Le 1er janvier 2026, la France a discrètement modifié une composante essentielle de sa politique énergétique : le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire. En le réduisant de 2,3 à 1,9, le gouvernement a reconnu que le DPE désavantageait les logements électriques depuis 2006, soulevant un débat technique sur la véritable mesure de la performance énergétique.
Le rôle crucial du CEP dans le DPE
Le coefficient d’énergie primaire (CEP) convertit l’énergie finale consommée par un logement en énergie primaire, nécessaire en amont pour produire cette énergie. Pour le gaz ou le fioul, ce coefficient est proche de 1 (environ 1,1), car l’énergie finale est presque équivalente à l’énergie extraite. Cependant, pour l’électricité, produire 1 kWh nécessite plus d’énergie primaire en raison des pertes lors de la transformation et du transport.
Écart entre énergie primaire et finale
L’énergie finale est celle mesurée par votre compteur électrique, tandis que l’énergie primaire inclut les pertes amont : rendement des centrales nucléaires (environ 33%), pertes sur les lignes haute tension, transformations. Fixé à 2,58 en 2006, le coefficient a été abaissé à 2,3 en 2021. Comme le rapporte 60 millions de consommateurs, Vanessa Richard, experte en bâtiment, explique que 800 000 logements ont changé de classe énergétique sans travaux, certains sortant même de la catégorie des passoires thermiques.
Conséquences de l’ajustement à 1,9
Le coefficient de 2,3 reflétait un mix électrique français des années 2000, dominé par le nucléaire et des centrales au charbon et fioul. Avec la fermeture progressive de ces installations et l’essor des renouvelables, le nouveau coefficient de 1,9 reconnaît la réduction des pertes et émissions. Les propriétaires de logements électriques bénéficient mécaniquement d’un meilleur classement sans modifier leurs installations.
Révision du 1er janvier 2026 : enjeu scientifique ou politique ?
Derrière cette révision se joue un enjeu stratégique pour la transition énergétique en France. Le gouvernement encourage l’électrification du chauffage via MaPrimeRénov’ et les aides aux pompes à chaleur. Un DPE sévère pour l’électricité freinait ces investissements, rendant le gaz plus attractif dans les calculs de performance.
Changement de classe énergétique : réalité ou illusion ?
Les 800 000 logements concernés n’ont pas amélioré leur isolation ou leur consommation thermique réelle. Seule la conversion en énergie primaire sur le diagnostic a changé. Un appartement consommant 180 kWh/m²/an en énergie finale passe à 155 kWh/m²/an en énergie primaire avec le nouveau coefficient, pouvant gagner une classe. Cela pose des questions sur la mesure de la performance intrinsèque du bâti ou du système énergétique national.
Impact sur le mix énergétique et objectifs carbone
L’ajustement du CEP s’inscrit dans la stratégie de décarbonation de la France. L’électricité nucléaire et renouvelable émet environ 50 g CO₂/kWh, contre 227 g pour le gaz naturel. Favoriser l’électrification accélère la sortie des énergies fossiles, mais repose sur la capacité du réseau électrique à gérer une demande croissante, notamment en hiver, ce qui reste un défi.
Les lacunes méthodologiques du DPE après 2021
Outre le coefficient électrique, le DPE actuel présente des biais de calcul qui faussent l’évaluation de nombreux logements. Vanessa Richard souligne que la vérification est simple et gratuite via le site de l’Ademe, où une attestation actualisée peut être téléchargée pour les diagnostics concernés.
Surconsommation fictive dans les petites surfaces
Entre juillet 2021 et juin 2024, les petits logements subissaient un biais : la consommation d’eau chaude sanitaire (ECS) ne tenait pas compte du nombre d’occupants, surévaluant la consommation de 40 à 60 kWh/m²/an. Cette anomalie a classé des milliers de petites surfaces en classe énergétique F ou G, les rendant inlouables. La correction depuis juillet 2024 rétablit une proportionnalité, mais les diagnostics antérieurs restent erronés.
Instabilité des DPE entre juillet et octobre 2021
La transition entre l’ancien et le nouveau DPE a généré des diagnostics instables. Les autorités ont suspendu temporairement leur édition face aux anomalies. Les biens construits avant 1975, évalués avec des hypothèses d’isolation par défaut, présentent des écarts de 20 à 30% avec les mesures réelles. Vanessa Richard précise que les diagnostics de cette période sont valables mais moins fiables, exposant les propriétaires à des recours juridiques possibles.
Écart entre consommation réelle et DPE théorique
Le DPE calcule une consommation théorique basée sur des scénarios standardisés, mais la réalité diverge systématiquement. Une étude de l’Ademe de 2024 montre un écart moyen de 35% entre consommation calculée et facturée, pouvant atteindre 50% pour certains occupants.
Influence des comportements et hypothèses de calcul
Un occupant chauffant à 21°C au lieu de 19°C augmente sa consommation de 14%. Un logement inoccupé la journée consomme 25% de moins qu’un logement occupé en continu. L’inertie thermique des murs épais, non prise en compte, réduit les besoins de chauffage de 10 à 15% dans les bâtiments anciens. Ces variables comportementales et physiques échappent au modèle théorique du DPE, créant une déconnexion entre étiquette énergétique et facture réelle.
Disparité entre facture énergétique et DPE
Le DPE évalue le bâti, pas l’usage. Un appartement classé C peut avoir des factures supérieures à un appartement classé E si les occupants consomment davantage. Inversement, un logement F occupé par des personnes économes en énergie affichera des consommations inférieures aux prévisions. Cette distinction complique l’interprétation du diagnostic pour les acheteurs et locataires, qui anticipent souvent leur budget énergétique sur la base de l’étiquette.
Le coefficient à 1,9 corrige une distorsion historique, mais ne résout pas les limites fondamentales du DPE : un modèle théorique qui peine à capturer la complexité thermique et comportementale du logement réel. Les futures évolutions réglementaires devront choisir entre précision technique et lisibilité pour le grand public, un équilibre difficile à trouver.






