PPE : les territoires, acteurs clés de la transition énergétique ?

PPE : les territoires, acteurs clés de la transition énergétique ?

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Le débat public sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) rappelle la nécessité de tenir compte des spécificités des territoires dans l’élaboration de la politique énergétique. Au moment où les pouvoirs publics tentent de faire émerger un nouveau modèle de transition énergétique, la question de l’efficacité climatique des mesures à adopter restent absolument centrale. Si les collectivités locales peuvent assurément jouer un rôle moteur, certains se demandent encore si elles disposeront d’assez de carburant ?

PPE : les territoires expriment leurs doléances

Fin avril 2018, l’association des villes européennes engagées dans la transition énergétique voulait envisager un « partage des responsabilités dans un système énergétique radicalement nouveau ». Lors de son rassemblement annuel à Rennes, les élus locaux ont aussi rappelé l’importance d’aligner les politiques nationales et européennes sur l’Accord de Paris. En effet, l’adjointe à la maire de Paris, Celia Blauel, estime que « la mise en place de l’Accord de Paris ne peut reposer sur les seules épaules des collectivités locales (…) il faut que toutes les planètes politiques soient alignées ».

Animé très activement par les acteurs publics locaux, le débat public sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie montre que les problématiques de la transition énergétique sont aussi diverses que multiples. Toutefois, les acteurs économiques attachent tous une importance particulière aux emplois créés par la transition énergétique. Mais de Cordemais à Mirabeau, les élus abordent ce questionnement en se focalisant logiquement sur les activités déjà présentent dans leur territoire, et sur le bassin d’emploi qui leur correspondent. Et ce sujet est effectivement primordial, car d’après les prévisions de l’ADEME, 340.000 emplois pourraient être créés par la transition énergétique à l’horizon 2035. Ainsi, tandis que la Députée de Loire-Atlantique, Marie-France Brunet, se montre particulièrement vigilante sur la reconversion des centrales à charbon, l’entretien des infrastructures nucléaires a été longuement abordé lors de la table-ronde organisée par le Député Julien Aubert, et intitulée : « la transition énergétique à l’échelle de notre territoire ». Le débat public en cours aborde donc les différentes thématiques par le prisme de l’activité locale ; même si à Arras, en présence de la présidente de la Commission nationale de débat public (CNDP), Chantal Jouanno, Philippe Vasseur et Philippe Rapeneau ont pu rappeler que « la clé de tout c’est d’arriver à fédérer tous les acteurs ».

Transport et bâtiment, les nouvelles priorités pour la stratégie énergétique française ?

De son côté, Jacques Archimbaud, président de la Commission particulière du débat public sur la PPE, a relayé, le 10 avril 2018, un document édité par la Direction Générale de l’énergie et du Climat du Ministère de la transition écologique. Dans ce document, l’administration confirme les objectifs de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) en proposant un scénario « Avec Mesures Supplémentaires » (AMS), qui concernent au moins tout autant les transports et le bâtiment, que la production énergie, puisque « l’atteinte de la neutralité́ carbone suppose une ambition renouvelée en particulier sur les secteurs consommant de l’énergie ».

L’Union Française de l’Électricité (UFE) qui analyse la SNBC dans son édito du 13 mai 2018, estime d’ailleurs que « remettre notre pays sur sa trajectoire de neutralité carbone à 2050 (…) pourrait conduire à une progression modérée de la consommation d’électricité décarbonée ». Néanmoins, les services du ministère précisent que la réussite de la SNBC « implique d’avoir une offre d’énergie 100 % décarbonée à cet horizon (2050) ». Pour cela, l’UFE propose « d’anticiper le développement des réseaux avec une planification efficace, fondée sur des gisements prospectifs de long terme cohérents avec les objectifs de la PPE et du Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) », notamment pour permettre d’accroître la part des énergies renouvelables et intermittentes sur le réseau électrique national.

La décentralisation, du manque de moyens aux succès des Etats-Unis…

Pour relever le défi de l’aménagement du territoire, Jaques Archimbaud, s’interrogeait dans son éditorial du 7 mai : « en fonction de leurs ressources propres, les territoires sont-ils suffisamment impliqués dans la transition énergétique ? ». Une interrogation qui se pose d’autant plus que la mission confiée au Sénateur, Alain Richard et à l’ancien préfet Dominique Bur pour la modernisation des finances locales, a récemment souligné l’importance de garantir le principe constitutionnel d’autonomie financière des collectivités. Au-delà des questions budgétaires, Amélie Artis, maîtresse de conférence à Sciences Po Grenoble, se demande si le fait de déléguer une politique d’importance vitale, comme la politique énergétique, à une kyrielle d’acteurs ne risque pas de conduire à un émiettement des responsabilités. En effet, dans le livre « Coopération, gouvernance, territoires et transition énergétique », cette problématique est énoncée en ces termes : « une grande diversité de points de vue et peut être une réflexion insuffisamment structurée ? » La réflexion va donc probablement se poursuivre en articulant plusieurs aspects : les objectifs stratégiques, les moyens de financement, et la gouvernance.

Malgré cette apparente complexité, l’initiative Americas’s Pledge lancée par Mike Bloomberg et Jerry Brown démontre que la multiplication des initiatives locales peut avoir un réel impact dans la poursuite des objectifs de développement durable. Après le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris, des villes et des Etats ont décidé de prendre le relai du gouvernement fédéral dans la lutte contre le dérèglement climatique. Après la déclaration « We are Still In » de Mike Bloomberg, les philanthropistes du fonds Bloomberg vont notamment attribuer 4,5 millions de dollars pour compenser la diminution des subventions accordées par Donald Trump au budget des Nations Unies. Dernièrement, la Californie a imposé début mai 2018 l’installation de panneaux photovoltaïque pour tous les nouveaux logements.

Les contrats de transition écologique préparent un nouveau modèle solidaire ?

En France, les contrats de transition écologique devront permettre d’accroître les investissements. En cours d’élaboration, ils auront pour objectif de mobiliser des financements privés, au service des projets développés dans les territoires. Lors de son déplacement à l’agglomération du Gard rhodanien, Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat auprès de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire a dévoilé les 8 premiers territoires engagés dans l’élaboration d‘un contrat de transition écologique. Comme l’indique le hashtag utilisé par le gouvernement pour relayer l’annonce du 26 avril dernier, #IciOnAccélère, l’objectif est de renforcer l’action en faveur d’un changement de modèle énergétique, afin de tenir les objectifs de la COP21.

Alors que le dispositif n’en est qu’à ses balbutiements, le gouvernement vient de nommer Coralie Noel au poste de Coordonnatrice nationale des contrats de transition écologique. D’ici la fin de l’année 2018, l’ancienne conseillère environnement de Valérie Pécresse devra choisir les 12 autres territoires qui intégreront le dispositif. Parallèlement, l’ADEME précise que « la transition énergétique nécessitera également le maintien d’une solidarité entre territoires afin de mieux exploiter les atouts et les complémentarités de chacun », un axe de réflexion qui sera justement abordé lors de la réunion prévue le 17 mai 2018 à Lyon par Le Monde Cities, « la smart city réduira-t-elle les inégalités » ?

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • La transition avec tous ses impacts positifs (réduction des émissions, indépendance énergétique, baisse des prix, innovations, création d’emplois etc) irait bien plus vite si l’on impliquait pleinement les entreprises et particuliers comme acteurs de cette transition, çà ne ferait qu’accélérer le modèle énergétique que l’on voit changer partout dans le monde, mais un peu plus vite ou un peu plus tard, c’est juste une façon de regarder la réalité en face.

    La Californie impose le solaire dans les nouvelles constructions, c’est très bien. Qu’attend la France pour imposer le solaire hybride, des pompes à chaleur de COP supérieur à 5, voire d’autres solutions en pointe, dans les nouvelles constructions et rénovations ?

    Même l’éolien peut s’avérer pertinent dans certaines zones et sur certains immeubles en hauteur comme on le vérifie entre autres au Pays-Bas, en Finlande etc (en plus ces éoliennes sont superbes, de quoi faire changer d’avis les anti-éoliens !)

    Beaucoup d’entreprises et particuliers sont en effet en mesure d’être facilement producteurs d’énergie mais quel intérêt de réduire sa consommation et de produire de l’énergie quand on a des frais d’abonnement fixe (vous consommez moins d’électricité ou d’eau mais votre KWh TTC ou votre m3 d’eau unitaires vous coûte plus cher en raison des frais fixes alors que vous êtes vertueux !), que l’électricité produite hors contrat n’est pas achetée (pourtant les compteurs Linky ou autre peuvent en tenir compte) et quand c’est le cas elle l’est parfois à un prix net inférieur au prix net réel (prix réel moins coûts notamment de transport).

    Il est facile et assez rapidement rentable (en moyenne sous 8 ans) pour les entreprises ou particuliers d’installer du solaire hybride (PC + thermique), donc de réduire voire d’annuler leur consommation électrique et de réduire fortement (environ 70%) l’énergie pour l’eau chaude sanitaire et (environ 50% voire plus) celle pour le chauffage et d’injecter le surplus dans le réseau.

    Dans l’ordre d’efficacité énergétique les échanges d’électricité entre entreprises et particuliers voisins sont pertinents et commencent à se développer dans le monde.

    Le stockage électrique local (même thermique comme entre autres à Drake Landing dans l’Alberta au Canada, aux Pays-Bas, Allemagne, Danemark etc) est également pertinent avant le stockage individuel moins efficient.

    Ce stockage local permet en effet de réduire les coûts pour un groupe, mutualiser l’entretien, réduire fortement les pertes éventuelles, avoir accès à différentes formes de stockages et d’injection (power to gas, biométhane, méthanol etc)

    Le stockage individuel ensuite même s’il n’est pas forcément chaque fois total peut être pertinent pour la régulation du réseau, une seconde vie pour les batteries des véhicules, même si des batteries Na-ion sont plus sécuritaires (et le sodium très courant) et les batteries de flux plus durables et commencent seulement dans certains cas à devenir compétitives à celles au Li-ion.

    C’est très bien d’impliquer les territoires mais ce serait mieux de permettre aux territoires comme aux villes etc comme dans d’autres pays et comme le demandent par exemple des villes comme Grenoble, de pouvoir être producteurs indépendants d’énergie, ce qui n’est pour le moment pas autorisé en France puisque le secteur a été centralisé après la seconde guerre mondiale alors qu’auparavant des régions produisaient leur propre énergie comme toujours dans plusieurs pays.

    Mais çà irait encore plus vite en impliquant beaucoup plus qu’actuellement les entreprises et particuliers dont beaucoup ont déjà commencé et beaucoup plus ne demandent que çà.

    Evidemment çà oblige les opérateurs à s’adapter plus vite mais le changement est en cours grâce aux technologies, alors pourquoi ne pas aller plus vite comme certains pays l’ont compris, on aurait tout à y gagner et à pouvoir exporter plus de savoir-faire qu’actuellement et ce serait plus conforme pour le pays ayant accueilli les 198 pays des Accords de Paris.

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