un arrêt progressif des projets éoliens, y compris offshore, et à une reconcentration massive des investissements publics dans le nucléaire, seul moyen de produire en continu, sans émissions, à un coût compétitif.
Vers une électricité plus stable et moins chère
Les propositions de Proglio ne sont pas que structurelles : elles visent les consommateurs finaux, ménages et TPE. En supprimant l’ARENH, en quittant le marché européen et en recentrant EDF sur sa vocation nucléaire, il estime que la France pourrait proposer une électricité déconnectée de la volatilité du marché, avec des prix inférieurs à ceux actuellement observés sur les factures.
Tous les Français bénéficieraient ainsi d’un tarif basé non plus sur le prix marginal européen, mais sur les coûts historiques du nucléaire français, largement amortis. « EDF est une entreprise publique, elle doit d’abord servir les Français », martèle Proglio.
L’exemple espagnol : l’alternative ?
Henri Proglio cite l’Espagne comme modèle à suivre. Le pays ibérique a mis en place des mécanismes d’ajustement pour décorréler les tarifs consommateurs des pics du marché de gros, notamment lorsque la production renouvelable est trop abondante. Il s’appuie sur une régulation active de l’État, notamment via des contrats à long terme encadrés et des dispositifs de compensation.
Ce système, selon lui, protège mieux les consommateurs tout en préservant l’équilibre économique des producteurs d’électricité. Il suggère d’adapter ce modèle à la France, en recentrant EDF sur le nucléaire et en encadrant strictement le développement renouvelable.
Une vision souverainiste, à contre-courant de Bruxelles
Derrière le discours technique d’Henri Proglio, une ligne politique claire émerge : rétablir la souveraineté énergétique de la France. Il critique le poids des directives européennes, les subventions aux renouvelables imposées par Bruxelles, et la dépendance croissante de la France à des mécanismes de marché qu’il juge « inefficaces, coûteux et déstabilisants ».
Le rejet de la proposition de loi Gremillet par l’Assemblée nationale le 24 juin 2025, texte qui visait à encadrer davantage les renouvelables et renforcer le pilotage étatique, conforte son constat d’une « perte de cap énergétique ». Selon lui, l’État doit reprendre la main sur EDF, définir une stratégie de long terme, et en finir avec la logique de court terme dictée par les marchés.





