3e Conseil de défense écologique : quelles avancées retenir ?

3e Conseil de défense écologique : quelles avancées face à l’urgence des défis ?

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Le 25 avril 2019, Emmanuel Macron annonçait la création du Conseil de défense écologique. Une nouvel espace décisionnaire pour piloter la stratégie française en matière de transition écologique. Après deux premières réunions en mai et juillet dernier, le troisième Conseil de défense écologique s’est tenu le 7 novembre 2019. L’occasion de faire le point sur les dernières décisions prises par l’exécutif en matière de développement durable.

Le Conseil de défense écologique veut protéger les espaces forestiers

La première décision importante concerne la création du premier parc national des forêts. D’après l’Elysée, il s’agit d’une mesure indispensable pour atteindre l’objectif de 30% d’aires marines et terrestres protégées d’ici 2022. La France est actuellement à 23,9% de sa surface placée en “aires protégées”.

Le parc national s’étend sur deux départements, la Haute-Marne et la Côte-d’Or. Il s’étendra sur une zone de 250 000 hectares. Le décret pour sa création a été publié le jour même. Elisabeth Borne, en charge de la transition écologique, a déclaré : “Cet espace permettra de protéger durablement un des écosystèmes forestiers les plus emblématiques de notre pays.”

Le Conseil a aussi lancé une mission parlementaire sur l’avenir des forêts face aux changements climatiques, et notamment aux risques d’incendies. Cette mission sera pilotée par Anne-Laure Cattelot, députée LREM de la 12e circonscription du Nord qui précise “Je suis hyper heureuse. C’est un travail très attendu par le président de la République. Je suis chargée d’établir une feuille de route sur la politique de la forêt à l’échelle nationale. On m’a crédibilisée sur ce sujet“. Autre annonce : c’est désormais Bertrand Munch, ancien préfet de Paris, qui dirigera l’Office National des forêts.

Les friches industrielles en transition

Une partie du Conseil de défense écologique a été consacré à l’étude de cinq projets de réhabilitation d’espaces urbains. La France compte 2 400 friches recensées. La secrétaire d’état Emmanuelle Wargon travaille à la mise en place d’une plateforme pour recenser toutes ces friches, et référencer les projets de réhabilitation menés. Le sujet est devenu l’une des priorités du gouvernement dans sa stratégie de développement durable. Elisabeth Borne l’a souligné : “Réhabiliter des friches, c’est réutiliser du foncier déjà artificialisé plutôt que d’utiliser de nouvelles terres. C’est créer des logements, de l’activité, c’est développer des énergies renouvelables, comme le photovoltaïque, sans utiliser d’espaces nouveaux.”

Cinq friches ont été listées pour servir de sites à des projets de développement durables. Deux friches industrielles (l’une à Montreuil et l’autre à La Rochelle) ont été sélectionnées par l’ADEME dans le cadre d’un appel à projets. Elles seront réhabilitées pour accueillir des éco-quartiers ainsi que des sites pilotes d’agriculture urbaine.

L’armée française aussi mise à contribution

Les trois autres projets sélectionnés concernent tous d’anciens sites de l’armée. Dans le Bas-Rhin, une partie de l’ancienne base aérienne de Drachenbronn sera reconverti pour constituer un pôle d’accueil touristique. A Toulouse, un terrain de seize hectares, qui faisait partie de l’ancienne école des ingénieurs, permettra la construction d’une cité étudiante et de logements sociaux. Enfin, à Creil, dans l’Oise, une partie du terrain de la base aérienne servira au développement d’un parc photovoltaïque.

De fait, l’armée française se livre déjà à une stratégie de reconversion de ses terrains pour développer les énergies renouvelables. En septembre dernier, Florence Parly, la ministre des Armées, a annoncé que l’armée française, qui reste l’un des propriétaires fonciers les plus importants du pays avec 274 000 hectares, comptait mettre 2 000 hectares de terrain à disposition pour des projets de parcs photovoltaïques.

Clap de fin pour le projet Europacity

Enfin, dernière annonce et non des moindres : le gouvernement a choisi de reculer sur le projet de complexe Europacity. Ce complexe commercial devait voir le jour au nord de Paris, près de Gonesse. 500 000 m2 devaient être consacrés à sa construction d’ici 2027. Emmanuel Macron a jugé le projet “daté et dépassé”.

Elisabeth Borne est revenue sur cette décision en précisant les effets écologiques dangereux d’un tel projet : “C’est un projet qui implique d’augmenter le trafic automobile. Il devrait générer environ 175 000 déplacements de visiteurs par jour en moyenne. Même dans l’hypothèse de 50% de déplacements en voiture, cela représenterait 3 400 véhicules supplémentaires en heure de pointe le soir, et ce alors que le réseau routier est déjà saturé, malgré le développement des transports en commun.”

La ministre précise aussi que “ce projet concourt à l’artificialisation de 80 hectares de terres agricoles. Or nous ne voulons plus laisser perdurer un étalement urbain qui depuis des décennies se fait au détriment de ces terres et des espaces naturels.” Le président souhaite maintenant qu’un projet alternatif soit présenté.

Même si ce 3e Conseil de défense écologique a apporté son lot de décisions, “On sait dire quelles transformations on mène en silos, mais on ne sait pas dire quelle ­société on construit et vers quoi on veut emmener tout le monde, montrer un futur dési­rable. C’est le cas, notamment, sur l’écologie”, regrette un membre du gouvernement en pointe sur ces sujets.

 

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Mise en garde du 05 novembre 2019 des scientifiques du monde entier (plus de 11.000 et plus chaque jour) contre une situation d’urgence climatique

    Les tableaux et données sont assez clairs sur les importants dérapages et aspects à traiter.

    Les scientifiques ont l’obligation morale d’avertir clairement l’humanité de toute menace catastrophique et de “dire les choses comme elles sont”. Sur la base de cette obligation et des indicateurs graphiques présentés, nous déclarons, avec plus de 11 000 signataires scientifiques du monde entier, clairement et sans équivoque, que la planète Terre est confrontée à une urgence climatique.

    Énergie

    Le monde doit rapidement mettre en œuvre des pratiques massives d’efficacité énergétique et de conservation de l’énergie et doit remplacer les combustibles fossiles par des énergies renouvelables à faible teneur en carbone et d’autres sources d’énergie plus propres si elles sont sûres pour les personnes et l’environnement. Nous devrions laisser les stocks restants de combustibles fossiles dans le sol et poursuivre avec soin les émissions négatives effectives en utilisant des technologies telles que l’extraction du carbone à la source et la capture dans l’air et surtout en améliorant les systèmes naturels (voir section “Nature”). Les pays les plus riches doivent aider les pays les plus pauvres à abandonner les combustibles fossiles. Nous devons rapidement éliminer les subventions pour les combustibles fossiles et utiliser des politiques efficaces et équitables pour freiner l’augmentation constante des prix du carbone afin de limiter leur utilisation.

    Rapidité de déploiement :

    Ces 10 dernières années consommation d’énergie en Gigatonnes équivalent pétrole par an :

    Eolien + solaire + 373%
    Nucléaire + 48,6% (mais très majoritairement Chine donc pas amené à durer ainsi compte tenu notamment de la fermeture d’anciennes centrales)
    Gaz + 30,1%
    Hydro + 27,4%
    Charbon + 22,5%
    Pétrole + 11,9%

    Polluants à courte durée de vie

    Nous devons réduire rapidement les émissions de polluants climatiques à courte durée de vie, notamment le méthane, le carbone noir (suie) et les hydrofluorocarbures (HFC). Cela pourrait ralentir les boucles de rétroaction climatique et potentiellement réduire la tendance au réchauffement à court terme de plus de 50 % au cours des prochaines décennies, tout en sauvant des millions de vies et en augmentant le rendement des cultures grâce à une réduction de la pollution atmosphérique (Shindell et al. 2017). L’amendement de Kigali de 2016 visant à éliminer progressivement les HFC est le bienvenu.

    Nature

    Nous devons protéger et restaurer les écosystèmes de la Terre. Le phytoplancton, les récifs coralliens, les forêts, les savanes, les prairies, les zones humides, les tourbières, les sols, les mangroves et les herbes marines contribuent grandement à la séquestration du CO2 atmosphérique. Les plantes, les animaux et les micro-organismes marins et terrestres jouent un rôle important dans le cycle et le stockage du carbone et des nutriments. Nous devons réduire rapidement la perte d’habitat et de biodiversité, en protégeant les forêts primaires et intactes restantes, en particulier celles qui ont des réserves de carbone élevées et d’autres forêts capables de séquestrer rapidement le carbone (proforestation), tout en augmentant le reboisement et le boisement, le cas échéant à une échelle énorme. Bien que les terres disponibles puissent être limitées par endroits, jusqu’à un tiers des réductions d’émissions nécessaires d’ici 2030 pour l’accord de Paris (moins de 2°C) pourraient être obtenues avec ces solutions climatiques naturelles (Griscom et al. 2017).

    Nourriture

    Manger principalement des aliments d’origine végétale tout en réduisant la consommation mondiale de produits d’origine animale, en particulier le bétail ruminant (Ripple et al. 2014), peut améliorer la santé humaine et réduire considérablement les émissions de GES (y compris le méthane dans l’étape “polluants à vie courte”). De plus, cela permettra de libérer des terres cultivées pour la production de nourriture végétale humaine au lieu d’aliments pour le bétail, tout en libérant des pâturages pour soutenir des solutions climatiques naturelles (voir la section “Nature”). Les pratiques culturales telles que le travail minimal du sol qui augmentent la teneur en carbone du sol sont d’une importance vitale. Nous devons réduire considérablement les énormes quantités de déchets alimentaires dans le monde.

    Économie

    L’extraction excessive de matériaux et la surexploitation des écosystèmes, induites par la croissance économique, doivent être rapidement réduites pour maintenir la durabilité à long terme de la biosphère. Nous avons besoin d’une économie sans carbone qui s’attaque explicitement à la dépendance humaine à l’égard de la biosphère et de politiques qui orientent les décisions économiques en conséquence. Nos objectifs doivent passer de la croissance du PIB et de la recherche de l’abondance au maintien des écosystèmes et à l’amélioration du bien-être humain en accordant la priorité aux besoins fondamentaux et en réduisant les inégalités.

    Population

    Toujours en augmentation d’environ 80 millions de personnes par an, soit plus de 200 000 personnes par jour, la population mondiale doit être stabilisée et, idéalement, progressivement réduite, dans un cadre qui assure l’intégrité sociale. Il existe des politiques éprouvées et efficaces qui renforcent les droits de l’homme tout en abaissant les taux de fécondité et en atténuant les effets de la croissance démographique sur les émissions de GES et la perte de biodiversité. Ces politiques rendent les services de planification familiale accessibles à tous, éliminent les obstacles à l’accès à ces services et réalisent l’égalité entre les sexes, y compris l’éducation primaire et secondaire comme norme mondiale pour tous, en particulier les filles et les jeunes femmes (Bongaarts et O’Neill 2018).

    Conclusions

    Atténuer le changement climatique et s’y adapter tout en honorant la diversité des êtres humains implique des transformations majeures dans la façon dont notre société mondiale fonctionne et interagit avec les écosystèmes naturels.

    En tant qu’Alliance of World Scientists, nous sommes prêts à aider les décideurs dans une transition juste vers un avenir durable et équitable. Nous préconisons l’utilisation généralisée des signes vitaux, ce qui permettra aux décideurs, au secteur privé et au public de mieux comprendre l’ampleur de cette crise, de suivre les progrès et de réorienter les priorités pour atténuer les changements climatiques. La bonne nouvelle, c’est qu’un tel changement transformateur, avec une justice sociale et économique pour tous, promet un bien-être humain beaucoup plus grand que si rien n’était fait. Nous pensons que les perspectives seront plus grandes si les décideurs et l’humanité tout entière réagissent rapidement à cet avertissement et à cette déclaration d’urgence climatique et agissent pour préserver la vie sur la planète Terre, notre seul foyer.

    https://academic.oup.com/bioscience/advance-article/doi/10.1093/biosci/biz088/5610806

    .

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  • @Energie+
    Fin du paragraphe Energie : “for steadily escalating carbone prices to restrain their use” à traduire par : “pour faire augmenter progressivement le prix du carbone afin de limiter leur utilisation”(des combustibles fossiles).
    De bonnes recommendations là-dedans , mais de mise en place assurément très complexe et très longue.

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  • La décision de construire cette centrale date de juillet 2006. Si elle entre en fonction en 2020, sa construction aura pris autant de temps et aura été aussi laborieuse que celle de l’EPR de Flamanville.
    Aucune décision de construction de centrale au lignite ou au charbon n’a été prise depuis juin 2008.

    Depuis 2006, la production annuelle d’électricité nucléaire en Allemagne a baissé de 167 à 76 TWh (2018), celle du lignite de 151 à 145 TWh, celle du charbon de 138 à 83 TWh alors que celle des énergies renouvelables a augmenté de 73 à 226 TWh, pour une production totale en légère augmentation.

    Dans le même temps, le contenu en CO2 du kWh d’électricité a baissé en conséquence.

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  • Au cours des dix dernières années, le nucléaire n’a pas augmenté de 48,6% – quelle aberration ! – faut s’informer un peu mieux e+. De 2008 à 2018, le nucléaire a baissé de 1,5%, de 2740 à 2700 TWh.
    Pour l’hydraulique, c’est +28%, de 3260 à 4190 TWh.
    Pour l’éolien, 5,8 fois plus, de 220 à 1270 TWh.
    Pour le solaire : bon, c’est devenu 580TWh.

    Bonne nouvelle, la production d’électricité éolienne et celle d’électricité solaire devrait chacune dépasser celle du nucléaire vers 2030. Ce pourrait même être dès 2028 pour le solaire.

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