Ni ventilateur ni électricité : les Incas rafraîchissaient leurs palais avec une technique que les architectes redécouvrent à peine en 2026

Une civilisation capable de climatiser ses réserves alimentaires sans électricité, il y a plus de six siècles. Au Pérou, ces colcas incas révèlent un système de ventilation naturel qui pourrait bien inspirer nos solutions climatiques actuelles.

Publié le
Lecture : 3 min
Ni ventilateur ni électricité : les Incas rafraîchissaient leurs palais avec une technique que les architectes redécouvrent à peine en 2026
Ni ventilateur ni électricité : les Incas rafraîchissaient leurs palais avec une technique que les architectes redécouvrent à peine en 2026 © L'EnerGeek

Des chercheurs ont mis au jour un système de ventilation datant de l’époque inca, conçu pour rafraîchir et conserver les denrées alimentaires en exploitant les vents de montagne. La découverte a été réalisée sur le site de Wancasanga, dans les Andes péruviennes.

Le sommet, connu localement sous les noms de Huaman Orco ou Chauchabamba, se trouve dans la région de Cajamarca, au nord-ouest du pays. Les fouilles s’inscrivent dans le projet de recherche archéologique Wancasanga 2026.

Une douzaine de colcas disposées en croissant

Sur le flanc de la montagne se dresse un complexe de structures de stockage qui domine toute la vallée. Les archéologues y ont dégagé une douzaine de constructions circulaires, disposées en croissant : ce sont des colcas, ces entrepôts que les Incas utilisaient dans plusieurs régions de leur empire pour conserver les produits agricoles et d’autres ressources vitales.

L’une des structures repérées à proximité présentait des éléments proches de conduits de ventilation. L’archéologue Oswaldo Ezeta Latoche décrit des parois latérales construites à partir de blocs de pierre taillés et partiellement travaillés, sur lesquels étaient posées de grandes dalles ou pierres plates qui servaient probablement de toiture. Selon lui, cette configuration aurait permis la circulation de l’air à l’intérieur des structures.

Un courant d’air entretenu par les vents du secteur C

Ces structures se situent à l’extrémité ouest du secteur C, une zone plus exposée aux vents violents. Jerry Solano Calderón, qui dirige le projet, y voit une condition qui aurait favorisé le fonctionnement des conduits. Le vent circulait à travers ces canaux et maintenait à l’intérieur un climat frais et sec, formant une sorte de réfrigération naturelle.

Dans l’une des structures, les chercheurs ont retrouvé des fragments d’un aryballe, une jarre inca servant à stocker et transporter des denrées. Pour les archéologues, cette trouvaille prouve que l’installation était entretenue par l’État. Le principe n’est d’ailleurs pas totalement inédit : des dispositifs similaires ont déjà été repérés dans d’autres colcas préhispaniques, notamment le long du Qhapaq Ñan, le réseau routier qui reliait une grande partie des territoires incas.

Terrasses agricoles, ouvrages hydrauliques, entrepôts sur les flancs de montagne : Wancasanga vient allonger la liste des aménagements que les Incas avaient développés pour s’adapter au relief escarpé des Andes.

Cette logistique fait écho aux travaux d’Alex Chepstow-Lusty et de son équipe de l’université du Sussex, publiés dans Springer Nature Link et relayés par le chercheur lui-même dans un article sur The Conversation. Leur thèse : les Incas et les populations andines qui les ont précédés connaissaient très bien leur environnement, au point d’avoir développé des pratiques qui pourraient aider les Andes à affronter le changement climatique.

Vers l’an 1100, alors que la Terre traversait une phase de réchauffement, les communautés andines se sont réfugiées plus haut dans les montagnes. Elles y ont construit des terrasses et des plans irrigués, et planté des aulnes pour fertiliser le sol, des pratiques que les Incas ont poursuivies jusqu’à l’arrivée des Espagnols.

Elles élevaient aussi des lamas et des alpagas en altitude : des animaux légers et agiles, dont la laine, la nourriture et les déjections fertilisaient les terres. Les sédiments de pollen analysés par les chercheurs britanniques confirment à la fois la plantation d’arbres et la présence massive de lamas dans les montagnes. Ces pratiques, selon eux, ont permis d’éviter l’érosion, de stabiliser les sols et de laisser les communautés prospérer.

À partir des années 1530, les colons espagnols ont introduit du bétail qui a tassé la terre, arraché la végétation et accéléré l’érosion des sols. Ils ont aussi coupé des arbres pour la construction et l’énergie, à l’inverse des Incas, qui mettaient un point d’honneur à préserver leurs ressources.

En janvier 2010, des pluies tropicales records ont inondé la région de Cuzco : 25 000 personnes ont perdu leur logement et 80 % des cultures ont été détruites. La question posée depuis est de savoir si les dégâts auraient été aussi lourds si les autorités et les villages avaient conservé les traditions incas.

Depuis cette catastrophe, la société civile appelle à se tourner vers les solutions du passé pour prévenir de nouvelles inondations. Douze millions d’arbres Polylepis, aux branches entrelacées et couvertes de mousse qui relâchent l’eau progressivement, ont été plantés dans les Andes.

Un retour en masse des lamas dans les montagnes fait partie des pistes envisagées pour l’avenir. À Wancasanga, des fouilles complémentaires sont prévues dans les prochaines semaines et devraient livrer d’autres indices sur l’ingénierie mise en place par les Incas il y a plus de six siècles.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.