France-Espagne : place à une future interconnexion électrique d'envergure

France-Espagne : place à une future interconnexion électrique d’envergure

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Fin septembre 2017, les gestionnaires de réseaux français (RTE) et espagnol (ETE) ont trouvé un accord de financement pour lancer le projet d’une interconnexion électrique entre les deux pays. Ce futur raccordement électrique verra le jour dans le golfe de Gascogne et il devra permettre de monter en puissance dans le transport d’électricité entre la France et l’Espagne. Outre ses implications à court terme, cette interconnexion électrique de grande envergure devrait aussi jouer un rôle central dans le développement d’une nouvelle stratégie de consommation électrique en Europe. Permettant un meilleur ajustement de la production électrique pour répondre aux pics de consommation, elle aura aussi pour but d’injecter plus d’électricité verte dans le mix français.

Une interconnexion électrique entre la France et l’Espagne

A l’heure actuelle, les capacités d’interconnexion électrique entre la France et l’Espagne restent limitées : seulement 2,8 gigawatts. Une puissance insuffisante au regard des besoins électriques des deux pays. Pour pallier ce problème, les deux gestionnaires des réseaux électriques, RTE (Réseau de transport d’électricité) et ETE, ont décidé de lancer un projet visant à améliorer le transport électrique entre les deux réseaux. Grâce à leur projet d’interconnexion électrique dans le golfe de Gascogne, cette capacité de transport devrait augmenter drastiquement et passer à 5 gigawatts.

La Commission de régulation de l’énergie française (CRE), et son homologue espagnol, la CNMC, ont conclu l’accord de financement pour le projet d’interconnexion électrique le 21 septembre 2017. L’accord porte notamment sur la répartition des coûts de construction du chantier entre les deux pays. Les deux gestionnaires de réseau, RET pour la France et REE pour l’Espagne, prévoient aussi de faire une demande de subvention auprès de l’Union Européenne afin de financer le projet à hauteur de 40%. C’est le gestionnaire de réseau français, RTE, qui va mener le projet et le coût total des travaux est pour l’instant estimé à 1,75 milliards d’euros. La phase de concertation publique a démarré le 4 octobre dernier, dans la foulée de l’accord trouvé en ce qui concerne le mode de financement du projet. Si les travaux peuvent commencer dès 2022, alors la nouvelle interconnexion électrique pourrait entrer en fonction à l’horizon 2025.

Un chantier titanesque

L’interconnexion électrique du golfe de Gascogne représente un chantier de très grande envergure pour le français RTE. Afin de rendre l’interconnexion possible, RTE va devoir construire une voie souterraine comprenant un tronçon maritime pour transporter l’électricité jusqu’en Espagne. Le chantier présente une spécificité : sur les 370 km de réseau électrique prévus pour mettre en place la future interconnexion, 280 km seront sous-marins. C’est la première fois qu’une interconnexion électrique est construite de façon essentiellement sous-marine, ce qui présente un défi technique pour RTE. Selon les premiers plans de l’électricien français, l’interconnexion devrait partir de Cubnezais, en Gironde, pour ensuite se diriger vers l’océan au niveau de Lacanau et finalement atteindre Gatika, dans le Pays basque espagnol. Le dernier tronçon du réseau, bâti sur le territoire espagnol, sera une liaison aérienne de 10 km entre l’océan et Gatika.

Outre la construction de cette nouvelle ligne de réseau, le projet d’interconnexion implique également des travaux au niveau de la station électrique de Cubnezais : pour l’instant elle produit du courant alternatif, mais pour le transport de l’électricité vers l’Espagne, il faudra mettre en place un poste de conversion afin de passer en courant continu. Ensuite au niveau du raccord entre le câble terrestre et le câble sous-marin, RTE devra aussi créer une chambre de jonction. Enfin, l’installation du câblage électrique dans l’océan atlantique ne sera pas le moindre des chantiers : il faudra tout d’abord creuser des tranchées d’enfouissement dans les fonds océaniques en tenant compte des disparités des fonds marins (notamment dans les zones rocheuses qui sont plus difficiles d’accès) avant de finalement dérouler le câble électrique depuis un navire spécialement appareillé pour l’opération.

Mutualiser l’énergie dans une logique de smart grid

Cette interconnexion est à l’avantage des deux pays qui ont tout intérêt à mutualiser leur production électrique dans les années à venir. Car si, lors des pics de consommation de l’hiver 2016, l’Espagne a exporté 2,5 gigawatts d’électricité vers la France, il arrive également que ce soit la France qui a recours à des demandes exceptionnelles de son voisin pour couvrir les besoins électriques de la population. Pour RTE, cette mutualisation a d’autant plus de sens dans une logique de développement des énergies renouvelables et de la réduction des gaz à effet de serre. En considérant que la production d’énergie d’origine éolienne est beaucoup plus développée en Espagne qu’en France, il est possible pour les gestionnaires de réseaux d’envisager un modèle dans lequel, en cas de pic de consommation électrique sur le territoire français, RTE importe de l’électricité éolienne espagnole plutôt que de pousser au maximum la production électrique des centrales thermiques françaises. Cette logique de smart grid, appliquée à la production électrique mutualisée de deux pays, devrait permettre une meilleure gestion des ressources en limitant les risques de coupures sur les réseaux.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Et en cas de pics de consommation simultanés, que se passera-t-il ? Et en cas de surproductions simultanés, que se passera-t-il ? A voir.

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  • Le RTE a parfaitement l’habitude de gérer les hausses et baisses de demande d’électricité. La France n’a pas que cette connexion avec l’Espagne. Elle dispose de 341 interconnexions avec 19 pays.
    Interconnexions entre pays, également entre sources d’énergie. En 2016, la production éolienne a baissé de – 1,8% (année peu venteuse) par rapport à 2015, la production hydroélectrique a augmenté de + 8,2% (importantes précipitations annuelles) et la production photovoltaïque a augmenté de + 22%.

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    • Parlez plutôt en valeur absolue et vous verrez que la réalité est toute autre que ce que vous laissez comprendre.

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    • L’important, pour l’équilibre du réseau, n’est pas tant la production annuelle, que la puissance disponible en temps réel. Vous vous trompez dans vos arguments.

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  • « C’est la première fois qu’une interconnexion électrique est construite de façon essentiellement sous-marine »… C’est tout de même oublier l’interconnexion IFA2000, qui connecte la France et l’Angleterre depuis 1986 !

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