Plus de 400 plaintes ont été déposées depuis janvier 2026 par les exploitants de bornes de recharge pour vols de câbles, selon l’association Charge France. Ces attaques ne constituent pourtant que la dernière cible d’une criminalité structurée qui frappe désormais l’ensemble des réseaux critiques français : ferroviaire, télécoms, électrique. Avec un cours du cuivre à 9 000 euros la tonne, le métal rouge attise les convoitises et alimente des filières organisées qui paralysent quotidiennement des infrastructures stratégiques.
Un phénomène systémique : le cuivre, cible des réseaux criminels
Des câbles ferroviaires aux bornes de recharge : une escalade criminelle
Les bornes de recharge électrique représentent la nouvelle frontière d’une criminalité qui a successivement visé les câbles de signalisation ferroviaires, les réseaux télécoms et les lignes de grosse alimentation électrique. Jacques Galvani, PDG d’Atlante qui gère 1 800 stations en France, confirme que ces vols se chiffrent en millions d’euros. Xavier Bourat, directeur régional Hauts-de-France chez TotalEnergies, souligne la facilité déconcertante des opérations : « Il suffit d’une disqueuse de chantier ou de grosses pinces » pour subtiliser les câbles. Cette accessibilité technique transforme chaque infrastructure en proie potentielle.
Le marché du cuivre à 9 000 euros la tonne : moteur de la criminalité
Jean-Pierre Cloez, du syndicat Alliance Police, détaille la rentabilité du trafic : « Le prix du cuivre est assez élevé. Cinq kilos, ça représente par câble 50 euros de récupérés. » Par station, les voleurs peuvent emporter jusqu’à 500 euros de cuivre. Ce rapport entre simplicité opérationnelle et rendement financier explique l’industrialisation du phénomène. Les réseaux criminels optimisent leurs tournées : plusieurs stations sont vandalisées la même nuit par les mêmes auteurs, révélant une planification méthodique. La revente s’effectue ensuite sur des circuits parallèles où la traçabilité reste difficile à établir.
Impact sur les infrastructures critiques : au-delà des bornes de recharge
Perturbations du RER A et coupures internet : quand les vols paralysent les services
Le 10 août 2026, le trafic du RER A a été fortement perturbé entre Marne-la-Vallée et Noisy-le-Grand suite à un vol de câbles électriques. Les dizaines de milliers d’usagers quotidiens de cette ligne stratégique subissent directement les conséquences d’une criminalité qui ne mesure pas l’ampleur des dégâts collatéraux. Les coûts de réparation, incluant l’intervention de techniciens spécialisés et le remplacement des équipements, pèsent lourdement sur les opérateurs déjà confrontés à des contraintes budgétaires serrées.
Réseaux télécoms et internet : 35 foyers privés de connexion pendant des semaines
À Coudray et Vieil-Évreux dans l’Eure, 35 foyers restent privés d’internet et de téléphone depuis juin 2026 après des vols et dégradations de câbles DSL et fibre optique. L’intervention de réparation n’était prévue que pour le 19 août, soit près de deux mois après les faits. Cette situation illustre la vulnérabilité des zones rurales où la densité d’infrastructures rend les réparations complexes et coûteuses. Les habitants se retrouvent isolés numériquement, avec des conséquences sur le télétravail, l’accès aux services administratifs en ligne et la continuité pédagogique.
Sécurisation des réseaux énergétiques : quelles solutions techniques ?
Câbles intégrés, surveillance et matériaux alternatifs : les pistes
Face à l’ampleur des pertes, les exploitants explorent plusieurs axes de protection. L’intégration des câbles directement dans la structure des bornes, rendant leur extraction impossible sans destruction complète de l’équipement, constitue une première piste. Les systèmes de vidéosurveillance connectée, avec détection automatique des comportements suspects et alerte en temps réel, représentent une deuxième ligne de défense. Certains acteurs étudient également l’utilisation de matériaux composites moins attractifs économiquement, bien que cette option pose des questions de performance électrique et de coût de déploiement. Les enjeux énergétiques de la transition imposent des solutions durables.






