Éolien en mer : un potentiel qui tarde à se concrétiser dans le Nord de la France - L'EnerGeek

Éolien en mer : un potentiel qui tarde à se concrétiser dans le Nord de la France

Le ministère de l’Energie et de l’Environnement a dévoilé jeudi 11 mai 2017, les dix dossiers de candidature sélectionnés dans le cadre de l’appel d’offres pour un futur parc éolien en mer au large de Dunkerque dans le Nord de la France. Prévu pour 2022, ce projet avance donc à bon rythme et dénote d’une véritable volonté gouvernementale en la matière. Pour autant et malgré ce soutien, la filière, elle, ne progresse pas ou peu, toujours bloquée par des procédures administratives trop contraignantes et des recours à répétition. Explications.

Un troisième appel d’offres dans les délais

A la suite d’une délibération de la Commission de régulation de l’énergie, dix groupes français et étrangers ont été présélectionnés et peuvent encore prétendre à remporter le futur projet de parc éolien offshore au large de Dunkerque, enjeu du troisième appel d’offres lancé par le gouvernement français en 2016. On retrouve parmi les sélectionnés, le producteur belge d’énergie renouvelable Elicio, l’espagnol Iberdrola Renovables avec RES, le norvégien Statoil, le français Engie associé au portugais EDPR, le suédois Vattenfall, InControl France, le belge Parkwind avec le français Valeco, le belge Deme Concessions Wind, EDF EN avec Innogy et Enbridge, et enfin le canadien Boralex avec CMI5i Pastor.

Comme précisé par le gouvernement, “cette présélection a permis de retenir, sur des critères techniques et financiers, les entreprises qui poursuivront avec l’administration une étape dite de dialogue concurrentiel“. Cette phase doit débuter “avant l’été” pour définir le cahier des charges définitif du projet, dont le lauréat sera désigné en 2018 pour une mise en service du parc espérée en 2022. Si ce délai est bien sûr indicatif, le gouvernement compte toutefois sur ce projet pour relancer une filière au point mort depuis l’attribution des premiers contrats en 2012.

Une filière paralysée par les recours en justice

En effet, malgré les espoirs que suscite cette filière énergétique d’avenir, la France reste en retard et n’a pour le moment pas réussi à concrétiser un seul projet. Des appels d’offres ont été lancés, des projets ont été attribués, élaborés et financés, mais dans les faits, les parcs éoliens offshore tant attendus ont bien du mal à voir le jour. La faute principalement aux nombreux recours en justice déposés par des associations anti-éoliennes qui critiquent l’impact visuel des éoliennes, mettent en avant des problèmes éventuels liés à la sécurité des navires, et retardent du même coup les procédures de mise en service.

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Les travaux d’installation des champs d’éoliennes en mer prévus en Normandie (Courseulles sur mer, Fécamp, Le Tréport) et dans les Pays de la Loire (Saint-Nazaire, Iles d’Yeu et de Noirmoutier) par exemple, n’ont toujours pas commencé. Ces projets, emmenés par EDF et Engie, ont pourtant tous obtenu la validation des préfectures concernées pour pouvoir lancer les chantiers, mais les recours formulés contre ces arrêtés préfectoraux bloquent toujours pour l’instant le processus.

Les recours contre ces projets font perdre encore une année supplémentaire (…) les premières éoliennes pourront être en mer en 2020, et les parcs mis en service en 2021-2022″, explique Béatrice Buffon, présidente du Syndicat des énergies renouvelables (SER) et directrice générale adjointe d’EDF EN en charge des activités maritimes. “Il n’y aura rien avant 2020, date initialement prévue pour la mise en service de nos trois parcs (Courseulles sur mer, Fécamp et Saint-Nazaire) d’une capacité totale de plus de 1.400 mégawatts (MW)”, ajoute-t-elle.

Vers une simplification administrative des procédures

Évoqué lors de la campagne présidentielle, ce problème fait débat et certains n’hésitent plus à proposer des mesures pour limiter ces recours. “Un décret permet déjà d’accélérer le traitement des recours”, fait observer Béatrice Buffon, qui compte désormais (comme nombreux professionnels du secteur) sur la simplification administrative promise par le gouvernement.

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A l’occasion du dernier colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables (SER), le Président du groupe EDF Jean-Bernard Lévy avait lui même pointé du doigt la lenteur du processus administratif applicable dans ce cadre et demandé plus de simplicité dans le sens d’une plus grande efficacité pour tous les acteurs de la filière. “Chacun voit bien que ça patine. On termine le quinquennat actuel avec encore des difficultés en ‘permitting’ (autorisations, NDLR), de recours. (…) Malgré tous nos efforts, la France est un pays où ça prend beaucoup, beaucoup plus de temps que chez la plupart de nos voisins”, déplorait alors le PDG avant de plaider pour de “gros efforts de simplifications”.

Depuis, la ministre de l’Environnement et de l’Energie Ségolène Royal a annoncé toute une série de dispositions visant à réduire les coûts et à simplifier les procédures, dans le cadre d’une ordonnance et d’un décret publiés cette année. Plusieurs mesures de simplification visant à faciliter l’obtention des autorisations pourraient donc être inaugurées à l’occasion de ce troisième appel d’offres et des suivants, comme l’attribution au lauréat d’une concession d’occupation du domaine public en même temps que l’appel d’offres. Cette double attribution devrait notamment permettre d’accélérer considérablement la réalisation concrète du projet, et se pose donc comme une condition indispensable à l’atteinte des objectifs gouvernementaux en matière de capacités raccordées dans les années à venir.

Des ambitions à la hauteur des enjeux

Pour rappel, les ambitions du gouvernement sont très élevées en la matière et la loi de transition énergétique table de fait sur un développement croissant et performant de l’énergie éolienne offshore. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), feuille de route énergétique de la France adoptée en application de la loi, prévoit par exemple d’attribuer jusqu’à 6.000 mégawatts de projets pour l’éolien en mer posé d’ici à 2023, en plus des 3.000 MW qui devraient être en service à cette échéance. Cet objectif ambitieux est aujourd’hui toujours réalisable mais nécessitera la concrétisation rapide des projets en cours et la multiplication des appels d’offres dans un futur proche.

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A ce jour, outre Dunkerque, seul un autre appel d’offres prévoit la construction d’un parc au large de l’île d’Oléron (Charente-Maritime), pour lequel la ministre de l’Energie Ségolène Royal a annoncé en avril le “lancement à venir du dialogue concurrentiel“.

Crédits photo : Dong Energy / Adwen

Rédigé par : La Rédaction

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